
Les vins blancs du Médoc de Bordeaux

Dans votre esprit, le Médoc est uniquement un terroir de rouges ? Détrompez-vous, sur ces terres, des vins blancs de talent sont aussi historiquement produits. Après avoir été commercialisés sous appellation Bordeaux blanc, depuis août 2025, ils peuvent, comme leurs frères rouges, bénéficier de l’appellation d’origine protégée (AOP) Médoc, se voulant positionnée sur un créneau plus premium. Nous vous en disons plus sur cette reconnaissance et vous dévoilons nos cinq coups de cœur en AOP Médoc blanc.
La consécration d’une tradition ancestrale
Loin de n’être qu’une opportunité dans un contexte où les blancs ont le vent en poupe (91% des Français consommant du vin blanc d’après le baromètre Sowine), la production de blancs est une tradition bien ancrée dans le Médoc. Elle remonte en effet au début du XVIIIème siècle, presque aussi loin que celle des rouges. Après un premier essor dans le sud de la péninsule, puis une diffusion vers Listrac, Saint-Laurent, Pauillac et jusqu’à Soulac, les volumes ont fortement fluctué au gré des modes et des législations.
En 1929, la production atteignait ainsi près de 17 000 hL, avant de décliner à partir des années 1960 avec la montée en puissance des rouges. La plantation de vignes blanches a repris dans les années 1980, préparant le renouveau actuel, jusqu’à la relance d’une démarche collective de reconnaissance engagée en 2018.
Un style identitaire propre aux vins blancs du Médoc
Pour favoriser une typicité affirmée et un positionnement premium, le cahier des charges de l’AOP Médoc impose un encadrement plus restrictif qu’en AOP Bordeaux blanc. Seuls quatre cépages traditionnels de Bordeaux peuvent être utilisés pour créer ces vins : le sauvignon blanc, le sauvignon gris, le sémillon et la muscadelle.
Appelé à jouer un rôle dominant, le sauvignon blanc amène ses expressifs arômes d’agrumes et de fruits exotiques, mais des assemblages sont aussi possibles, afin d’élargir la palette aromatique. Quand il domine, le sémillon confère ses notes d’acacia et d’abricot, alors que la muscadelle apporte des notes de fruits exotiques. Des cépages expérimentaux, notamment destinés à anticiper les effets du changement climatique, peuvent également être testés, pesant au maximum pour 10 % dans l’assemblage.
L’autre pilier de l’identité des Médoc blancs est tout naturellement le terroir, avec des aires délimitées moins vastes qu’en AOC Bordeaux. Principalement implantées sur des sols argilo-calcaires, les vignes bénéficient d’un climat tempéré par l’océan Atlantique et l’estuaire de la Gironde. Cette situation favorise un profil de vins frais, tendu et minéral, auxquels la proximité de l’estuaire apporte bien souvent une dimension saline. Quant à elles, les parcelles de graves sont à l’origine de vins plus concentrés et complexes.
Pour favoriser une typicité forte, le cahier des charges impose un élevage au moins jusqu’au 31 mars de l’année suivant celle de la récolte, dont une partie réalisée chez le vinificateur dans des contenants en bois, afin d’amener structure, rondeur, gras en bouche et complexité aromatique. Après avoir subi un contrôle préalable à leur conditionnement, garant de leur beau niveau qualitatif, ces vins doivent être embouteillés dans un contenant en verre afin de minimiser le risque d’oxydation. Vous ne trouverez donc pas de Médoc blancs en cubis ou Bag-in-Box.
Belles perspectives pour ces vins blancs
Cette nouvelle appellation concernant potentiellement l’ensemble des vignerons de la péninsule médocaine, jusqu’à 70 exploitations pourraient, dans un premier temps, revendiquer l’appellation, sur environ 170 hectares. Les premières bouteilles issues du millésime 2025 ont été commercialisées à partir du 15 avril 2026, avant une montée en puissance attendue avec la récolte 2026.
Nos cinq coups de cœur en AOP Médoc blanc
Château Saint-Ahon 2025 (19 € la bouteille)
La petite histoire...
Historiquement, la commune de Blanquefort était célèbre pour ses vins blancs, avec une production de 200 tonneaux en 1850. Perdue avec la mise en avant des vins rouges, cette tradition a été remise à l’honneur depuis deux ans par le château Saint-Ahon. Propriété viticole depuis le XIVème siècle, elle produit, à partir d’un terroir de 0,5 ha des graves et de sables, une cuvée d’assemblage mêlant sauvignon blanc (66%) et sémillon (33%), vendangés manuellement et élevés huit mois en barriques bourguignonnes.

Pourquoi nous l’avons aimée ?
Pour son profil frais et désaltérant, idéal lorsque le mercure grimpe. Subtile et vive, son aromatique dévoile des accents minéraux et des notes de pêche, avant une bouche parfumée (agrumes et fruits exotiques, agrémentés de fines notes boisées), portée par une tension identitaire, sur une matière présente. La finale sur les agrumes clôt la dégustation de façon dynamique, avec sa pointe d’amertume tonifiante.
A savourer…
En apéritif ou avec un tartare de poisson blanc.
Château Talbot - Caillou blanc 2025 (38,90 € la bouteille sur millesima.fr)
La petite histoire…
Seul vin blanc produit en appellation Saint-Julien, Caillou blanc a vu le jour dans les années 1920 sous l’impulsion de Georges Cordier, grand-père des actuels propriétaires du 4e grand cru classé, l'un des premiers à replanter des vignes blanches en Médoc. D’abord dédié à la consommation familiale, il a été commercialisé à partir des années 1950. Issu en majorité du cépage sauvignon blanc (88%) enrichi de sémillon, Caillou Blanc est élevé pendant huit mois en barriques sur ses lies (dont 30 % de neuves), avec bâtonnage.

Pourquoi nous l’avons aimée ?
Pour son profil riche, expressif et structuré, en faisant résolument un vin de gastronomie. Sa belle robe jaune soutenu est annonciatrice du caractère généreux de ce nectar, au nez très aromatique, avec ses suaves parfums d’agrumes, de pêche jaune mûre et de miel. Poursuivant cette promesse, la bouche dévoile une matière pleine, onctueuse, aux accents de fruits exotiques et à la touche boisée parfaitement intégrée. Une belle longueur porte la dégustation, soutenue par une acidité justement dosée, ouvrant la voie à une jolie persistance aromatique, ponctuée par une plaisante finale saline. Grande classe !
A savourer avec...
Des huîtres fraîches ou avec une viande blanche et sa sauce crémeuse.
Château Castera - Anthoinette 2025 (18 € la bouteille à la propriété)
La petite histoire…
Sortie pour la première fois en 2020 sur le millésime 2019, cette cuvée 100 % sauvignon blanc est issue d’une parcelle d’un hectare plantée en 2016. Son nom a été choisi en hommage à Anthoinette de Montaigne, nièce du célèbre philosophe Michel de Montaigne, propriétaire du château au XVIIème siècle. Avec ce vin, le château Castera fait revivre une tradition ancestrale, la propriété ayant produit jusqu’à 900 hL de blanc en 1922, soit près de la moitié de la capacité totale de son vignoble. Pour conserver la fraîcheur des raisins, les baies sont vendangées à la main dès l’aube, les grappes ensuite immédiatement pressées à l’abri de l’oxygène pour préserver leurs arômes. La vinification d’Anthoinette se poursuit en barriques pendant quatre mois avec des bâtonnages réguliers.

Pourquoi nous l’avons aimée ?
Pour sa complexité et son équilibre parfaitement réussi entre suavité et fraîcheur. Le nez, très fin, dévoile des notes fruitées caractéristiques du sauvignon (agrumes, pêche, buis), accompagnées de délicates touches florales (lilas) et d’une discrète pointe boisée, héritée du passage en barriques. La bouche poursuit cette belle première impression. Parfumée et charnue avec ses arômes d’agrumes (yuzu) et de fruits blancs pulpeux, elle ne manque pas non plus d’une belle vivacité et d’une appréciable tension. Sa finale subtilement amère tonifie la dégustation. Salivant à souhait !
A savourer avec…
Des gambas à la plancha.
Blanc d’Arsac 2025 (15 € la bouteille)
La petite histoire…
A Arsac, aux portes de Bordeaux, le Château d’Arsac est l’un des plus anciens domaines viticoles de la région, son histoire remontant au XIIème siècle. Il a été racheté en 1986 par le négociant et esthète Philippe Raoux, qui a allié avec passion vin, art contemporain et œnotourisme. Sur les 90 hectares de vignes, quatre sont dédiés à la confection de blancs à partir du cépage sauvignon, à l’origine de vins d’une grande fraîcheur. Le terroir sablo-graveleux du Château d’Arsac, composé d’alluvions et de graves reposant sur des sous-sols d’argile, bénéficie d’un drainage naturel optimal et d’un microclimat tempéré par la proximité de l’estuaire de la Gironde, des conditions permettant aux cépages d’exprimer toute leur richesse aromatique et leur finesse.

Pourquoi nous l’avons aimée ?
Car telle une mosaïque artistique, ce 100 % sauvignon blanc combine de multiples nuances dans un équilibre très abouti, pour réjouir tous les sens ! Dès la première inspiration, son aromatique expressive est alléchante, avec ses notes de pêche blanche, exotiques (mangue, ananas), rehaussées d’un accent vanillé hérité de son passage sous bois, et enrichis de discrets accents de glycine. En bouche, la fraîcheur pour fil rouge, des notes de pêche et brugnon juteux prennent appui sur une matière enveloppante, agrémentée d’une légère pointe fumée. La dégustation s’achève sur des accents salins et sur l’acidité de fruits à noyaux parfaitement dosée, pour une finale salivante. Un verre appelle l’autre.
A savourer avec…
Un poulet aux agrumes.
Château Fourcas Hosten 2025 (millésime 2023 actuellement en vente au tarif de 29 €)
La petite histoire…
Au cœur du village de Listrac-Médoc, le château Fourcas Hosten est façonné depuis 1810 par le jeu des générations. Labellisé en agriculture biologique, il produit des vins rouges et des blancs, ces derniers issus d’un terroir argilo-calcaire de 2,21 ha alliant sauvignons blanc, gris et sémillon. Vendangées à la main, les baies sont vinifiées par gravité, puis élevées pendant six mois en barriques et amphores avec bâtonnages réguliers.

Pourquoi nous l’avons aimé ?
Car c’est un mélange réussi de matière et tonicité. Assemblage dominé par le sauvignon blanc (70 %), adjoint de sauvignon gris et sémillon à égalité, ce 2025 exhale de plaisantes et intenses notes beurrées, une pointe d’agrumes et des notes de pêche mûre. En bouche, du corps et de la présence, sur des notes de pêche juteuse et de fleurs, mais aussi de la fraîcheur. Un fort joli nectar, bien équilibré, qui danse sur une belle longueur, clôturée par une amertume finale tonifiante rehaussée d’une pointe saline.
A savourer avec…
Un carpaccio de poisson, agrumes et baies de poivre Sichuan.