Le Jura : une destination qui a la cote

Le Jura : une destination qui a la cote

Rouges, rosés, blancs, crémants, vins jaunes, vins de paille, Macvins, marcs, fines, aucun vignoble français ne peut s’asseoir à la table du Jura question richesse et diversité. Dotée de 7 AOC, cette toute petite bande de terres de 80 kilomètres de long où le climat est aussi rude que l’accueil est chaleureux, jouit d’une popularité mondiale qui ne cesse de grandir. Toutlevin a profité d’une parenthèse automnale conviviale pour aller déguster les 5 cépages locaux et partir sur les traces du plus illustre des Jurassiens, Louis Pasteur. Inoubliable.

Il est des pays qui vous marquent à jamais, des lieux riches de découvertes, des parenthèses que l’on n’a pas envie de refermer. Le Jura fait partie de cette conjugaison où authenticité et générosité viennent s’accorder pour créer l’exception. Demandez à Louis Pasteur, enfant de Dole puis d’Arbois, savant mélange jurassien, mais grand voyageur, dont la rage de vivre a toujours été un vaccin contre le mal du pays. Le père de l’œnologie moderne, inventeur de la pasteurisation, a toujours vanté l’incroyable richesse de ce vignoble confidentiel (2000 ha, soit 0.2 % du vignoble français). Une mosaïque de terroir à la géologie complexe et un patchwork aux mille couleurs ; Ces marnes grises, bleues, rouges, noires qui collent aux bottes et ces vins rosés, rouges, blancs, jaunes qui impriment la rétine et le palais. Il y a plus de philosophie et de sagesse dans un verre de vin du Jura que dans tous les livres, écrira-t-il.

Pour débuter ce pèlerinage viticole, direction Arbois, la pionnière, première AOC de France en 1936, terre fertile sur 13 communes et environ 850 hectares.

La culture jurassienne, on n’apprend pas ça dans les livres !

En direction de Lons-le-Saunier, le domaine de la Pinte, en agriculture biologique depuis 1999 et en biodynamie depuis 2009, est la propriété du célèbre groupe de BTP bourguignon Roger Martin. De 12 hectares dans les années 50, l’exploitation affiche aujourd’hui 34 hectares dont la moitié en Savagnin, le plus important vignoble du Jura consacré à ce cépage. M. Martin ne voulait faire que du vin jaune et disposer d’un espace conséquent pour avoir six millésimes sur place, explique Emmanuelle Goydadin, la maitre de chai. Le vin jaune est évidemment une marque de fabrique locale avec cet élevage sous voile, rare (6 ans et 4 mois !), une capacité de vieillissement hors du commun (+ de 100 ans pour certains) et le Clavelin, illustre flacon de 62 cl.

Le Domaine de la Pinte est spécialisé dans le Savagnin mais possède une gamme large
Le Domaine de la Pinte est spécialisé dans le Savagnin mais possède une gamme large

Ces trésors dorment tranquillement dans des foudres et des fûts en chêne au cœur de trois gigantesques caves voûtées aux mensurations imposantes : 70 mètres de longueur, 10 de large et 4,5 de hauteur. L’œnologue est arrivée en 2010 dans ces lieux où le temps est un allié. Après diverses expériences dans le Beaujolais ou en Alsace, il a fallu que je m’imprègne de la culture jurassienne et on n’apprend pas ça dans les livres. Ici, il y a des spécificités comme nulle part ailleurs, il faut les respecter pour exprimer le terroir.

Malgré une forte proportion de blancs, le domaine de la Pinte a révélé, lors des dégustations, une vraie culture du rouge avec cette finesse et cette élégance qui a marqué l’auditoire.

La cave de la Reine Jeanne, édifiée en 1322 et classée monument historique, est l’une des plus belles du Jura
La cave de la Reine Jeanne, édifiée en 1322 et classée monument historique, est l’une des plus belles du Jura

Plus loin, dans le ventre d’Arbois, un site unique, classé monument historique, fait la fierté locale : la cave de la Reine Jeanne. Cette cave gothique du 14ème siècle, édifiée en 1322 par l’une des filles du Duc de Bourgogne, Jeanne, qui fût Reine de France, ne laisse personne insensible. Surtout pas Jérôme Arnoux, gérant du Cellier des Tiercelines, qui y élève 250 à 300 fûts dans la plus pure tradition des caves jurassiennes, avec une régulation naturelle et des fermentations qui partent et repartent en fonction des saisons. Je laisse faire Dame Nature mais il faut un suivi précis et rigoureux, assure celui qui affiche 27 années de vinification dans le Jura.

En penchant l’oreille au-dessus de la bonde, le vin en fermentation laisse échapper des bulles de vie. Plus haut, l’espace dégustation donne lui aussi dans le pétillant où un crémant en blanc de noirs 2016 bluffe par ses arômes évolués et sa longueur en bouche. Le Crémant fait partie des 2 AOC produits du Jura avec le Macvin et est devenu au fil des années un maillon fort de la production puisqu’il représente un quart des volumes.

Gastronomie, bonhomie et goût de la vie

L’expédition nous emmène ensuite au sein de la Maison André Bonnot, à Saint-Lothain, au sud de Poligny. Là encore, c’est un paradis pour les vins de voile et le chardonnay. Cette famille de négociant-éleveurs a le Jura dans le sang et la convivialité dans le cœur. J’ai travaillé longtemps dans le social avant mon arrivée au domaine, explique Damien, le frère aîné de la fratrie. Et pourtant je rencontre plus d’authenticité et de solidarité dans ma nouvelle vie de vigneron.

Après la visite nocturne de l’ancienne cave à vins de l’abbaye de Baume-les-Messieurs, Thierry Bonnot, le patriarche à l’accent délicieux, dévoile le menu : saucisses de Morteau et de Montbéliard, choux et pommes de terre, cuits à l’alambic, accompagnés de son petit lit de cancoillotte. Le Jura c’est bien sûr le vin mais c’est aussi et surtout une gastronomie riche et ce sens de l’accueil, relève le vigneron en sortant Comté et Morbier tout en débouchant un Savagnin-ouillé en AOC Côtes du Jura. Cette dernière est la plus étendue des appellations jurassiennes et propose notamment des blancs au caractère fruité, rond et généreux.

Guillaume Tissot, 8e génération du Domaine de Lahaye, a le sens de l’accueil
Guillaume Tissot, 8e génération du Domaine de Lahaye, a le sens de l’accueil

Le lendemain, la découverte de Château-Chalon et son AOC dédiée au vin jaune est un enchantement. Du haut du belvédère (390 mètres), on aperçoit la Vallée de la Haute-Seille mais surtout cette fameuse vigne conservatoire de 43 cépages, véritable patrimoine génétique historique. Coiffé d’un capet, Guillaume Tissot nous emmène dans ses vignes où les marnes bleues sont légion. C’est la spécificité de Château-Chalon et cela donne des vins plus minéraux qu’ailleurs, détaille le vigneron du Domaine de Lahaye avant de dérouler sa gamme.

Le vin de paille, à la douce volupté, sonne le glas des espoirs de régime sec. Un breuvage qui tire son nom des raisins, soigneusement sélectionnés, que les vignerons faisaient sécher à l’origine sur la paille (sur claies maintenant).

Le domaine Joly dispose d’une vinothèque d’exception, ici une verticale de Chardonnay de 1983 à 2017
Le domaine Joly dispose d’une vinothèque d’exception, ici une verticale de Chardonnay de 1983 à 2017

Enfin (ou malheureusement c’est selon !), direction L’Etoile pour terminer ce voyage céleste. Cédric Joly est l’un des dignes représentants de cette constellation de 80 hectares uniquement dédié aux vins blancs. La légende dit qu’on a attribué ce nom aux innombrables pentacrines (petites étoiles fossiles) que l’on retrouve dans les vignes, glisse le vigneron en présentant une verticale de chardonnay (2017, 2000, 1993, 1989 et 1983) qui fera date. Les vins du Jura ont, outre cette diversité inimitable, une capacité à voyager dans le temps. Louis Pasteur avait vu juste…

Toutlevin a (particulièrement) aimé :

•La Capitaine 2018 (Poulsard-Pinot noir-Trousseau) du Domaine de la Pinte
•Crémant Blanc de Noirs Black White 2016 (Pinot Noir) de Jérôme Arnoux
•Trousseau 2018 de la Maison André Bonnot
•Château-Chalon Vin Jaune 2006 (Savagnin) du Domaine de Lahaye
•L’Etoile 1993 (Chardonnay) du Domaine Joly
•Vin de Paille 2012 (Chardonnay-Savagnin-Poulsard) du Domaine Baud

Crédit photos : Yoann Palej
En photo de couverture : vue depuis le belvédère de Château-Chalon

Publié , par Yoann Palej