Codes Crus Classés 1855 - Château Pédesclaux, cinquième grand cru classé à Pauillac

Codes Crus Classés 1855 - Château Pédesclaux, cinquième grand cru classé à Pauillac

Voici le sixième volet de notre road trip médocain : “Codes Crus Classés 1855”.

Nous entrons en immersion dans un ensemble viticole hors norme, passé de l’ombre à la lumière en un temps record. Le résultat est transcendant. Voici l’histoire inhabituelle de la totale renaissance d’un grand cru classé.

Nous sommes aujourd’hui l’hôte d’un grand cru qui s’est d’abord crashé, mais qui grâce à l'énergie de son nouveau propriétaire est redevenu très (TRÈS) bien placé : le château Pédesclaux, cru classé cinquième à Pauillac.

Contrairement à l’usage de cette série d’articles, faisons un focus sur le contre exemple de la propriété qui nous reçoit.

Focus : l'antériorité historique des grands crus classés, l’essentiel de leur story telling

Cette pérégrination dans l’intimité des grands crus classés à pour but de mettre en avant leurs codes spécifiques. Autrement dit, les marqueurs qui construisent le positionnement de ces vins iconiques médocains.

Un trait dominant de la culture grand cru est indéniablement l'antériorité historique. Il s’agit d’une sorte de réassurance parfaite : ce vin est bon puisqu’il l’a toujours été. Ce phénomène est parfaitement verrouillé par l’impossibilité d’une révision de cette catégorisation.

Mais à toute règle il y a une exception, dans ce microcosme de vin superstar, j’ai nommé château Pédesclaux. Comme quoi la maxime “ les peuples heureux n’ont pas d’histoire” ne s’applique pas toujours.

En fait le château possède une petite histoire, et là où elle diffère de ces homologues, c’est par ses fractures. Le système grand cru classé est un univers cyclique. Aucun grand nom de 1855 n’a pas connu de phase de déclin, mais chacun a connu une renaissance, excepté notre présent hôte jusqu’à l’arrivée de Jacky Lorenzetti. Ce sera bien sûr l’essentiel de cet article.

Pedesclaux n’avait que quarante cinq ans lors de la classification de 1855. La propriété a connu trois règnes. Les deux premiers, dont celui de son créateur se sont étalés sur deux générations. Le troisième règne correspond à l’achat par la famille qui en avait le fermage, juste dans l’après seconde guerre mondiale.

La vigne n’a pas été entretenue, et sur les malheureux sept hectares qu’elle comprend encore, trente pour cent sont à l’abandon. Ce sont eux qui vendront en 2009 à l’actuel propriétaire. Sans doute à cause de conflits familiaux la propriété n’a pas su rebondir et souffre d’un sérieux déficit de qualité. A tel point que le gourou du vin Robert Parker écrivait que la vie était trop courte pour boire du Pédesclaux, oups.

Pédesclaux est un contre exemple parfait de la nécessité d’une dimension historique dans la valorisation d’un grand cru.

La vraie histoire de Pédesclaux : son avenir

Jacky Lorenzetti se porte acquéreur du château Pédesclaux en 2009.
Au delà des infos factuelles sur une propriété, sol cépage… je trouve toujours passionnant de voir quels traits communs il peut y avoir entre un homme et son château. Ici c’est une évidence : chacun vit au contact de l’autre une deuxième jeunesse, le propriétaire autant que son château.

Jacky Lorenzetti a bâti sa fortune dans l’immobilier. ll crée et développe Foncia, dont la vente lui permettra de vivre sa deuxième vie d’homme d’affaires. Après une vie dans la rigueur de l’immobilier, il se crée un espace d’expression professionnelle dans lequel il sera personnellement plus épanoui.

Dès ce moment, il met en place un redéploiement de son outil entrepreneurial sur un mode non seulement affinitaire, mais aussi affectif :

•L’univers du sport, il l’aura connu grâce au sponsoring qu’il a exercé avec Foncia. En finançant des skippers à la fin des années 90 et 2000 il obtiendra des beaux palmarès (ex : le Vendée globe Challenge en 2008).
C’est encouragé par ses beaux frères qu’il rachète le Racing club de France et propulse son équipe de rugbymen en division pro.

•Après la valorisation de Foncia, son second coup de maître, il le réalisera avec la création de la Paris Défense Aréna. Un stade de Rugby en salle qui offre un vrai confort aux amateurs de rugby, et de plus autosuffisant économiquement avec les spectacles.

•Diplômé de l’Ecole Hôtelière de Lausanne, mari d’une fille de viticulteur du sud ouest, en amoureux exclusif des grands crus médocains qu’il a connu dans le monde des affaires… ces quelques éléments le prédestinaient inévitablement au vin.

Les néo vignerons successful n’arrivent pas dans le vin parce-qu’ils en ont uniquement les moyens, ce sont d'abord des capitaines d’industrie qui en ont les capacités. C’est justement cette étoffe qui leur vaut de réussir aussi dans le monde du vin de la même façon que dans leur vie économique précédente. Il y a la fois la nécessité d’une nouveauté pour apporter une vision renouvelée de la conduite d’un grand cru, et enfin la nécessité d’un management affûté.

Dans cette nouvelle étape de sa vie Jacky Lorenzetti s’est décontracté disent ses proches. Son vin est devenu excellent. L’homme et le vin se bonifient mutuellement.

La saga vineuse du visionnaire Jacky Lorenzetti

Quand il arrive à Pédesclaux Jacky Lorenzetti n’en est pas à son premier coup d’essai. Il a déjà fait ses armes dans le monde du vin avec l'acquisition et le redéploiement du cru Bourgeois Lilian Ladouys.

Cette saga continuera encore avec l’achat de la moitié des parts du Château d’Issan, auquel est consacré le premier article de cette série.

La clef de la réussite du développement hors catégorie de ses entreprises, est sans doute de savoir déléguer. Pour la partie vin, il a su s’entourer d’une équipe pluridisciplinaire avec laquelle il conserve la fidélité qu’il a toujours eu avec ses collaborateurs.

Aujourd’hui, je suis reçu par son Directeur technique, le très sympathique Vincent Bache-Gabrielsen.

Vincent Bache-Gabrielsen, Directeur Technique
Vincent Bache-Gabrielsen, Directeur Technique

Il est au côté de Jacky Lorenzetti depuis le début de cette aventure médocaine. Dans l’univers cru classé, l’homme est un ovni définitivement joyeux, ce qui, ma foi, va très bien avec le chai digne d’un film de science fiction qu’il a contribué à mettre en place à Pédesclaux. Son regard d’un bleu transparent pourrait laisser penser qu’il est un humanoïde d’Alpha du Centaure. Ou plutôt un cyborg, vue la vitesse à laquelle il pense.

Son nom est le résultat d’une hybridation norvégienne et charentaise (rien à voir avec l’omelette et la pantoufle). Son frère a repris la maison de cognac éponyme, lui ingénieur agro s’est orienté très tôt vers le vin.

De son coté nordique, il y a peut-être la rigueur qui lui a permis de mettre en place l’outil de production atypique de Pédesclaux. Vincent comptabilise, à son actif, trois restaurations de chai, dont celui de Lilian Ladouys.

En fait l’homme est truculent, hédoniste, et manifestement très bien en “Gasconnie”. C’est sans doute ce trait culturel qui lui permet de réaliser des vins joyeux tout en ayant une droitesse nordique qui va bien au Pauillac Pédesclaux et Saint Estèphe Lilian Ladouys.

Vu de l'extérieur, le chai est un monolithe, en deux surfaces bois et vitres, de 110 m. de long posé à 90° du manoir. Cette maison bourgeoise qui reçoit les bureaux et quelques chambres a littéralement été mise sous verre et rallongée de deux ailes. L’effet est encore plus surprenant depuis l'intérieur.

La salle de dégustation
La salle de dégustation

Les deux bâtiments sont positionnés dans une arène blanche. Ils émergent dans un minimalisme géométrique qui contraste avec le maximalisme de la taille du lieu (voir la photo de couverture de l’article).

La vigne est la seule touche colorée de cet ensemble minéral dont l'horizontalité souligne parfaitement l’ensemble. Sincèrement, quand on arrive sur place, la scénarisation des lieux est bluffante. Le chai transparent laisse voir le flanc des cuves dont on pense qu’elles en sont les piliers.

En pénétrant dans le chai, la dimension est scotchante. Deux images me traversent l’esprit. La première est celle de la colonnade du temple de Louxor que pourraient être les cuves. La deuxième, dans cette luminosité métallique, me fait penser à la soute d’un cargo interstellaire. Il ne manque que la vision de l'hyperespace au travers des immenses baies vitrées. Entre l’égypte et l’hyper espace, on est dans le film “Star Gate”.

Vincent me ramène à la réalité et me fait visiter le vaisseau.
Dans cet immense parallélépipède, quatre étages sont occupés aux traditionnelles fonctionnalités d’un bâtiment œnologique.
•l’étage coursive au dessus des cuves

•la cuverie de plain pied
•le chai à barriques en semi sous sol

•la cave
L’ensemble est desservi par un double escalier ornemental suspendu. Là aussi, la photo rend mieux l’expression de cette oeuvre.

Ces quelques clichés parleront plus que la description de ce temple à la gloire du vin.Cet ensemble magistral né de l’architecte Wilmotte annonce clairement le retour au top de Pédesclaux, intention avouée et réalisée de son propriétaire.

Mais ce joujou techno sert d’abord à piloter les vinifications.
Au cours de l’interview avec Vincent, en pensant à son travail et à celui de son équipe, je lui demande si on peut comparer le maniement de tous les paramètres pour faire un vin, à celui d’un chef d’orchestre. Lui voit plutôt celui d’un D.J. poussant ses curseurs pour lancer sa compo, et jouer une partition d’un vin parfaitement équilibré.

C’est vrai que D.J. c’est plus sexy. L’ergonomie de travail du vin est poussée à son paroxysme. Tous les transports de cet or rouge se font sans aucun pompage, la pente naturelle de la croupe de grave sur lequel le chai a été construit permet des cheminements du vin par la simple gravitation.

Deux ascenseurs cuves permettent de remonter le vin. La sobriété et la démesure du bâtiment donnent toute leur puissance d’expression au sous sol dans le chai à barriques.

Quant à la cave, située dans les antres du bâtiment, c’est un mausolée abritant une collection historique de millésimes. Pourtant habitué à visiter des chais de châteaux depuis 30 ans, je n’ai jamais eu cette sensation presque épidermique avant Pédesclaux. L'arrivée de Jacky Lorenzetti a clairement permis de surclasser Pédesclaux.

La partie invisible de l'iceberg: la valorisation du terroir avec la refonte du domaine

Après tout ce show, je suis impatient de découvrir le bébé en bouteille. Faisons d’abord un tour dans le berceau de ce cru classé : le vignoble. La prestance des bâtiments est la partie visible de l'iceberg de la maison.

Antérieurement à la construction du chai, la stratégie de Jacky Lorenzetti comportait logiquement un premier volet : la valorisation du terroir avec la refonte du domaine.

Travail de l’ombre évidemment moins visible que les chais, le soin apporté à la vigne s’est fait plus progressivement remarquer. La vigne vivante a besoin d’un temps de réaction.

Le 2009 premier millésime Lorenzetti, en plus d’avoir une meilleure météo que 2008, donne déjà un gros coup d’accélérateur qualitatif.
Un seuil a été franchi en 2011 plaçant le château sur son nouvel orbite.

Parallèlement à cette démarche qualitative sur la vigne, pour redonner tout le lustre à la marque Pédesclaux Jacky Lorenzetti a vite compris qu’il fallait également augmenter la surface jusqu’à 50 ha. Ainsi le château peut atteindre suffisamment de pays étrangers, avec suffisamment de volume, pour créer la rentabilité nécessaire à la politique d’investissement qualitatif au chai et à la vigne.

En effet, contrairement à l'agro business, la viticulture ne permet pas de produire plus intensément au niveau d’exigence de qualité d’un grand cru classé.

Comme la surface des appellations d’origine n’est pas extensible, il est quasiment impossible de prétendre à s'agrandir sans aller faire ses courses chez les voisins disposés à vendre.

Qu’à cela ne tienne, Jacky Lorenzetti a repris son costume de négociateur endossé pendant tant d’années dans l’immobilier. Presque en porte à porte, il a fait ses propositions à ses voisins. Tout ça au nez et à la barbe des barons historiques de l’appellation, avec le sourire en plus.

Pour la petite histoire, l’une des petites propriétés racheté par Jacky Lorenzetti pour agrandir château Pédesclaux était celle de mon père, le Vignoble Iris du Gayon. J’ai plaisir à savoir qu’il coule des gouttes des vignes que mon père a planté dans le fantastique Château Pédesclaux.

La conduite du vignoble a été revue de fond en comble, avec des pratiques culturales raisonnées pour un plus grand respect de l’environnement. Certaines parcelles sont converties en bio, voire en biodynamie.

Pour Vincent Bache Gabrielsen, la plus aboutie des stratégies de respect de l'environnement est la combinaison du bio et du label Haute Valeur Environnemental (voir notre article La HVE, qu'est-ce que c'est ?).

Ces 48 hectares composés de Cabernet Sauvignon 55%, Merlot 40%, et 5% de Cabernet franc et petit Verdot sont répartis en quatre secteurs : Le Pouyalet (avec les chais et le bâtiment administratif), Mousset, Milon, près Lynch-Bages et quelques parcelles disséminées : Passe-Temps (sous Duhart-Milon), près de Pontet Canet, et le lieu-dit Artigues.

Une carte des sols et des sous sols est établie, elle aboutit à des arrachages et des replantations en adéquation avec les cépages et la nature des sols et sous-sols.

Par sa configuration éclatée au quatre coins de l’appellation, le vignoble de Pédesclaux offre une synthèse réelle du goût Pauillac.
L’encépagement confirme la volonté d’un profil gustatif pauillacais.
Au chai, dans ce vaisseau de l’espace vin, il y a la même volonté d’inscrire le cru dans un registre temporel. A la confluence des attentes d’un vin moderne, puissance aromatique et finesse irréprochable sont corrélées à un touché épuré qui entoure une belle masse, permettant la garde.

Cerise sur le gâteau l’étiquette est très engageante. Trop souvent ce qu’il y a de plus soulant dans une bouteille de vin c’est le packaging. A force d’en voir, une majorité m’ennuie. Celle de Pédesclaux est belle, design et class, comme le vin qu’elle présente. La dégustation verticale d’aujourd’hui va de 2018 à 2019, un vrai cas d’école : voir la progression d’un grand cru partant du plus bas pour arriver au zénith, non à l’Aréna…

Cette dégustation s’annonçait donc d’un grand intérêt, comparant ce que l’on pouvait faire avec le moins de moyens possibles dans un grand cru abusivement encore classé, dans une appellation renommée, avec ce que l’on peut faire maintenant avec un maximum de moyens.

Un ultra pauillac, à un prix encore ultra abordable

Loïc Siri en dégustation
Loïc Siri en dégustation

Château Pédesclaux 2009

La couleur marque une évolution. Du fruit noir dense contenu. L’ensemble est un peu fermé mais on devine une complexité qui est prête à sortir.

Une touche animale à peine perceptible signe d’évolution. Une note de chocolat, et quelque chose de sanguin. Avec quelques minutes en plus, un petit concert s’égraine, fruit rouge / noir, note méditerranéenne et cigare en toute fin.

En bouche une belle matière couvrante plus tendue que visqueuse.
Une longueur portée par une belle acidité qui se tourne vers un peu de salinité.

Super classique pauillac sans aucune influence de mode, ni de surextraction, ni d’excès de rondeur. Les tannins sont d’une fermeté bien Pauillac mais pas excessive. Rien ne dépasse. Un ensemble frais qui s’est bien gardé.

Premier millésime fait avec le vignoble en l’état après le rachat du château, une gageure ! Mais on lui trouve déjà la stylistique du château, une puissance contrôlée avec un début d’érosion, un académisme pas œno rigide. Une très bonne valeur d’achat compte tenu du résultat, du millésime et du manque de notoriété de la nouvelle configuration de ce château.

Château Pédesclaux 2010

Nez plus sensuel que le 2009, millésime oblige. Un ensemble assez aérien qui sort bien du verre, une vraie joliesse du fruit, mûr oui mais pas sur mûrit ; Puis quelque chose comme du jus de cerise, terriblement sexy. Note de torréfaction d’un boisé qui booste très légèrement l’ensemble, avec de la retenue.

Sur ce deuxième vin, on confirme l’ADN Pauillac. Un jeu de vivacité impressionnant qui maintient la bouche occupée longtemps. La tension est forte, presque électrique, un vin sérieux de connaisseur. La finale est juste pêchue et ça décolle très fort. Les tannins sont encore un peu granitiques, mais ils ne détonnent pas dans le parcours en bouche.

Cette année-là des vieux cabernets sauvignon ont été arrachés, et le vignoble de Haut-Milon racheté et intégré dans l’ensemble de la récolte. A cette heure, un vin qui a encore de la sensualité et le rend accessible, mais il est armé pour donner un vin de garde qui risque de devenir explosif. Ce sera difficile compte tenu de son accessibilité de résister à le garder, mais le plaisir sera au rendez-vous : 10 ans pour voir....

Château Pédesclaux 2011

Les arômes sortent joyeusement du verre : une petite composition ludique de fruits noirs bien venus dans ce millésime, plus quelques petits fruits rouges écrasés. Un vin plus immédiat que les deux précédents.

Ce défilé se prolonge par une note de réglisse rafraîchissante.
La bouche possède toujours cette tension mais modérée par l’effet millésime. Sans jouer sur le registre de l'onctuosité, il est plus juteux que les deux précédents. Le travail à la vigne commence à parler.
Après cette harmonie de début et milieu de bouche, la finale donne brusquement un gros coup d’accélérateur. Contraste émotionnel intéressant qui est rehaussé par le boisé pas encore complètement intégré.

Le bébé est encore un peu jeune, il commencera à donner dans une élégance prévisible d’ici à trois ans pour 7 à 8 ans supplémentaires.

Château Pédesclaux 2012

La toute première impression est une sucrosité aromatique.
L’architecture aromatique est complètement différente, on est plus sur des lignes verticales, mais sur une belle bulle.

Un nez de fruits frais, fraise des bois, cèdre et un peu mentholé. Le boisé ressort un peu plus que sur les millésimes précédents, mais tout dans la mesure. L’ensemble est en mode ludique. A la fraîcheur qui semble être une marque de fabrique de la maison, l’ensemble tactile de ce millésime intègre plus de gras.

Il y a dans celui-ci un airbag d’onctuosité, qui prémunit plus du choc de la puissance combinée tannins / vivacité de ce vin définitivement pauillacais.

Les tannins sont extraits au millimètre, ils donnent un peu plus de corps et laissent une toute petite empreinte de mâche, juste tactile, aucune amertume.

Une rétro sur des notes de pépins mûrs écrasés.
Garde de 5 à 7 ans.

Château Pédesclaux 2013

Un nez joyeux, dilaté. Dans la très grande diversité des 2013, celui-ci fait partie des happy few qui ont un fond de fruits noirs qui ferait presque oublier les conditions du millésime. Plus au-dessus, du fruit rouge pur, cristallin, comme du coulis.

Avec la venue des arômes grillés de la barrique, une impression de tarte aux fruits, génia!. Il y a correspondance de style en bouche. La trame est juste fine, une extraction en dentelle mais qui reste dans la stylistique du nouveau Château Pédesclaux avec une longue portée de la vivacité.

La finale est toujours sur ce qui semble être l’ADN maison ; faite dans une convergence en entonnoir de toutes les forces de ce vin.
On ne peut pas dire que l’on est dans un style hédoniste, mais un peu de sucrosité en fait un vin avenant.
Une version plus détendue du Pédesclaux, à chatouiller dans 4 ans pour cinq ans supplémentaires.

Château Pédesclaux 2014

Un joli bouquet plaisant, très lisible avec de la réglisse et clou de girofle d’un côté et de l’autre des fruits rouges craquants très élégants. Ces deux corps d’arômes créent une jolie distorsion qui attirent l’attention.

Une synthèse absolue de tous les vins précédemment dégustés.
La bouche est remplie, on sent la matière extraite en suspension qui donne une impression tactile très couvrante, avec fermeté mais sans dureté.

On a réellement l’impression d’avoir été cherché dans le cœur de la peau du raisin des tannins goûteux. Le plus intéressant est le séquencement. Là où les choses devraient commencer à s’atténuer, la montée en puissance continue. Et comme confirmation définitive de la stylistique de la maison, la vivacité métallique porte le goût très longtemps, mais vraiment très longtemps.

Personnellement les 2014 me paraissent souvent ennuyeux. Ils sont dans un style que j’ai longtemps trouvé trop classique.
Quand il n’y pas la surprise de découvrir le détail, le petit truc surprenant qui chatouille les neurones. Ici c’est la montée en puissance, l’escalade des curseurs qui a excité ma curiosité sur un vin que je soupçonnais d’être trop linéaire.

A cette heure, le vin est encore vraiment fougueux pour le mettre à table. Il doit s’assagir encore quatre ans, trois mois et deux jours...

Château Pédesclaux 2015

Dans cette verticale sur la montée en puissance d’un cru, c’est génial de continuer avec un grand millésime. Grosse impatience sur ce millésime: la vigne est maintenant au top depuis l’arrivée de Jacky Lorenzetti, c’est aussi la première année du nouveau chai, et un millésime en “cinq”.

Les arômes courent le long du verre et se propulsent.
Un fruit puissant, opulent, MAIS rien de lourd. Des notes de fruits noirs en fond, rehaussées avec beaucoup de délicatesse d’une trace de fruits des bois et de myrtilles. L’ensemble est un cocktail d’élégance qui plane loin au-dessus du verre.

Avec un peu d’aération le bois ressort, bien intégré pour venir complémenter parfaitement les arômes. La strate de fruits des bois qui plane au-dessus des fruits noirs provient du petit verdot présent dans une proportion de 6% et c’est super bien !

Un peu en aparté, des notes de poivre noir clairement lisibles procurent un joli contraste. Un volume impressionnant, de la suavité mais toujours cette signature maison d’une acidité tonifiante qui tient le vin très… très longtemps.

Les tannins puissants sont couverts par la suavité du vin.
Cette suavité de l’ensemble retarde la perception de la ligne de vivacité qui apparaît plus abruptement de ce fait. La rétro est sur du fruit d’une précision absolue et ne veut pas s’en aller, tant mieux.

C’est toujours la difficulté avec ces millésimes équilibrés car on a envie de les boire sur la générosité du fruit, mais que nenni il faudra savoir attendre :-)

L’harmonie et la cohésion promettent une garde parfaite, toute la construction du vin perdurera en gardant ce séquencement parfait onctuosité / tannins / vivacité / rétro olfaction.

Château Pédesclaux 2016

J’avais beaucoup d'impatience à déguster ce 2015, millésime de l’aboutissement de tout le travail gigantesque entrepris par l'équipe du château.

Je n’en ai pas moins pour ce 2016, mais sur un autre registre : quels ont été les choix créatifs sur ce millésime plus solaire.
Le vin sort en masse compacte et serrée du verre.

Des notes de fruits d’une pureté cosmique, et en prolongement des notes de réglisse pâtissière. Rien de plus, c’est de l’acier. En bouche, on est très lisiblement sur une stylistique Pauillac sud. Plus ça va, plus je prends Lynch Bages comme référent de comparaison pour ce nouveau Pédesclaux.

La bouche commence par une chair ample, c’est elle qui tient le principal du temps d’occupation sensoriel. Elle vous prend et ne vous lâche plus, puis une finale inoxydable arrive à prendre le dessus. C’est tendu comme un arc.

Le profil type d’un grand Pauillac de garde un peu psychorigide dans sa jeunesse. Clairement ce 2016 n’est pas là pour rigoler. Le contraste est fort, mais les enchaînements sont lents et progressifs. Il n’y a aucun coup de force.

Il s’agit clairement d’un vin de connaisseur, le degré de finesse et d’ajustement tellement précis ne peut pas être apprécié par un néophyte. Bref planquez vos quilles.

On pourra commencer à parler avec ce Monsieur dans quinze ans.
Le château a regagné son classement, et se situe au-dessus sans conteste. Fulgurant Pédesclaux.

Château Pédesclaux 2017

Ce millésime plus léger fait du bien. Un petit concert de fruits aimable : fruits rouges écrasés. La bouche est avenante, très bien gérée au niveau du touché, lisse et pure.

Les tannins à ce stade sont encore un peu patauds et un rien amer.
La rétro fait toute la classe de ce vin, elle se prolonge longtemps sur ce fruit fin.

On revoit ça dans 3 ans.

Château Pédesclaux 2018

Fruits rouges tendres, bouche remplissante, carré, de garde

Crédit photos : Loïc Siri