Codes Crus Classés 1855 - Château Léoville Poyferré : second cru classé à Saint-Julien

Codes Crus Classés 1855 - Château Léoville Poyferré : second cru classé à Saint-Julien

Bienvenue pour cette troisième étape ! Notre escapade nous amène aujourd’hui au château Léoville Poyferré. Ce road trip au cœur des grands crus classés en 1855 a fait escale à Margaux, puis Pauillac donc logiquement nous nous rendons aujourd’hui entre ces deux appellations, à Saint-Julien.

Dans le microcosme des grands crus classés, personne n’a vu venir Léoville Poyferré. Un parcours stratégique, brique par brique, a permis de mettre bout à bout tous les fondamentaux de la réussite d’un grand cru classé.
La reconfiguration intégrale de ce second cru classé a été opérée sur un long laps de temps (40 ans), de plus récemment et ce par la même personne : Didier Cuvelier, propriétaire.

De fait, les codes identitaires qui lui ont été adjoints sont une compilation parfaite d’un cru classé bien dans la modernité.
A ce titre, nous passerons en revue tous les chantiers initiés avec succès par Didier Cuvelier et maintenant par sa cousine Sarah Lecompte Cuvelier, et retiendrons comme code récent des grands crus classés “le rôle d’un grand œnologue consultant”. Ici, pas le moindre : Michel Rolland, l’inventeur de ce métier.

Petit focus sur les trois différents Léoville

Avant d’entrer dans le vif du sujet, un petit focus sur les trois différents Léoville :
Le domaine initial de Léoville qui sera partagé en trois, doit sa création à un Monsieur de Moytie. En 1663, Maître Jean de Moytie créé un des premiers domaines fondateurs de la grande viticulture médocaine, le Mont de Moitié. C’est plus fun que Mont de Piété.
Pas simple comme histoire, en effet celle des Léoville ne l’est pas. Entre succession, session pas toujours avec succès, il y a trois châteaux qui ont été classés second, alors qu’il se dit que s’il n’y en avait eu qu’un, il eut été premier.
Jean Hubert Delon le propriétaire de Léoville Las Cases défend l’idée que les Léoville auraient dû être classés premier sans cette partition. Cette division a donné moins de poids dans la balance du classement 1855.

A grand cru, grande visibilité
A grand cru, grande visibilité

Les Poyferré, héritiers d’un des partages, ont dû vendre en 1865 à cause des emprunts hasardeux des chemins de fer russes. Depuis Léoville Poyferré a bien connu les montagnes russes. Mais après cet incident de voie ferrée, on peut dire que Poyferré a bien été remis sur les rails par la famille Cuvelier.
Les Cuvelier sont une famille de négociants de vin du nord depuis 1804.
Des trois Léoville, Poyferré pendant longtemps n’a pas été le préféré. Depuis l’arrivée de DC, quand on cherche un grand Saint-Julien, on sait que l’on peut se référer à Poyferré.

Comment devenir le Léoville préferé

Dès 1979, ce ch’ti ne perd pas le nord et s’est tout affairé à redonner son lustre à la propriété.
C’est armé d’un bagage en comptabilité que Didier Cuvelier s’attaque à la gestion du patrimoine viticole familial : Poyferré, l’attenant Moulin Riche, et le charmant Le Crock à Saint-Estèphe. Il n’a que 26 ans.
Il complète sa formation en suivant, à la faculté d’œnologie de Bordeaux, les cours de dégustation conduits par le légendaire Emile Peynaud, qui sera son mentor.

Double formation qui explique sans doute la forme du parcours de Didier Cuvelier et donc de son château.
Au premier abord l’homme est rigoureux, on sent la maîtrise qu’il a mise au service de sa propriété. Patiemment… en quelques quarante ans, il saura la faire passer de l’ombre à la lumière de Saint-Julien.
Mais très vite l’homme se détend, on voit un regard qui brille, et c’est sans doute cette étincelle que l’on ressent dans le brio de son vin.

Il n’aura pas fallu que du temps et de la patience pour amener le vin à ce niveau. Dans ce long cycle de travail, Didier Cuvelier se sera montré fin stratège, surtout quand il aura fallu prendre des décisions osées. Par exemple, il n’hésitera pas à arracher la parcelle centrale qui donne la majeure partie du grand vin. Les porte-greffes qui avaient été mal choisis n’auraient jamais permis de donner la quintessence de ce fabuleux terroir. Le prix de cette erreur de plantation : juste dix ans d’attente.
Le vignoble s'étend de part et d'autre de la route du château entre Barton et Poyferré et à gauche de la route en sortant de Saint-Julien quand on se dirige vers Pauillac.

Magnifique vue sur l’estuaire, avec les bâtisses des deux Pichon et de Latour dans le champ.
L’encépagement se compose de 61 % cabernet-sauvignon, 27 % merlot, 8 % petit verdot et 4 % cabernet franc.
Je crois que le choix des proportions de cépages dans un vignoble est une déclaration d’intention du profil du vin ; la part de solidité du cabernet sauvignon, le tout enrobé par l’onctuosité du merlot, et du petit verdot pour un peu plus encore de solidité et une touche de fruit un peu plus baroque.
Un grand 1982 sera le premier indicateur du retour de la qualité de ce vin.
Le temps de replanter, d’avoir des pieds matures, il aura fallu juste attendre l’an 2000 pour que Poyferré commence à exploser.

A ce moment, le vignoble atteint sa taille actuelle de 80 hectares, et la qualité du vin va graduellement monter en puissance.
Long chemin parcouru depuis 1979 où il n’y avait seulement que 48 hectares plantés, le reste s’est étoffé par l’achat progressif de 32 hectares de droits de plantation.

Nouvelles ambitions, nouvel outil de production

Le chai à barriques du Château
Le chai à barriques du Château

Parallèlement à l’étape de l’amélioration et à l'agrandissement du vignoble, Didier Cuvelier s’attaque à l’outil de production.
Les bâtiments étant logiquement taillés pour accueillir le volume produit par les 48 hectares initiaux.
Au fur et à mesure des plantations, il a fallu agrandir à la fois les stockages bouteilles, les chais à barriques et pourvoir le cuvier de nouvelles tranches.

Le redéploiement du cuvier a été réalisé en 4 étapes 1993, 1994, 1996 et 2010. Lors de la dernière tranche, 15 cuves sont remplacées par 27 plus modernes. Plus petites, elles respectent le parcellaire. Équipées d’une double paroi, elles permettent des pré-fermentations à froid pendant une semaine avant la fermentation alcoolique. C’est à ce moment que sont captés les arômes.
Bon, d’un autre côté pour un Cuvelier, faire des cuves, cela se tient.

La recomposition de ce grand cru n’est pas que viticole, architecturale, elle est surtout humaine. En bon commandant de son domaine, Didier Cuvelier sait s’entourer des bonnes compétences.
Le facteur humain explique en grande partie la grande régularité des millésimes depuis 2000.
Cette même année, arrive l’œnologue Isabelle Davin, elle va seconder Didier Cuvelier et l'aider à compléter l'équipe technique :
- la promotion de Bruno Clement, Chef de culture depuis 2004
- et fin 2005 le recrutement de Didier Thomann, Maître de chai

A partir de 2000, un chapelet d’innovations techniques va venir régulièrement compléter la panoplie du château, dont un tri optique en 2009.
Depuis 1994, Michel Rolland assure un conseil technique. La contribution de l’œnologue mondialement réputé a permis d'amener le style du grand cru classé vers plus de modernité. Une définition aromatique très pure et appétissante du fruit, un volume enrobant la charpente.
Faut-il y voir un lien avec les progrès et le palmarès du château ?
Mais force est de constater que Poyferré a retrouvé son âge d’or avec une consécration : un 100 / 100 par Robert Parker pour le 2009.
Rebelote en 2011, 94/100, soit la deuxième note du millésime en Médoc. Cela a encore plus de valeur dans un millésime pas évident.

Dans œnologue-consultant il y a d’abord œnologue

Etre œnologue, c’est faire de la science en goûtant le vin.
Cette profession nouvelle et distincte dans l’histoire du vin est apparu à Bordeaux sous l’influence de leur pères fondateurs, les Ribeyreau et autres Gayon dans la deuxième moitié du 20ème siècle.
Les progrès de cette profession sont concourants à ceux de la biologie.
Etre œnologue, c’est faire de la science en goûtant le vin.
La capacité de l’œnologue à améliorer les vins devient de plus en plus pertinente.
Les œnologues en titre, (diplôme d’état censuré par un diplôme national bac plus quatre), ont historiquement d’abord exercé leur métier en laboratoire. Ils sont couramment appelés les médecins du vin. Leur compétence servait initialement en mode curatif à sauver des vins à défaut.

Au tournant des années 70, les grands crus classés systématisent la mise en bouteille au château. Pour ce faire, les vins devaient avoir fini tous les cycles biologiques qui les transforment. Il est devenu nécessaire de suivre l'évolution du vin sur site, dans les chais.
D’un métier initialement sédentaire se détache une branche itinérante allant en propriété.

Mais il y a aussi consultant

De fait, leur domaine d’intervention s’en trouve considérablement élargie, sur place il peuvent intervenir concrètement sur une plus grande diversité de moments de production.

La saga de Michel Rolland commence exactement comme ça, alors qu’il dirigeait un laboratoire d’œnologie à Pomerol avec son épouse Dany (également œnologue): un néo vigneron lui demande de venir à sa propriété et donner des explications pour une opération sur son vin. Nul doute que la faconde et le charisme de l’homme lui ont rapidement permis d’apporter du conseil à d’autres propriétaires.
Les vignobles du nouveau monde, à la recherche de la modélisation bordelaise s’entichent de l’homme de Pomerol.
Vignifiant sur deux hémisphères, toujours dans l’avion, Michel Rolland est le premier à être surnommé le Flying winemaker (le vinificateur volant).
Le pouvoir d’action que la technologie confère à l’œnologue, fait de lui un partenaire stratégique pour les grands crus classés.

L’univers grand cru, hyper compétitif, a besoin du témoignage extérieur de leur consultant sur la concurrence, pour positionner la personnalité de leur vin.
Cette mission technique à naturellement vite fait de passer d’un stade simplement productif pour devenir esthétique… ou marketing.
C’est le grand débat autour de ces faiseurs de vin réputés : font-ils des vins identitaires attachés à leur terroir, ou des vins technos tournés vers le goût des critiques et des consommateurs ?

Les détracteurs de Michel Rolland l’accusent injustement de faire des vins trop extraits, trop barriqués. Cela est infondé quand on voit sa capacité à produire des vins où le raisin s’exprime, où une rondeur habille les tannins.
C’est exactement l’orientation esthétique prise par Léoville Poyferré : la rigueur de fond de ce vin de grande appellation a gagné une aisance, et un sex appeal qui en font une bombe.
Tous ceux qui collaborent avec Michel Rolland reconnaissent un génie du vin. Son charisme permet au vinificateur client de trouver une réassurance quand ils sont dans le doute.
Mais le pragmatique Didier Cuvelier a sa méthode pour valider les propositions stylistiques de Michel Rolland, comme lui faire goûter ses options d’assemblages à l’aveugle.
Si Michel Rolland a su conquérir la planète vin, c’est sans doute grâce à une grande capacité à synthétiser le terroir, le vinificateur et les amateurs.
C’est exactement là où comme dans d’autres domaines du luxe, un designer va offrir son style et apporter une valeur ajoutée.
Conclusion sur ce code moderne des grands crus classés : la marque des œnologues-consultants.
Il est recevable de penser que la griffe d’un Michel Rolland sur un vin est le résultat d’un processus de création.
Comme pour un Lagerfeld, son nom devient une marque.
Même s’il faut garder l'église au milieu du village - ici la trilogie château / terroir / vinificateur -, Didier Cuvelier ne s’y est pas trompé : avoir un gourou du vin fait partie du mix complexe d’un grand cru classé

Nouvelle architecture ouverte sur les vignes
Nouvelle architecture ouverte sur les vignes

Le vignoble et le vin ont atteint leur vitesse de croisière, une deuxième ère de la vie de la propriété va commencer, celle de la communication.

Le château a acquis un savoir-faire, il s’agit maintenant de le faire savoir.

Dans la tradition bordelaise, le premier marqueur d’un château est justement le château. Bâtisse qui ne sert pas souvent de lieu de résidence, mais de lieu de réception et d’apparat.
Au-delà des besoins strictement opérationnels de la propriété, la refonte du site se termine par l’intégration des codes esthétiques d’un grand cru.

Conséquence des partages, Léoville Poyferré et Léoville Las Cases sont entremêlés comme des frères siamois, ce qui rend l’exercice difficile. De plus, il n’y a pas de château.
Habituellement, les étiquettes reprennent la silhouette du château et ici c’est le château qui va reprendre le dessin de l’étiquette.
La façade matérialisant le dessin de l’étiquette donne sur la cour d’honneur, offrant une belle visibilité depuis la route des châteaux.
L’implantation finalisée comprend une salle de réception de 220 personnes.
L’ensemble est sobre, accueillant et léger au regard, comme un petit village posé dans le village de Saint-Julien. DC résume sobrement cette renaissance : “J'ai été en travaux pendant 25 ans, ces derniers ont été faits à l'image d'une famille”.

Léoville Poyferré s’ouvre au monde

Dans un Médoc éternellement péninsulaire et encore fermé, Anne Cuvelier, la cousine de Didier, gère les relations publiques. D’avion en réception, Anne fait connaître le château. La propriété propose aux amateurs des dégustations thématiques très bien pensée, et une boutique pour les vins du château et les souvenirs sympas.

Didier Cuvelier a passé le flambeau à Sarah Lecompte Cuvelier, sa cousine

Après une vie dédiée au service de la propriété, Didier Cuvelier a passé le flambeau à sa cousine Sarah Lecompte Cuvelier, le 1er Août 2018.
Il ne doit pas être aisé de confier pareil entreprise, au pinacle après une vie passée à lui redonner son lustre.
Un choix familial affinitaire s’est cristallisé naturellement autour de Sarah.
Conduire un Grand Cru Classé est une activité aussi multiforme que peut l'être le vin, deux qualités prévalent:
- aimer le vin
- savoir embrasser des problématiques complexes, agricoles, œnologiques, managériales, stratégiques ...
Le vin fait partie intégrante de l’histoire familiale de Sarah, elle tisse depuis l’enfance des liens affectifs avec le Médoc. Il a bercé ses vacances puis aiguisé son désir de rapprochement.

Sarah Lecompte Cuvelier
Sarah Lecompte Cuvelier

Il n’est pas rare chez les vignerons de voir des capitaines d’industrie réussir à un âge de maturité dans le difficile métier du vin. Ils ont justement dû s'aguerrir à la maîtrise d’une diversité de modèles économiques.
Sarah s’est progressivement préparée à commander à la destinée de la propriété. Son père l’a intégré depuis le début des années 2000 au conseil d’administration. Ce qui lui a permis de faire ses classes, et surtout de se faire repérer par Didier comme successeur potentiel.
La montée en puissance professionnelle de Sarah s’est opérée dans d’autres univers. Notamment dans la gestion pour des grands groupes hôteliers après un premier cycle d’études en Administration Economique et Sociale.
Pour affiner ses compétences dans ce tournant viticole, elle se forme à l’Ecole d’Ingénieur de Bordeaux Sciences Agro en Management de Domaines Viticoles. Elle possède également un Diplôme Universitaire d’Aptitude à la Dégustation.
Manifestement les challenges ne lui font pas peur.
C’est avec son mari et ses deux enfants qu’elle s’installe à Bordeaux.
En préparant cet article, interview et photo, j’ai pu voir en elle un esprit affuté, mais sans aucune inaccessibilité liée à sa fonction, comme on en rencontre peu dans l’univers des grands crus classés.
Une spontanéité qui va bien avec l'atmosphère régnant dans la propriété. Un ADN Cuvelier qui aura permis à Didier de transformer cette maison avec une équipe au top pour conduire ce jeune pur-sang.
Pour une période transitoire encore avec la consultation de Didier, Sarah se positionne dans la perspective au long cours de la gestion d’un grand cru classé.
Plus encore qu’un outil de vinification, Didier a mis en place une nouvelle philosophie où le bio s’imposera à terme sur le conventionnel. Il représente déjà 20% des surfaces plantées. Également au diapason sur ce positionnement de leur propriété, Sarah veut donner une réponse plus sociétale à la dynamique de son Grand Cru Classé.
Dans son écosystème, Léoville Poyferré joue la carte de l’horizontalité. Sarah ne veux pas changer l'accessibilité à ce domaine qui a retrouvé son potentiel.
Il y a, dans la façon dont parle Sarah de son cru classé, une équation évidente entre le capital de marque et le capital de sympathie.
Sans briser les codes, mais avec un parti pris évident de progrès, le château Léoville Poyferré s’est indiscutablement extrait de cette zone d’inconfort obsolète, celle d’une certaine rigidité old school qui habite encore trop de grands châteaux.
Sarah incarne ces valeurs.

La notoriété d’un grand cru est longue à installer, mais quand elle n’est pas factice le capital de sympathie est fort.
Au-delà du travail générationnel de Didier Cuvelier et de son équipe, maintenant de Sarah, la vraie empreinte que laisse Léoville Poyferré, la plus convaincante, la plus universelle est celle de son vin sur les papilles.

Loïc Siri en dégustation
Loïc Siri en dégustation

A la dégustation

Dans le périmètre de Saint-Julien, le profilage du second grand cru classé Léoville Pyferré est bien celui d’un enfant du lieu. Le curseur de la puissance et la longueur sont bien là et en font un vin sérieux. Ajoutez-lui une bouche juteuse en plus, des arômes sensuels, vous aurez un Saint-Julien lyrique et flamboyant.
Les séquences de gustatives ont beaucoup d’amplitude, chaque composante est marquée et c’est là où c’est très fort parce qu’il n’y a aucune impression d’antagonisme. Pour l’avoir posément dégusté deux fois à deux ans d'intervalle, ma deuxième impression vient rehausser ma perception de la solidité de ce vin. Ce vin est construit sur belle ligne conductrice : sucrosité / tannins / vivacité.

Pas bling bling pour deux sous, Poyferré est un château familial que les Cuvelier ont su porter au pinacle. Le rapport prix-plaisir est indiscutablement bon, mais ce qui est définitivement bon à Poyferré, c’est son vin.
Au-delà du travail générationnel de Didier Cuvelier et maintenant de Sarah Lecompte Cuvelier et de son équipe, la vraie empreinte que laisse Léoville Poyferré, la plus convaincante, la plus universelle est celle d’un niveau second cru indubitablement retrouvé avec brio.

Pavillon de Léoville 2010

Joli nez expansif, généreux mais pas débordant. Une densité assez aérienne.
L’ensemble est très harmonieux. Le moment de fusion des arômes est parfaitement atteint. Une bulle délicate sur des notes très douces sur lesquelles part bien droit une note de critérium.
En bouche, un charme et une générosité folle, une fluidité parfaite.
Le temps s'écoule sans heurt jusqu’au moment où l’on arrive à la texture des tanins qui me fait dire que là ça ne rigole plus.
La rétro est clairement sur une note anisée, fraîche, chirurgicale.

Pavillon de Léoville 2016

Premier nez fermé mais de la sensualité.
A l’agitation des notes sanguine et réglisse façon bonbon “carensac”.
La bouche est remplissante, à mi-chemin entre le gras et le taffeta. Le cours du vin va vers une langueur qui donne une appétissante lecture du millésime.
Sur le dernier segment, cette douceur fait lentement place à des tanins en suspension, de grosses particules. Mais aucune brusquerie, tout s’enchaine.
La finale porte encore la masse des tanins qui n’ont pas encore commencé à se fondre, normal. La vivacité apporte un peu de légèreté à cette impression.
La synthèse commencera à se faire dans deux ans. Un second vin bien jeune pour un 2010.

Château Léoville Poyferré 2007

Le nez est à quintessence. Le toasté pain grillé de la barrique commence à se fondre et est en dentelle. Un très bon niveau de puissance, fut-il boisé en mode viril maintenant. Ou de l’attendre avec un risque de déséquilibre. Il faut dire que ce vin est en demi-bouteilles.
Le boisé avec le moka s’y ajoute. Je cherche le fruit et ne le trouve pas.
Tout est délicatement fondu, peut-être une note de grenade très subtile.
La bouche est sur un mode crescendo, tout va très vite et part d’une sensation matérielle vers quelque chose d’aérien. Les tannins sont fermes mais pas secs.
La partition bois matière onctueuse est limite mais fonctionne très bien.
La tension de vivacité est franche, bien réelle, et apporte de la fougue.
Toujours cette note de réglisse en finale.
Au top dans trois ans, lui laisser une autre chance dans sept.

Château Léoville Poyferré 2005

Etrange prise de contact, au premier nez juste rien.
Puis on sent qu’il se passe quelque chose, sorti des profondeurs des notes de cerise et de fruits noirs et goudron.
C’est très serré pour un 2015, compact.
Dans cette forme aromatique des notes de lilas rose.
On est sur un 2005 en mode blockbuster.
La bouche est tout simplement parfaite, beaucoup de tension mais à l'extérieur de ce passage on sent un concentré de sensualité.
La matière solide dépasse à cette heure la vivacité, ce qui évite trop de dureté sur la finale.
La vivacité est d’une longueur royale.
La combinaison tanins / vivacité / rétro est vraiment géniale, les trois sont au pinacle en même temps.
On ne sait plus où donner de la tête, un feu d’artifice en mode bouquet final.
Un 2005 assez masculin en fait.
Garde : je ne sais pas, je l’aime bien sur cette puissance, sur ce dynamisme hors du commun.
Nul doute que les années vont le lisser, donc 5 à 8 ans sur cette énergie, et 15 pour la classe.
Il a tout d’un vin qui peut durer, tanins et vivacité, et pas de blabla techno, un vin pur.

Château Léoville Poyferré 2012

Au sortir de la bouteille, le vin s’annonce sur le boisé toasté pain grillé et tabac blond.
Je cherche le reste et rien ne vient à mon nez en ce cas.
Je prends le taureau par les cornes (ou le verre par le pied) et des notes fruits remontent en filigrane.
Des notes de fruits noirs confiturés, les notes des recombinaisons de la barrique accélérées en demi-bouteilles.
La bouche commence par une vacuité. Le début est donc en creux et la relève des tanins est là pour supporter cette dépression avec un peu de sucrosité. Heureusement, un cap de vivacité qui n’est pas débordant, sinon l’ensemble imploserait.
Pour conclure, actuellement un vin dans un cycle renfrogné.
On est sur les standards de puissance de l’année et du lieu, la stimulation sensorielle est bonne.
Par défaut, c’est un vin old school. Il lui manque quelque chose de plus baroque auquel la Maison nous a habitué. Il faut lui laisser un peu de temps.

Château Léoville Poyferré 2010

Un nez big block, puissant mais pas débordant.
Une belle poussée de fruits noirs qui étreint fougueusement un toasté de barrique aussi généreux, un peu de goudron.
C’est un peu chaud mais à peine, quand même un blockbuster fait par la nature.
Des notes d'amandes grillées flottent au-dessus de façon plus aérienne.
Si le nez est en mode big block impénétrable, la première séquence en bouche est nettement sur la sensualité et la sucrosité.
Cerises noires, compote de pruneaux. Une vivacité vient parfaitement contrebalancer des tanins énormes, un peu obèses mais sucreux aussi.
On est dans une joyeuse décadence baroque, miam…
La stylistique du millésime est en parfait accord avec celle de la Maison Poyferré, un must have.
En demi- bouteille, il est extraordinaire maintenant.

Château Léoville Poyferré 2013

Un vraiment joli nez très coquin.
Il se donne tout de suite sur des pures notes de coulis de fruits rouges, frais, fin appétissant et aguicheur. Cela se poursuit sur une belle complémentarité de barriques toastées. Le tout prend rapidement de l’ampleur et s’envole.
On est exactement dans ce que j’aime de cette Maison.
La bouche est plus académique. La fluidité est bonne et les tanins encore fermes.
Il faut oublier ce vin 3 ans et le reprendre quand son bouquet sera bien formé.
Il a (presque) tout d’un grand.

Château Léoville Poyferré 2014

Un nez rassurant, sur une forme classique d’une bonne puissance.
Cela commence par une succession bien emboitée de fruits noirs et fraises mûres d’une bonne forme.
Le tout est chapeauté par une belle poussée verticale un peu indescriptible de notes fraîches et agréables.
La bouche a le jus des 2014 : c’est ample sans lourdeur, fluide, un peu aqueux mais avec une très belle harmonie qui domine.
Cet équilibre ne laisse pas endormi, une finale dynamique vient nous surprendre par une montée en puissance. On passe d’un monde à un autre, le potentiel de garde se manifeste in extremis : intéressant.
La vivacité est moindre.
Un 2014 surprenant, inattendu et finalement tendu. C’est sur ce type de millésime, où être un grand cru classé fait la différence : on est sur un niveau évidemment de second.
Garde : ne rien envisager raisonnablement avant 4 ans.

Château Léoville Poyferré 2015

Une complétude au premier nez, une élégance qui va au millésime.
On est dans une expression parfaite de la sensualité des fruits dans tout le paysage aromatique de ce vin. C’est fin, croquant et persistant aussi. Que demander !
Les harmoniques des arômes sont très complémentaires, s'enchaînent à la perfection sans que l’on puisse les détacher.
La bouche est parfaite, onctueuse, sans aucun gras, d’une texture des grands millésimes.
Le mouvement en bouche est parfaitement balancé, tout est progressif, mesuré jusqu’à l’arrivée des tanins. Ils nous rappellent que le bébé n’est pas encore prêt.
Ils sont sérieux, carrés et gages de la bonification sans équivoque de ce grand millésime.
Simplement un très beau Saint Julien.
Garde : à déguster de façon espacée tous les trois ans, à partir de cinq ans pour ne rien rater de son envolée.