Pourquoi traite-t-on la vigne ?
Pourquoi traite-t-on la vigne ?
Publié le lundi 15 janvier 2018

Pourquoi traite-t-on la vigne ?

L'utilisation des produits phytos en viticulture soulève de nombreuses questions. Ils effraient les consommateurs et sont appliqués à contrecœur par les agriculteurs.
Quels sont ces traitements ? Pourquoi les emploie-t-on sur la vigne ? Comment les raisonne-t-on ? Quelques questions pour vous aider à y voir plus clair sur ce sujet d'actualité !

Les produits phytos en quelques mots

Les produits phytopharmaceutiques sont destinés à protéger les végétaux ou les produits végétaux contre tous les organismes nuisibles ou prévenir l'action de ceux-ci. En gros, ce sont des produits pharmaceutiques actifs sur les plantes.

On peut les classer en trois catégories majeures en fonction de leurs usages : les fongicides contre les maladies cryptogamiques (les champignons), les insecticides contre les insectes ravageurs et les herbicides contre les adventices (les herbes nuisibles aux cultures).

Ils sont composés d'une ou plusieurs matières actives, des molécules chimiques d'origine naturelle ou de synthèse, et de co-formulants, qui améliorent leur efficacité.
Leur utilisation est soumise à l'obtention d'une Autorisation de Mise sur le Marché (AMM), délivrée pour un usage précis (culture, bio-agresseur, dose...) sur la base de critères d'efficacité mais également d'acceptabilité des risques vis-à-vis de l'homme et de l'environnement (Règlement CE n°1107/2009).

Pourquoi emploie-t-on des produits phytos sur la vigne ?

Les produits phytos sont utilisés afin d'assurer la quantité et la qualité de la récolte permettant la viabilité économique de l'exploitation.
Les maladies et les ravageurs de la vigne peuvent non seulement détruire tout ou partie de la vendange, mais ils altèrent aussi la composition des raisins puis des vins.

Par exemple, les tordeuses de la grappe (cochylis et eudémis) sont des insectes qui perforent les baies, entraînant l'écoulement de jus sucré et favorisant l'installation de Botrytis cinerea, le champignon responsable de la pourriture grise des raisins (voir billet Le Botrytis de la vigne, Dr Jekyll ou Mr Hyde ?).

L'oïdium peut détruire jusqu'à 95% de la récolte. Mais il peut aussi affecter la qualité du vin (mauvais goûts) dès 5% de grappes très touchées. Il est en de même pour le mildiou qui engendre, entre autres, des pertes aromatiques ainsi qu'une impression de dureté des tanins sur les vins rouges.

L'enherbement peut être un partenaire de la vigne mais aussi un redoutable compétiteur. En période de sécheresse, il peut entraîner un stress hydrique important, préjudiciable au rendement, mais aussi à la qualité des raisins qui alors, n'arrivent pas à mûrir (voir billet Viticulture, comment raisonne-t-on l'enherbement de la vigne ?).

Comment raisonne-t-on leur utilisation ?

Vous l'aurez compris, la culture de la vigne nécessite l'utilisation de produits phytopharmaceutiques. Que ce soit des substances chimiques d'origine naturelle (obligatoires en culture biologique et biodynamique) ou issues de la chimie de synthèse, il est primordial de limiter leur utilisation au strict nécessaire.
Heureusement, les recherches scientifiques et l'évolution des techniques culturales facilitent le travail des vigneronnes et vignerons !

Les cycles biologiques des champignons phytopathogènes étant aujourd'hui très bien connus, des modèles de prévision des risques ont été mis au point afin de ne traiter que quand il le faut et au bon moment.

Des méthodes de lutte biotechnique évitent notamment l'utilisation d'insecticides. Contre les vers de la grappe, la confusion sexuelle perturbe la reproduction des papillons en diffusant en grande quantité les phéromones émises par la femelle pour attirer le mâle.

Le désherbage mécanique et l'enherbement maîtrisé dispensent d'employer des herbicides.

La filière fonde beaucoup d'attentes sur les cépages résistants au mildiou et à l'oïdium. A ce jour, 10 sont inscrits définitivement au Catalogue National Officiel et plusieurs autres de façon temporaire. L'Observatoire national du déploiement des cépages résistants (OSCAR) a été créé en janvier 2017 afin d'assurer une veille et de partager des informations sur ces premières plantations (voir billet Les cépages résistants).

L'utilisation des produits phytos se raisonne en ayant une très bonne connaissance du terroir, des sensibilités des différents cépages et en diversifiant les méthodes de protection.

Il n'y a malheureusement pas encore de recette miracle, mais beaucoup d'outils et de paramètres qui permettent de préserver au mieux la santé de la vigne, des applicateurs, des consommateurs et de l'environnement.

Retrouvez l'article de Bernard Burtschy : Les pesticides : le meilleur et parfois le pire

Sources
http://agriculture.gouv.fr/maitrise-des-produits-phytosanitaires-pesticides
http://www.fredon-lorraine.com/UserFiles/File/classeur-bpp/za/za-f14.pdf
http://observatoire-cepages-resistants.fr