
La transmission familiale au cœur du modèle viticole

La transmission familiale est un enjeu majeur pour la viticulture. Entre crise de la filière (baisse de la consommation, export en difficulté, arrachage massif etc...) et réchauffement climatique, les prétendants à l’installation se font moins nombreux.
C’est en Alsace qu’on est allé creuser ce sujet, où les domaines familiaux sont particulièrement nombreux. Portrait de familles de la transmission au cœur de la route des Vins.

Une installation facilitée pour un néo-vigneron
Au-delà des intérêts légaux et fiscaux, transmettre son exploitation dans le cadre familiale permet aux nouvelles générations de s’installer plus sereinement et d’avoir une assise plus forte face aux contraintes qui pèsent aujourd’hui sur la filière.
Comme le souligne Jean-Christophe Bott, 7ème génération à la tête du domaine Bott Geyl, à moins d’arriver avec un patrimoine conséquent et de pouvoir acheter un domaine équipé et avec des parcelles intéressantes, c’est un peu compliqué de s’installer
. Ce que confirme Marine Sohler, du domaine éponyme : Je me suis rendue compte que mes parents avaient un patrimoine. « L’agriculture, c’est pas seulement faire pousser et récolter, c’est aussi cultiver un écosystème, et j’ai mesuré la chance que j’avais d’avoir un tel environnement, ainsi qu’un tel produit, le vin, qui peut susciter autant la convivialité. C’était très riche de sens et c’est pour cela que j’ai finalement opté pour la viticulture, et pas une carrière dans l’agroalimentaire
.

D’autant que depuis 2020, les aléas climatiques s’enchainent, avec un millésime sur deux qui présente des difficultés, entre sécheresse, grêle et attaque de maladie les années humides. Comme nous avons plusieurs terroirs, dont les cuvées attendent parfois plusieurs années avant d’être vendues, cela nous permet d’avoir un peu de souplesse. Les années mauvaises, on se casse moins la tête, si ce n’est pas beau, on ne s’acharne pas
, explique Jean-Christophe.
En plus de cette sécurité commerciale, le réseau de clientèle est déjà en place. Marine explique même que la transmission a été très bien accueillie par la clientèle, qui se montre d’autant plus fidèle, rassurée aussi de voir le domaine resté dans la famille
.

L'apprentissage de la viticulture en famille : un savoir empirique
La transmission n’est pas juste matérielle ou économique, c’est également la garantie de bénéficier d’un apprentissage aussi technique qu’intuitif, qui démarre souvent dès l’enfance. Et qu’il faut parfois savoir aussi remettre en question : Jean-Christophe ne perd pas de vue que ce sont souvent les domaines plus anciens qui restent dans une forme d’inertie, au détriment d’une innovation indispensable, surtout en ces temps de changement de consommation et d’adaptation nécessaire au climat. Il est d’ailleurs reconnaissant du double apprentissage, amont et aval : mon père m’a appris la rigueur, savoir m’organiser dans mon travail, ce que je transmets aussi à Pierre-Antoine, mon fils. Qui lui continue d’apprendre à l’extérieur, comme je l’avais fait, avec des stages à l’étranger. D’ailleurs, je le consulte pour de nombreuses décisions et régulièrement, sa vision me surprend, il m’aide à relever la tête du guidon, et elle m’enrichit : il m’a par exemple fait évoluer sur la stratégie de gestion du parcellaire
.
Vigneron(ne) de parents à enfants : un double apprentissage
La transmission implique également un apprentissage plus humain. Au bureau, les relations sont polissées, on ne peut pas tout se permettre avec ses collègues. Tandis qu’en famille, ça peut aller beaucoup plus loin dans les échanges, en positif, mais aussi quand ça s’énerve !
, reconnaît Marine.
Même son de cloche chez les Wach où Pierre, qui a toujours voulu être vigneron comme son père et dont les ancêtres suisses se sont installés ici à Andlau en 1648, a parfois dû jouer des coudes comme faire preuve de patience pour imposer sa vision. Lui qui aime les vins secs et tendus a d’abord dû prouver à son père, grand fan des demi-secs, que sa façon de faire avait toute sa place. J’ai également converti le domaine en bio, et changé un peu le style des vins, plus secs et incluant aussi plus de macération. J’avais vraiment envie de pousser encore plus la logique des vins de terroirs
.

Viticulture familiale : des territoires avec une âme
Si les modèles familiaux cèdent trop de place, ce sont souvent des investisseurs qui prennent le relais. Certains vignobles ont fait les frais des fameux zinzins
(les investisseurs industriels), reprenant des domaines sans pour autant les habiter, au sens propre comme au sens figuré, comme le faisait la famille en place précédemment.
Transmettre son exploitation viticole, c’est donc aussi assurer la continuité d’une intégration dans la vie locale. Au domaine Scherb (Bernard et fils), Georges est très sensible à la question de la transmission. Ayant repris le domaine suite au décès brutal de son père, il a embarqué son épouse Pélagie pour une aventure dépassant le simple cadre des vignes et du chai. Soucieux de la préservation de l’environnement, il souhaite aussi le valoriser et a ainsi construit une offre œnotouristique (hôtel et restaurant) à même de dynamiser son domaine comme le village de Gueberschwihr.
Nous vous conseillons vivement de prendre la route des vins alsacienne, pour ses magnifiques paysages, pour la qualité de l’accueil, et pour goûter notamment les cuvées des domaines mentionnés dans cet article !
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