Le vignoble d'Alsace, mon coup de cœur
Le vignoble d'Alsace, mon coup de cœur
Publié le samedi 27 octobre 2018

Le vignoble d'Alsace, mon coup de cœur

Cette fois-ci, je vous emmène en Alsace, le pays aux 51 Grands Crus (presque un par semaine !) et aux paysages aussi doux que les vins qui y sont produits.
Pendant 4 jours j'ai posé mes valises dans la magnifique petite cité si typique de la région, Riquewihr, un nom relativement simple à prononcer pour le coin, vous pourrez le constater par la suite.
J'ai rayonné autour de ce village à la rencontre de vignerons engagés, de déjeuners et dîners endiablés et de dégustations de vins en biodynamie pour la plupart.

L'Alsace est une terre accueillante, chaleureuse, à l'image de ses habitants. Tous ont le sourire, sont prêts à vous donner un coup de main et à narrer avec passion leurs paysages et bâtiments qui les entourent. Les vignerons locaux ne dérogent pas à cette règle. Comme par exemple, Matthieu Boesch, actuel vigneron au domaine ancestral, Léon Boesch situé sur la commune de Westhalten.
Ici la nature est un nom singulier que l'on pourrait presque écrire avec une majuscule tellement la famille Boesch est proche de sa terre et fait tout pour la préserver.

Matthieu a fait appel à un autre Matthieu, Winter celui-là, architecte de son état et plus particulièrement spécialisé dans la conception de bâtiments bioclimatiques, pour faire sortir de terre un projet hors-normes. Un chai construit en paille et en bois avec une partie semi enterrée réalisée en forme d'escargot et avec d'énormes blocs de grès rose local. Ici tout est conçu en lien avec la nature. Et avec un tel outil de production, il était obligatoire d'y faire des vins en biodynamie c'est-à-dire - pour faire simple - en se basant sur les cycles de la nature, de la lune et de la terre (entre autre).
Pour faire taire les idées reçues, les vins que j'ai pu déguster lors de ce périple ont tous ou presque été réalisés en suivant ce mode de production et tous sans exception se sont révélés des vins extraordinaires de richesse, d'onctuosité, de clarté, bref, des vins avec un petit supplément d'âme.

Pour s'imprégner au mieux de ce coin de paradis, quoi de mieux que de prendre un peu de hauteur du côté du Breitenberg et aller déjeuner comme nous l'avons fait, directement entre les rangs de vigne du Domaine Léon Boesch ?

Au fait, vous ai-je dit qu'en Alsace, contrairement au bordelais, on ne parle pas de Château pour décrire une propriété mais de Domaine ? Chose faite ! Les vieux réflexes du bordelais que je suis ont mis quelques heures à disparaître !

Revenons au Breitenberg, avec une vue à couper le souffle sur toute la vallée toute en rondeur, dévoilant des silhouettes presque féminines et sensuelles. Nous avons dégusté une grande partie des cuvées produites par Mathieu et son père : en commençant par le Sylvaner cuvée Terres Rouges ou encore le pinot gris Clos Zwingel le riesling en multiples cuvées Luss, Breintenberg , le Gewurztraminer Zinnkeopfle et enfin le magique Grand Cru Zinnkeopfle Vendanges tardives (un bonbon !).

Déguster tous ces vins en compagnie du vigneron, de sa famille et de son équipe mais également d'une belle brochette de blogueurs épicuriens, tous plus joyeux les uns que les autres, tout ça au milieu du terroir même où pousse le raisin, a été un moment à part, une sorte de boucle logique que j'aurai voulu faire perdurer le plus longtemps possible. Mais les Vins d'Alsace à qui nous avions répondu présent à l'invitation, nous avait préparé un programme digne d'un chef d'état.
La suite a été haute en couleurs. Grâce à l'Association des Autocars Anciens de France, nous avons été baladés pendant ces quelques jours, dans un bus Renault de 1984 remis entièrement à neuf.

Après presque une heure de montée, nous arrivâmes au Grand Ballon, point culminant du massif des Vosges pour passer une soirée mémorable à la Ferme du Treh. Seule habitation à des kilomètres à la ronde, cette ferme auberge possède sans doute l'un des plus beaux points de vue sur le massif des Vosges et un coucher de soleil à tomber par terre.
Ce fut l'occasion pour nous de faire la connaissance de Francis Klée du Domaine éponyme venu spécialement nous faire déguster ses vins. Avec ses deux autres frères, ils produisent des vins en culture raisonnée et ne travaillent le sol qu'un rang de vigne sur deux afin de laisser la terre se reposer. C'est une petite propriété familiale située à Katzenthal (la vallée des chats). Outre ses cuvées alsaciennes, je suis tombé amoureux, tout comme Les Itinéraires de Charlotte, de son pinot noir. Car oui, en Alsace on fait beaucoup de blanc certes mais le rouge, avec son cépage unique – le pinot noir – réalise de belles cuvées tout en rondeur et en douceur.

Poursuivant notre voyage au cœur du vignoble, nous avons découvert le Domaine Christian Binner situé à Ammerschwihr. Là encore 100% biodynamie, chai en paille du même architecte que le Domaine Léon Boesch, j'ai eu l'occasion de pouvoir donner de ma personne, pour la conception de la cuvée Si Rose 2018. Avec 7° au thermomètre, me voilà à 9h du matin, en train de fouler du raisin tout juste vendangé. Je vous assure que l'expérience est rafraîchissante !

Là encore, ce fut une belle rencontre que celle de Christian Binner. Passionné, passionnant et comme Mathieu Boesch ou Francis Klée, tous sont habités par la passion de faire du bon en respectant le terroir, que ce dernier s'empresse de leur rendre le plus généreusement possible.

La suite du programme était tout aussi sportive que le foulage du raisin ! Et pour cause, une vingtaine de kilomètres à travers le vignoble vallonné nous attendant après la dégustation. 20 kms oui, mais 20 kms en VTT électrique. Une très bonne manière de découvrir les vignes autrement et sans forcer. Les montées passent toutes seules, les descentes sont encore plus impressionnantes. Un bon moment que je vous invite à programmer sans tarder aux beaux jours. Vous traverserez des petits villages exquis en dehors des sentiers battus et si vous avez la chance comme ce fut mon cas, vous pourrez même croiser un poney solitaire et pas peureux, en train de brouter paisiblement de l'herbe au bord de la route.

Et en terme d'exquis, la transition est toute trouvée avec la dégustation de choucroute, et pas n'importe laquelle. Il se murmure que c'est une des meilleures d'Alsace !

Engloutie en moins de deux par les épicuriens sportifs éreintés après 20kms d'efforts, nous nous sommes rués sur ce plat incontournable de la région au sein du Domaine Charles Frey à Dambach la Ville. D'autant plus incontournable pendant les vendanges comme ce fût le cas au Domaine pendant notre visite. Là encore, dégustation des cuvées typiques mais également du Crémant d'Alsace que produit la famille. C'est Thiébaud Frey - le dernier de la famille à avoir rejoint l'aventure – qui nous partage son enthousiasme pour le Domaine. Le chai ici aussi est bioclimatique, hors sol, en bois massif sans climatisation et entièrement réalisé en matériaux naturels.

En point d'orgue de notre séjour sur les magnifiques terres alsaciennes, nous avons terminé en beauté avec un chef d'œuvre tant humain qu'architectural : le Domaine Achillée (prononcez Akilé) dont je suis tombé totalement amoureux, du nom d'une plante : l'achillée.
Prouesse technologique mais aussi familiale, ce bâtiment là encore bioclimatique, a été entièrement réalisé par la famille Dietrich et une partie du village qui est spontanément venue prêter main forte. C'est beau, c'est grand, c'est vitré, aéré, on s'y sent bien, sans savoir si nous sommes dans un bar à vins, un chai, un immense salon…

Ce jeune domaine créé avec le millésime 2016 par Yves Dietrich et ses deux enfants Jean et Pierre, produit encore peu de bouteilles. Mais alors quelles bouteilles ! Ici on laisse part à la créativité, aux envies des uns et des autres de créer des cuvées atypiques, voire même une cuvée de copains dont la commercialisation n'est pas au programme, ce qui frustre encore plus l'amateur de vins décalés que je suis car j'ai dégusté l'un des vins les plus originaux et fabuleux depuis que je m'intéresse au monde du vin.

Et pour terminer en beauté avec une ribambelle de vignerons venus spécialement pour nous rencontrer ce soir-là, nous avons eu l'occasion de faire un atelier de confection de tartes flambées. Oui, ici il ne faut surtout pas prononcer le nom de Flammekueche ! 1 minute au four à 500° et hop, c'est prêt.

Chère Alsace, maintenant je peux le dire tout haut, ma femme en sera sans doute jalouse mais c'est une évidence : je suis amoureux ! J'ai enfin retrouvé mes yeux d'enfants devant tes paysages, tes couchers de soleil, tes vignerons engagés, tes vins fabuleux et ta cuisine gourmande et généreuse. C'est promis, je reviendrai bientôt !
Pour ceux d'entre vous qui n'auraient pas encore eu l'occasion d'aller fouler ces terres à la frontière avec nos voisins allemands, je ne peux que vous conseiller d'aller vous plonger dans l'atmosphère si chaleureuse qui règne en Alsace. Il existe la Route des Vins d'Alsace avec plus de 900 caveaux qui vous accueilleront avec le sourire. Rendez-vous sur www.vinsalsace.com