Vin et architecture contemporaine, le Bordelais serait-il devenu un musée ?
Publié le lundi 24 juillet 2017

Vin et architecture contemporaine, le Bordelais serait-il devenu un musée ?

Entre les ceps de vigne, fleurissent des chais grandioses à l'allure avant-gardiste. La course aux architectes de renommée internationale s'accélère dans le vignoble Bordelais. Entre tradition et modernité, création d'un vin et d'un bâtiment contemporain, les univers se mélangent, mais font-ils bon ménage ?

Californie, Rioja, le phénomène ne se cantonne pas aux frontières girondines mais voilà que depuis quelques années, les châteaux de Bordeaux arrivent en tête du peloton.
Norman Foster à Margaux, Jean-Michel Wilmotte à Pédesclaux, Christian de Portzamparc à Cheval Blanc, Jean Nouvel à La Dominique, Philippe Starck aux Carmes Haut-Brion... Que se cache-t-il derrière cette échappée créative ?

Un besoin d'image

Dans un vignoble historique, de culture traditionnelle, l'architecture contemporaine insuffle un vent de modernité. Les Grands Crus savent évoluer avec leur temps, ils osent bouleverser les codes, nous surprendre.

Cependant, ces dépenses colossales sont principalement réalisées par des investisseurs ou des personnalités du monde des affaires. Ceci ne renforcerait-il pas l'image élitiste des Grands Crus dont les bouteilles se vendent à prix d'or ? Les  petits vignerons  (qui représentent plus de 95% des volumes) ne seraient-ils pas les laissés-pour-compte de ce vignoble ?

Une envie de s'ouvrir aux consommateurs

D'une manière générale, la France a des progrès à faire en matière d'œnotourisme. Certains pays, comme l'Afrique du Sud (voir billet Le vignoble d'Afrique du Sud), en ont fait un axe majeur de leur développement alors que nos chers concitoyens ont pris le train en route.
Face à un marché de plus en plus concurrentiel, le Bordelais a compris qu'il était important de se démarquer. La construction d'édifices vertigineux est un moyen d'attiser la curiosité des amateurs de vin et de design.

Même s'ils ne font pas tous l'unanimité, ces bâtiments rivalisent d'originalité. Ils arrivent à créer la surprise et à s'intégrer avec grâce dans leur environnement.
A Saint-Emilion, le duo composé du Château La Dominique et du Château Cheval Blanc est un incontournable. Un navire flamboyant aux 6 nuances de rouge fait face à des voiles de béton surmontées d'un toit végétalisé.

Les offres œnotouristiques manquent encore cependant de clarté et d'accessibilité. Tous les domaines ne proposent pas de réservation en ligne et il n'est pas rare de devoir attendre plusieurs semaines afin d'obtenir un créneau de visite !

Et la technique dans tout ça ?

Le vin bénéficie d'une image glamour, mais il ne faut pas oublier qu'une cave doit répondre à des règles de qualité, d'hygiène et de sécurité.
Epater le visiteur d'un jour, c'est bien joli, mais un chai doit rester un outil de travail. Des architectes de renom, mais novices dans la filière vin, sont-ils capables de réussir ce pari ?

Certains Châteaux ont bien compris le dilemme et ont su s'entourer de personnes moins connues, mais spécialisées en la matière (Château Beychevelle, Château Kirwan).
D'autres ménagent la chèvre et le chou en mutualisant les talents. Le design du nouveau chai du Château Les Carmes Haut-Brion a été réalisé par Philippe Starck, en collaboration avec un cabinet d'architectes local.

A Pédesclaux, les idées de Jean-Michel Wilmotte ont été confrontées à l'expérience de Vincent Bache-Gabrielsen, le Directeur Technique. Le résultat est bluffant tant au niveau visuel que pratique ! Un chai tout en transparence, aux lignes épurées, équipé d'un système d'ascenseurs afin de travailler exclusivement par gravité. Les raisins, les mous puis les vins ne sont jamais pompés afin de préserver leur intégrité et leur structure.

Le Bordelais est certes un vignoble à deux vitesses, mais chacun doit savoir tirer parti de ses spécificités afin de trouver le consommateur à son pied !