Quels seront les cépages de demain ?

Quels seront les cépages de demain ?

Face aux enjeux climatiques, écologiques, commerciaux, la filière vin ne manque pas de défis afin de répondre aux exigences de la nature et du marché. Un des leviers fondamentaux de sa mutation se trouve au tout début de la vie d’une vigne, dans le choix de la variété à planter sur une nouvelle parcelle. Quels seront les cépages de demain ?

Des cépages autochtones pour un retour aux valeurs sûres.

Face à la panacée commerciale des vins de cépages internationaux, une restructuration du vignoble a eu lieu, notamment au sein des Indications Géographiques Protégées (IGP, les vins de Pays), initiée dans les années 80-90. Ces cépages issus d’autres vignobles, comme le Chardonnay et le Pinot Noir dans l’arc méditerranéen, ont donné des résultats qualitatifs, avant que leurs limites ne soient atteintes face au réchauffement climatique.

Avec des vendanges débutées mi-août en 2022, des ceps marqués par des symptômes de stress hydrique, des degrés alcooliques qui s’envolent, des rendements à la baisse, le retour aux cépages autochtones, originaires d’un terroir donné, et souvent mieux adaptés à ces spécificités, est d’actualité.

Dans le Languedoc, des variétés endémiques comme le Terret, le Bourboulenc, ou le Cinsault, ayant mieux résisté à la sécheresse pendant ces derniers millésimes caniculaires, ont retrouvé leurs lettres de noblesse.
De plus, elles proposent une différenciation commerciale et répondent à la quête d’authenticité recherchée par les consommateurs.

Dans le vignoble bordelais, les cahiers des charges des appellations n’autorisent à ce jour que les cépages locaux. Cependant, leurs implantations sont en train d’être modifiées. Le Merlot, jusqu’alors dominant dans les vignobles de la rive droite, s’est montré plus sensible au réchauffement climatique. Plusieurs châteaux envisagent donc de réduire ses surfaces au profit du Cabernet Sauvignon.

Des nouvelles variétés pour tenter la carte de l’innovation.

Des variétés originaires d’autres vignobles, voire d’autres pays, sont une autre solution afin de faire face aux exigences climatiques.
Le Verdejo d’Espagne, l’Assyrtiko de Grèce, le Sciaccarello de Corse, le Nielluccio et le Nero d’Avola d’Italie, le Touriga Nacional du Portugal, bien adaptés aux climats chauds et secs, ont déjà séduit plusieurs de nos compatriotes.
Il reste cependant à voir comment les consommateurs vont répondre à ces cépages d’ailleurs ?

La problématique est similaire au sujet des variétés résistantes aux maladies de la vigne. Même si elles permettent de réduire drastiquement le nombre de traitements, seront-elles capables de conquérir les verres ?
Et d’ailleurs, sont-elles adaptées à la sècheresse ?

Afin de guider les vigneronnes et vignerons dans ce choix cornélien, le Comité pour la Reconversion Qualitative du Vignoble en Languedoc-Roussillon a réalisé des fiches descriptives récapitulatives concernant dix cépages résistants : Cabernet Cortis, Floréal, Muscaris, Souvignier Gris, Artaban, Monarch, Prior, Vidoc, Soreli et Voltis.

La nouveauté va casser les codes des winelovers, qu’en est-il de l’état d’esprit des appellations ?
Si elles sont homologuées et inscrites au Catalogue officiel des variétés cultivées en France, elles peuvent rentrer dans l’élaboration des Vins de France et des IGP (après inscription en local pour les variétés résistantes). C’est plus compliqué dans les AOP.

Le nouveau cahier des charges de l’AOP Languedoc, adopté au printemps 2022, a autorisé douze nouveaux cépages : des expatriés comme l’Assyrtiko et le Nero d’Avola, ainsi que des vieux cépages autochtones comme le Piquepoul Noir et l’Œillade Noir.
Concernant les cépages résistants aux maladies, la Champagne a été à l’avant-garde en autorisant le Voltis. L’AOP Bordeaux a validé leur intégration à titre expérimental et serait prête à sauter le pas d’ici peu.

La décision est d’autant plus difficile en AOP parce qu’un facteur essentiel doit être pris en compte, le respect de la typicité des vins. Une composante majeure qui peut être assurée en autorisant ces nouveaux cépages en proportion minoritaire dans les assemblages.

Entre tradition et modernité, retour des cépages d’antan et arrivée de nouvelles variétés, la filière vigne et vin doit trouver le juste équilibre afin de se réinventer sans perdre son authenticité...

Publié , par La WINEista
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