Pourquoi décide-t-on d’arracher une vigne ?

Pourquoi décide-t-on d’arracher une vigne ?

Après plusieurs décennies de bons et loyaux services, il est temps de tourner la page pour se projeter dans l’avenir. L’arrachage d’une parcelle de vigne est une décision mûrement réfléchie qui suscite le débat, entre critères objectifs et sentimentalisme.
Pourquoi décide-t-on d’en arriver là ?

On arrachage une vigne pour répondre à des objectifs qualitatifs.

L’erreur est humaine. Il arrive aux vigneronnes et vignerons de se tromper lorsqu’ils plantent une nouvelle vigne : de choisir un cépage qui s’avère mal adapté à son terroir (voir notre article Plantation de la vigne, comment choisir un cépage ?, de s’orienter vers des densités de plantation non optimales, de mettre en place un mode de conduite qui n’est pas pertinent (voir notre article Pourquoi taille-t-on la vigne ?).

Ces éléments ont des répercussions importantes sur la qualité de la vendange : les raisins n’arrivent pas à atteindre la maturité souhaitée (voir notre article Comment sait-on qu'un raisin est mûr ?, la vigne est trop productive, elle a une sensibilité accrue aux maladies (voir notre article billet Les maladies de la vigne lien).

Pour faire face à une réalité économique.

La qualité est primordiale. Toutefois, une exploitation doit être viable.
Le rendement d’une parcelle est un paramètre qui compte dans la décision d’arrachage.
On les appelle les manquants ou les dimanches, ces souches mortes (mortalité de la Syrah, Esca...) parsemées de-ci de-là. Elles sont les bienvenues quand on travaille à la main parce qu’elles permettent de souffler un peu. Mais quand leur nombre devient trop important, il impacte significativement le rendement.

Il y a des vins pour tous les moments de vie, des bouteilles haut de gamme pour les belles occasions et des cuvées accessibles, facile à boire, réalisées avec des frais maîtrisés.
La mécanisation de la viticulture (travail du sol, vendanges mécaniques) permet de diminuer les coûts de production, mais elle n’est possible que si la configuration de la parcelle le supporte.
L’utilisation d’une machine à vendanger est impossible dans une vigne conduite en gobelets. Certaines sont arrachées au profit d’une parcelle palissée (conduite sur fils de fer).

Pour s’adapter à l’évolution du marché.

Les tendances de consommation évoluent au fil du temps, les vigneronnes et vignerons doivent s’adapter aux goûts du marché.

L’incroyable boom des rosés a entraîné l’arrachage de vignes afin d’y planter des cépages plus adaptés à la production de cette couleur (Cinsault et Grenache Noir en Languedoc).

Les variétés internationales à la mode (Chardonnay, Sauvignon, Cabernet Sauvignon, Pinot Noir...) ont vu leurs surfaces augmenter considérablement en IGP (les vins de pays) ces dernières années.

Mais parfois les tendances s’inversent... On assiste aujourd’hui à une recherche d’authenticité (voir notre article Pourquoi le vin est-il à la mode ?) favorable au retour des cépages autochtones (voir notre article Qu'est-ce qu'un cépage autochtone ?).
Après avoir été durement arraché dans les années 80, le Carignan Noir dans l’Hérault, planté sur des sols adaptés, retrouve maintenant ses lettres de noblesse.

L’arrachage d’une vigne est une page qui se tourne, le témoin d’une vie, de longues journées de travail, de belles surprises, de déceptions, de l’histoire d’un vignoble. Il faut parfois arriver à trancher, parier sur l’avenir, sans perdre de vue ses convictions...