Portrait de Charlotte Privat, apprentie vigneronne

Portrait de Charlotte Privat, apprentie vigneronne

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Notre série de portraits de femmes qui enchantent la filière vin continue avec Charlotte Privat, une jeune apprentie vigneronne gardoise à Saint-Maurice-de-Cazevieille. Vous y découvrirez les raisons qui l’ont poussée à s’installer, la beauté et les difficultés du métier, ainsi qu’une personnalité bien trempée.

Les personnes connectées qui s’intéressent à l’univers de la vigne et du vin ne sont certainement pas passées à côté des comptes de Charlotte. Connue sous le nom de Charlotte aux raisins sur Instagram, ou sous son propre patronyme sur Linkedln, cette jeune femme de 24 ans égaye la communauté de sa fraîcheur passionnée, tout en partageant avec talent les réalités de la vie d’une vigneronne.

Il faut dire que Charlotte est solidement ancrée dans le milieu. Depuis plus de 10 générations, sa famille bichonne ses terres pour y faire s’épanouir la vigne. Son arrière-arrière-grand-père a même été le fondateur de la cave coopérative Saint Maurice, entre Cévennes et Méditerranée, qui vient de célébrer son centenaire.

Dès son plus jeune âge, elle a baigné dans le raisin : son grand-père lui a appris à tailler la vigne, son père à conduire le tracteur. Elle a toujours su qu’elle suivrait cette voie. Après l’obtention de son DUT en agronomie à Perpignan, elle a poursuivi ses études en Bourgogne avec une licence en sciences de la vigne. J’étais plutôt attirée par l’œnologie. Puis je me suis rendu compte, au cours de mes expériences professionnelles, qu’on ne pouvait pas faire du bon vin sans des raisins de qualité.

À son retour de Nouvelle-Zélande, où elle a eu la chance de vinifier les fabuleux Sauvignon Blanc de la région de Marlborough, Charlotte a tout naturellement rejoint son père au sein de l’exploitation familiale. J’ai eu envie de renouer avec mes racines, de connaître le potentiel de mes raisins et de mon terroir.

Rencontre avec une jeune femme lumineuse, fière de son métier et sûre de ses convictions...

Charlotte est une jeune vigneronne dynamique
Charlotte est une jeune vigneronne dynamique

La WINEista. Pourquoi vous définissez-vous comme une apprentie vigneronne ?

Charlotte Privat. Officiellement, je suis viticultrice. J’ai vinifié mon premier millésime cette année, en 2025, uniquement pour la consommation familiale. J’ai beaucoup de respect pour le métier de vigneronne, qui demande de maîtriser la viticulture, la vinification, la commercialisation. Aujourd’hui, je passe plus de temps dans mes vignes, je ne m’estime pas encore prête à avoir le statut de vigneronne.

L.W. Pourquoi votre terroir vous fait-il craquer ?

C.P. Parce qu’il y a plein de possibilités, on peut vraiment s’éclater ! Je fais actuellement des essais en plantant des https://www.toutlevin.com/article/les-cepages-resistants
cépages résistants. Sur le terroir du Duché d’Uzès, nous avons un climat idéal, propice à l’expression des cépages : du soleil, des épisodes cévenols qui nous apportent de l’eau.

L.W. Pourriez-vous envisager d’être une apprentie vigneronne ailleurs qu’ici ?

C.P. Je me suis fait la main dans plusieurs vignobles, en France comme à l’étranger. Aujourd’hui, je suis heureuse de travailler sur mes terres, en famille. Et puis je suis en pleine restructuration du vignoble, c’est un gros travail, je ne pourrais pas laisser mes vignes.

Les vendanges à Saint-Maurice-de-Cazevieille, dans le Gard
Les vendanges à Saint-Maurice-de-Cazevieille, dans le Gard

L.W. Qu’aimez-vous le plus dans votre métier ?

C.P. Sa diversité : il y a un aspect scientifique, artistique, historique. Il faut être polyvalent pour faire du vin. J’aime aussi ce rapport au temps, rythmé par les saisons : très intense au printemps, comme en ce moment, et plus lent en hiver. On a le temps de réfléchir quand on taille ou qu’on est sur un tracteur.

L.W. Qu’est-ce que vous redoutez le plus ?

C.P. Le fait d’être dépendante de la météo. On peut tout perdre du jour au lendemain, comme lors de la terrible gelée de 2021.

L.W. Quel est votre moment préféré de la vigne à la bouteille ?

C.P. Les vinifications : j’aime toucher la matière, faire des pigeages, des remontages (lisez notre article : La vinification en rouge : la macération, déguster tous les jours. On récolte le fruit du travail de toute une année.

L.W. Rencontrez-vous des difficultés en tant que femme dans la filière vin ?

C.P. Je n’ai pas encore été confrontée à des situations discriminantes, je suis plutôt dans mes vignes. Je suis respectée au sein de la cave coopérative, certainement parce qu’ils me connaissent depuis longtemps. Les vraies difficultés sont plutôt physiques, notamment la pénibilité du travail avec certains outils tractés.

L.W. Quelle bouteille allez-vous déboucher pour la Fête de la Musique ?

C.P. Ma toute première cuvée ! Elle n’a pas encore de nom, elle est en cours d’élevage. C’est un vin rouge, 100% Grenache Noir, juteux, frais, gourmand, qui sent bon les petits fruits rouges et noirs, comme le cassis et la fraise, avec des notes de fleurs de bégonia.

L.W. Avec quel plat allez-vous l’accompagner ?

C.P. C’est un vin festif, parfait pour un apéro dînatoire !

L.W. Si vous étiez un cépage, vous seriez lequel ?

C.P. Un vieux Carignan Noir : c’est un cépage qui me ressemble. Il n’est pas facile quand il est jeune, puis il se bonifie avec le temps. Et puis c’est un cépage de chez nous, un autochtone.

L.W. Vous êtes active sur les réseaux sociaux : pourquoi ce choix de communiquer ?

C.P. Parce que j’ai envie de changer l’image du vin, de le rendre plus accessible, de décomplexer les personnes qui souhaitent en parler. Je veux aussi qu’on en comprenne les enjeux, partager la réalité du terrain, pour faire tomber les préjugés sur notre métier.

L.W. Vous êtes issue du milieu viticole, que diriez-vous à des néovignerons qui souhaitent s’installer ?

C.P. Que c’est super, mais qu’on ne s’improvise pas vigneronne. Il faut du temps pour comprendre ses sols, le potentiel qualitatif de ses raisins. Et il faut aussi être réaliste, ne pas négliger les réalités économiques.

L.W. Vous avez une vingtaine d’années : est-ce difficile de concilier ce métier avec une vie sociale ?

C.P. Ce n’est pas facile, les journées sont longues et je n’habite pas tout près de Montpellier ou de Nîmes. Je suis revenue dans le village où j’ai grandi, et mes amis en sont partis. J’aurai plus de contacts quand je commercialiserai mes vins.

L.W. Si je vous dis partir en vrille, cela vous évoque quoi ?

C.P. J’ai toujours su où je voulais aller. Donc pour moi, partir en vrille voudrait dire tout laisser en plan, tout lâcher. Ce n’est vraiment pas ce que je souhaite faire !

Merci Charlotte pour cet échange vrai, spontané et passionné, qui illustre à merveille la vitalité de la jeunesse tout en témoignant de votre ancrage dans votre histoire et votre métier. On peut dire que vous avez les pieds sur terre !

Crédit photos : Charlotte Privat


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