Améliorer un vin trop jeune en quelques secondes ? On a testé : La clé du vin
Améliorer un vin trop jeune en quelques secondes ? On a testé : La clé du vin
Publié le vendredi 10 juin 2016

Améliorer un vin trop jeune en quelques secondes ? On a testé : La clé du vin

Et si on pouvait faire évoluer un vin en quelques secondes ? C'est le pari de la clé du vin. Mise au point par un œnologue et un professeur de chimie et distribuée par Peugeot, elle se présente sous la forme d'un ustensile en métal muni d'une petite pastille. La notice est formelle : il suffit de la plonger à plusieurs reprises dans un verre pour obtenir les effets d'un vieillissement naturel. Pour en avoir le cœur net, nous avons demandé à Xavier Guillien, sommelier du restaurant L'encART, à Lyon, de se livrer à un test.

Comment fonctionne la clé du vin ?

La clé du vin se compose d'une tige en aluminium dans laquelle est insérée une pastille en cuivre. Au contact d'un liquide, comme le vin, celle-ci joue le rôle d'une pile et libère des électrons. La réaction chimique provoque alors une oxydation, ce qui reproduit le vieillissement naturel d'un vin. Plus le contact entre le cuivre et le liquide est long, plus l'évolution serait importante. Peugeot avance ainsi un principe simple : 1 seconde correspondrait à une année de vieillissement, 3 secondes à trois ans, et donc 10 secondes, à 10 ans en cave. La clé du vin fonctionnerait aussi bien sur des vins rouges, blancs, rosés, effervescents ou liquoreux.

Quel est l'intérêt de la clé du vin ?

L'instrument est surtout destiné aux particuliers. Il permettrait de faire évoluer un vin trop jeune, ce qui est souvent le cas des bouteilles achetées en supermarché. Il servirait également à déterminer le potentiel de vieillissement d'un vin. En faisant le test sur une bouteille, on pourrait alors deviner la date de l'apogée de la caisse dont elle est issue.

Peut-on se fier à ces promesses ?

Nous avons voulu tester la clé du vin sur deux vins jeunes, un rouge et un blanc, pour nous assurer de son efficacité. Nous avons sélectionné deux bouteilles, agréables à boire dès maintenant mais qui pourraient bénéficier de quelques années de garde : Alea Jacta Est 2014, un vin blanc 100% viognier, produit au sud de Nîmes par les vignerons de l'Estel et un Côtes du Rhône Village Cairanne2013 rouge, élaboré par la Famille Perrin. Chaque vin a été dégusté avant de commencer le test. Xavier Guillien a ensuite plongé la clé du vin à plusieurs reprises dans chaque verre. Il l'y a laissée une seconde, puis trois, puis dix. Nous gardons un verre de référence pour mesurer l'évolution.

Vin blanc et clé du vin

Première dégustation

Composé exclusivement de viognier, l'Alea Jacta Est a une robe claire et brillante, propre aux vins jeunes. Le nez est frais et fruité. On retrouve des arômes de fruits blancs. En bouche, l'attaque est franche et nerveuse.

Après une seconde

A première vue, la robe reste inchangée. Le nez en revanche, est plus évolué. Les arômes de fruits sont plus marqués, et rappellent à Xavier Guillien les viogniers produits dans le nord de la Vallée du Rhône. En bouche, le vin blanc est plus rond, plus mûr et moins nerveux. Ce premier test semble concluant : comparé au verre de référence, le viognier semble avoir passé un an en cave. Le vin a l'air d'avoir vieilli naturellement, sans être altéré.

Après trois secondes

La robe n'a toujours pas changé de couleur. Au nez comme en bouche, Xavier Guillien ne détecte aucune différence avec le vin dans lequel la clé n'a été plongée qu'une seconde.

Après dix secondes

Même constat : bien que le vin ait été en contact avec la pastille pendant dix secondes, l'évolution n'est pas plus marquée qu'après le premier test d'une seconde.

Vin rouge et clé du vin

Première dégustation

La robe dense, grenat foncé aux reflets violets souligne sa jeunesse. Xavier Guillien trouve le nez ouvert et plaisant, d'intensité moyenne. Les arômes de fruits noirs comme le cassis et la mûre dominent. La bouche est équilibrée, avec une attaque ronde et une finale acidulée, qui apporte un peu de fraîcheur.

Après une seconde

Rien à signaler ! La robe reste identique, et on ne détecte aucune différence au nez en comparant le verre soumis au test avec le verre de référence.

Après cinq secondes

Le test n'est pas plus concluant. Le sommelier a beau chercher, difficile de détecter une évolution par rapport au verre de référence, tant au niveau de la robe que du nez ou de la bouche.

Après dix secondes

En constatant la présence des reflets violets, on tend à penser que la clé ne sera encore une fois pas efficace. On note toutefois un léger vieillissement lors de la dégustation. Le côté chaleureux du vin ressort au nez. Les arômes de cassis et de mûre ont laissé place à des notes de fruits cuits et confiturés. La bouche semble également avoir évolué, comme si le Cairanne avait passé deux ou trois ans en cave avant d'être bu. Impossible en revanche de le comparer avec un vin qui aurait été conservé pendant dix ans : on ne retrouve pas d'arômes tertiaires, et la structure du vin n'est pas fondamentalement changée.

Conclusion

Nos bouteilles de vin blanc et de vin rouge n'ont pas réagi de la même manière à la clé du vin. Le premier évolue dès le premier test, mais ne va pas au delà. Le vin rouge, en revanche, nécessite une dizaine de secondes de contact avec la pastille pour commencer à évoluer. Le résultat, lui, est loin des promesses annoncées, malgré des bouteilles idéalement choisies : si la clé parvient à simuler quelques années de cave, elle ne permet pas de faire croire à des vins vieux de dix ans. Pour Xavier Guillien, elle reste un objet ludique, qui permet d'ouvrir un vin jeune un peu fermé mais qui ne trouve pas sa place dans l'équipement des professionnels. A tester entre amis sur des millésimes récents.

Alexandra Reveillon

Merci à Xavier Guillien, sommelier à la tête du restaurant L'encART, rue du Plat à Lyon.