Vacances des vignerons : un véritable défi

Vacances des vignerons : un véritable défi

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Entre taille de la vigne, les vendanges, les salons et la gestion d’un domaine, le calendrier des vignerons laisse-t-il une place aux vacances ? De la Provence au Rhône, 3 propriétaires nous confient leurs stratégies pour décrocher, et pourquoi c’est indispensable.

On ne part jamais sans son téléphone et son ordi. Mais parfois, le décalage horaire est notre meilleur allié, commence Victoire Le Dorze, Château Bonisson (AOP Coteaux d’Aix-en-Provence).

Que l’on soit dans les vignes, à la cave, au bureau, la gestion d’un domaine viticole est exigeante. Les répits, suspendus à une organisation sans faille, sont néanmoins indispensables.

Un calendrier viticole qui ne laisse guère de place au farniente

Pour comprendre pourquoi il est si difficile pour les vignerons de décrocher, il faut d’abord scruter à la loupe le déroulement d’une année. Au Domaine Boisson, à Cairanne, Bruno et Virginie travaillent 28 hectares en bio et biodynamie. La taille démarre en novembre, les travaux des sols courent jusqu’en mai, les traitements prennent le relais. C’est seulement de fin juillet à début septembre que le calendrier marque une pause, à condition que les conditions météorologiques soient favorables. On ne touche plus rien, c’est le temps mort, dit Bruno, avant que les vendanges ne relancent la machine dès septembre.

Bruno Boisson prend ses vacances avant les vendanges - Crédit photo : Domaine Boisson DR
Bruno Boisson prend ses vacances avant les vendanges - Crédit photo : Domaine Boisson DR

Au Château Bonisson, en Provence, Victoire Le Dorze dirige un domaine qui produit, récolte, commercialise et accueille, au sein d’un centre d’art et d’une boutique. Le périmètre d’activité de la responsable du domaine est large : production, RH, comptabilité, marketing, export et boutique. Et son calendrier ne connaît pas de creux : commercialisation pro et export de janvier à avril, saison haute en boutique et événements oenotouristiques de mai à août, vendanges et vinification de septembre à novembre. Il y a peu de périodes "off" dans le monde du vin, résume-t-elle.

Au Domaine de la Ville Rouge, à Mercurol sur l’appellation Crozes-Hermitage, Audrey Girard, reconvertie du milieu hospitalier, confirme : C’est un rythme soutenu toute l’année. Avec un seul permanent et des saisonniers, il y a beaucoup de travail et de tension. On a besoin de moments de coupure.

La vraie question du vigneron : qui garde la maison ?

S’absenter supposerait de pouvoir se faire remplacer. Mais dans de petites structures, chaque personne concentre des compétences et informations que personne d’autre ne détient. Victoire Le Dorze l’exprime clairement : Nous sommes une petite équipe où chacun a des missions précises rarement dédoublées. À mon niveau, je gère aussi des informations confidentielles : il est compliqué de déléguer.
Bruno Boisson, lui, contourne la difficulté en s’appuyant sur la trêve estivale d’une semaine à 10 jours de début août : On confie les clés du caveau, c’est une période relativement calme. Le reste de l’année, c’est une question d’effectifs. On n’a pas assez de valorisation pour avoir suffisamment d’employés pour nous relayer. On est pris entre le marteau et l’enclume : les investissements, la crise viticole...

Des "fenêtres" qui s’ouvrent malgré tout

Chez les Boisson, si la solution tient en une formule vacances de : une semaine à 10 jours entre le 5 et le 15 août, Audrey Girard vise 15 jours à 3 semaines dans l’été, selon le millésime : C’est parfois un pari, car il arrive que l’on doive réserver début août. Et à Noël, une constante : 10 à 15 jours de fermeture. On s’autorise à fermer. Victoire Le Dorze, elle, vise une dizaine de jours très prochainement aux États-Unis - ses premières vacances depuis octobre 2024. Mais pas question de partir les mains vides : J’emmène mon téléphone et mon ordi. Elle a développé une stratégie pour déconnecter : choisir des destinations avec un décalage horaire important, pour profiter des heures où la France dort…Ça me donne de vraies plages de temps, confie-t-elle.

Sébastien et Audrey Girard du Domaine de la Ville Rouge - Crédit photo : Domaine de la Ville Rouge DR
Sébastien et Audrey Girard du Domaine de la Ville Rouge - Crédit photo : Domaine de la Ville Rouge DR

L’art (difficile) du lâcher-prise pour le vigneron

Partir, oui, mais décrocher vraiment, c’est une autre histoire. Bruno Boisson s’impose une règle de fer : Hors de question de visiter des vignobles en vacances. On part en Italie, en Espagne, mais sans graviter autour de notre métier. Il garde néanmoins un œil sur ses mails, trie, sans s’astreindre à tout traiter.
Audrey Girard pointe la difficulté propre à leur métier : J’ai une collègue qui part à chaque vacances scolaires, sur la même taille d’exploitation. Je n’ai pas la même facilité à décrocher. Pour elle, se fixer un objectif de départ est primordial pour s’octroyer un temps libre. : Il faut se rappeler que ce n’est pas le nombre d’heures travaillées qui définit l’efficacité. L’esprit épuisé ne produit rien de bon.

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