Quand le climat menace la viticulture
Quand le climat menace la viticulture
Publié le mercredi 25 juillet 2018

Quand le climat menace la viticulture

Ce millésime 2018 aura durement éprouvé les nerfs des vignerons. Orages, grêle, gel... les épisodes climatiques violents se sont multipliés depuis les dernières vendanges. Plusieurs vignobles ont été sévèrement touchés au fil de l'année, de la Bourgogne au Languedoc en passant par Cognac ou Bordeaux, frappé de façon répétée, avec de la grêle fin mai et un nouvel épisode alors que l'équipe de France disputait la finale de Coupe du Monde, le dimanche 15 juillet. Mais au fait, d'où vient la grêle et quel est son impact sur les vignes ? Cinq questions-réponses pour tout comprendre.

D'où vient la grêle ?

Les épisodes de grêle se produisent lors d'orages violents. Selon meteofrance.fr, "la grêle est constituée de particules de glace de diamètre supérieur à 5 mm : les grêlons. Au sein des cumulonimbus, il existe de forts courants ascendants et descendants entre la base, chaude et humide, et le sommet très froid du nuage. La glace se forme dans cette "colonne d'ascendance" autour de petites particules solides appelées noyaux glaçogènes. Ces impuretés proviennent d'éléments soit naturels (poussière, suie volcanique…), soit artificiels (rejets des réacteurs d'avion…). Les grêlons se développent à l'intérieur du nuage par dépôts successifs de glace sur ces noyaux glaçogènes, avant de tomber au sol sous forme d'averses de grêle. Il arrive souvent que les grêlons fusionnent entre eux pour donner des particules encore plus grosses".

Peut-on anticiper un orage de grêle?

Anticiper à coup sûr et de façon précoce les épisodes de grêle serait indéniablement la façon la plus efficace pour se protéger contre ses méfaits. Seulement voilà, s'il y a bien une chose dont sont conscients les vignerons et les agriculteurs en général, c'est que la nature demeure imprévisible. Parmi les outils d'anticipation employés, le plus utilisé reste encore les prévisions météorologiques. Des services d'alertes par sms ou e-mail existent, basés sur des informations en provenance de radars météorologiques. Mais malgré les avancées technologiques permettant de prédire avec une bonne fiabilité la chute de grêle, la prédiction de la localisation, la durée et l'heure de l'averse reste épineuse du fait de la brièveté, la violence et l'impact très localisé des orages.

Quelles conséquences de la grêle sur les vignes à court terme et à plus long terme ?

"Tout dépend de la violence de l'averse, avec des grêlons dilués ou non par la pluie, de leur taille, de la période du cycle de la vigne où la grêle survient, de l'accentuation du phénomène par le vent..." explique Christophe Coupez, œnologue à la Chambre d'Agriculture de la Gironde. "Si c'est assez tôt, à la période où la vigne bourgeonne, les bourgeons peuvent être altérés voire sécher et tomber. Si c'est à un stade plus avancé, comme par exemple en mai à Bordeaux, les feuilles vont être au moins déchirées voire arrachées avec un impact sur la photosynthèse et la nutrition de la plante et sur tout ce qu'elle va pouvoir fabriquer. C'est comme si la plante avait été pré-taillée en hiver. Il n'y a plus qu'un bout de tige sans feuilles. Dans tous les cas, la grêle perturbe le métabolisme de la plante, qui, en stress, marque une grosse pause. Elle affiche un encéphalogramme plat pendant une ou deux semaines, ne réagit plus et ne produit rien. Le premier impact c'est donc un retard dans la production par rapport à des vignes non-grêlées. Et rien ne garantit que si d'autres bourgeons redémarrent, ils seront aussi qualitatifs et produiront autant que les bourgeons initiaux. La grêle peut aussi avoir haché les bois, avec des repousses en buisson, générant des problèmes de taille sur l'année suivante, avec des petits bois pas forcément solides, et tout un travail architectural à reprendre pour reconstruire la forme de la plante." S'il grêle à partir du mois de juin, lorsque les grappes sont en formation, c'est le pire, il sera difficile de sauver quelques chose.

Existe-t-il des méthodes pour se protéger contre la grêle ?

Pour se protéger contre la grêle, les cultures maraîchères emploient des filets paragrêle. Fréquemment utilisés dans les vignobles à raisins de table ou à l'étranger, comme par exemple dans le vignoble argentin de Mendoza, ils n'étaient jusqu'alors pas autorisés en vignobles AOC, mais les filets verticaux le sont depuis le 19 juillet. Ils sont néanmoins inefficaces en cas de chutes très importantes pouvant générer l'effondrement des filets. Autre méthode : les canons anti-grêle. Mesurant plusieurs mètres de haut, ils sont composés d'une chambre d'explosion et d'un diffuseur conique, qui génèrent des ondes de choc dirigées vers le nuage pour empêcher les embryons grêleux de grossir et de s'agglomérer. Ce type de protection n'étant pas ou peu efficace sur des grêlons déjà formés, il doit être déclenché suffisamment avant la chute des premiers grêlons. Des fusées para-grêle sont aussi parfois usitées. Elles projettent de l'iodure d'argent dans le nuage, pour multiplier les embryons grêleux et éviter qu'ils atteignent une taille trop importante, afin de limiter leur inertie pendant la chute. En cas d'inefficacité des mesures préventives, il est possible d'opter pour des assurances "dommage grêle", pour minimiser l'impact économique d'un épisode dévastateur.

Peut-on quand même produire du vin à partir de vignes grêlées ?

"Là encore, tout dépend du moment où la grêle est arrivée et de la violence de l'orage, explique Christophe Coupez. Si c'est assez tôt avant la vendange, la vigne peut redémarrer, mais la récolte sera partielle et plus tardive, donc tout dépendra des conditions qui font qu'on peut attendre que les baies mûrissent ensuite. Et parfois, tout n'est pas touché sur les grappes, donc il sera également possible de récupérer une partie de la vendange."