4 vignerons-phénix face à la catastrophe

4 vignerons-phénix face à la catastrophe

Le gel, la grêle, le feu ou les maladies ont anéanti leurs efforts et leur vignoble. Découvrez comment ces vignerons ont su déployer des trésors de ressources pour se relever. Des témoignages au diapason d’une actualité qui rappelle sans cesse que la nature est plus forte que tout.

Depuis 2017, le gel frappe tous les deux ans

Max de Pourtalès a acquis le Château Doyac en 1998, un cru bourgeois du Haut-Médoc.
Pendant 18 ans, nous n’avons connu aucun souci de gel. Mais, depuis 2017, nous sommes confrontés à des épisodes assez violents tous les deux ans, commence-t-il. Nos parcelles sur la partie basse du vignoble sont très exposées au gel. C’est pourquoi nous avons décidé d’investir dans trois FrostGuard, des chaudières à gaz mobiles qui, grâce à une turbine, propulsent de l’air chaud et nous aident à épargner de petites surfaces lorsque les températures s’annoncent négatives. Cet outil permet de maintenir la vigne autour de zéro et d’éviter qu’elle ne gèle. En ce moment, nous l’avons déjà utilisé 4 nuits d’affilée, du jamais vu !, explique le vigneron.

Dans le Médoc, le gel n’épargne pas les vignes du Château Doyac - Crédit photo : Château Doyac
Dans le Médoc, le gel n’épargne pas les vignes du Château Doyac - Crédit photo : Château Doyac

Mais, en 2017 - l’investissement, n’ayant pas encore été réalisé - 5 hectares de vignes ont complètement gelé au Château Doyac. Puis, en 2019, nous avons perdu 3 hectares de production, précise Max de Pourtalès. Conséquence : En 2017, les stocks de vins et les prix des bouteilles ont largement baissé, tout comme notre chiffre d’affaires, ce qui se répercute sur plusieurs années. Cette période sensible, tant redoutée par les vignerons, et qui s’étale jusqu’à début mai, a déjà fait de nombreux dégâts dans la plupart des régions viticoles françaises en 2021. C’est un crève-cœur pour le travail titanesque qui a déjà été réalisé ; les labours, la taille… Tout le travail d’une année sans produire. Surtout que, même si ça gèle, il faut continuer à travailler les terres qui ne donneront pas de fruits, explique le le vigneron. Max de Pourtalès a installé deux FrostGuard dans ses parcelles. Le troisième, attelé à son tracteur, lui permet de couvrir une parcelle de 3 hectares. A l’avenir, il souhaite continuer à investir dans du matériel de protection pour se prémunir des épisodes de gel de plus en plus fréquents.

Un incendie a réduit en cendres notre bâtiment agricole

Xavier Baril, est vigneron au Domaine Fernand Engel, un domaine familial bio de 65 hectares à Rorschwihr en Alsace.
Dans la nuit du 7 mars 2013, un incendie d’origine criminelle ravage le bâtiment agricole du Domaine Fernand Engel et avec lui, tout le matériel agricole. À deux heures du matin, le bruit de l’incendie nous a tirés du sommeil. De grandes flammes s’échappaient du hangar dans lequel nous stockions nos tracteurs, nos charrues, tout notre matériel agricole et nos pressoirs. Lorsque nos engins n’étaient pas calcinés, ils avaient tout simplement fondu. Le système de transport des vendanges était parti en fumée, les tracteurs étaient devenus des torches tandis que nos pressoirs sont restés intacts, se remémore Xavier Baril avec émotion.

En 2013, un incendie détruit le hangar et tout le matériel du Domaine Fernand Engel - Crédit photo : Xavier Baril
En 2013, un incendie détruit le hangar et tout le matériel du Domaine Fernand Engel - Crédit photo : Xavier Baril

Le vigneron, qui cultive en bio, possédait alors une large batterie de matériel agricole comme l’exige le mode de conduite de son vignoble. Si la reconstruction du bâtiment a pu s’achever assez rapidement - à l’aube des vendanges suivantes - les dégâts matériels se sont révélés impressionnants. C’était une course contre la montre. Il nous fallait absolument reconstruire un nouveau hangar pour continuer à produire et assurer la vendange. Mais suite à l’incendie, nous avons réalisé que des fumées toxiques avaient réussi à s’infiltrer dans le chai. Heureusement, nos cuves en inox sont totalement étanches. Seuls les vins en barriques n’ont pu être conservés, note le vigneron.

Dans les années qui ont suivi, d’autres dégâts indirects sont venus alourdir l’addition : du carrelage qui se met à fissurer, des charrues qui se cassent comme du verre, sans oublier les séquelles mentales, très lourdes à supporter pour les membres de la famille. Total : 1,2 millions d’euros de dégâts. Heureusement, nous étions une entreprise saine. Nous avions de quoi absorber mais, malgré la part de remboursement de l’assurance, il a fallu repartir d’une trésorerie proche de zéro. Pour se remettre d’aplomb, il nous a fallu 6 années. Après une remise à flot quasi totale du matériel, malgré des moments de doute et de découragement, les 5 actionnaires du Domaine Fernand Engel ont réussi à garder leurs salariés et à maintenir un carnet de commande dynamique.

Un orage de grêle s’est abattu sur nos vignes

Matthieu et Christophe Richel sont vignerons au domaine familial Richel sur la commune de St-Baldoph, aux portes du Parc naturel régional de Chartreuse.

Le 15 juin 2019, un orage d’une extrême violence s’est abattu sur le vignoble de la Famille Richel, entraînant avec lui une chute de grêle. Normalement, nous disposons d’un système d’alerte via un radar mais la soudaineté de cet événement climatique ne nous a pas laissé le temps de déployer nos moyens de lutte ; des ballons anti-grêle gonflés à l’hélium, raconte Matthieu. Résultat : 90% de la récolte des 6,5 hectares de vignes du domaine est anéantie. Cette année-là nous n’avons pu produire que 6 000 litres de vin, contre 60 000 litres les autres années, précise Matthieu. En juin, à ce stade du cycle végétatif de la vigne, les sarments de vignes sont très fragiles. La grêle a tout fauché, entrainant avec elle les bourgeons. Les plants étaient comme déchiquetés.

La grêle peut anéantir le travail d’une année en quelques secondes - Crédit photo : Famille Richel
La grêle peut anéantir le travail d’une année en quelques secondes - Crédit photo : Famille Richel

Et les conséquences ont été importantes, car suite à cela, en 2020, nous n’avons eu que 50% de notre récolte, poursuit le vigneron. Après la grêle, on a laissé la vigne au repos jusque fin juillet et, pour compenser, nous avons limité la vente de notre stock 2018 afin de nous assurer un peu de trésorerie. Après une période sans aucun dégâts sur notre vignoble de 1995 à 2019, nous avons enchaîné avec un sévère épisode de gel cet année encore contre lequel nous n’avions pas les moyens de lutter. Pour ce qui est de l’avenir, les vignerons ne baissent pas les bras. Nous allons continuer à valoriser toute notre production en bouteilles et à tendre vers une agriculture toujours plus responsable pour l’environnement, termine Matthieu.

40% de nos raisins ont séché avec la chaleur de l’incendie de 2017

Sébastien et Guillaume Craveris sont les vignerons du Domaine La Tourraque qui s’est retrouvé, en 2017, au cœur du grand incendie du Cap Taillat, dans le Var.

Le Domaine La Tourraque, un vignoble bio de trente hectares situé dans le Golfe de Saint-Tropez, à cheval sur les communes de Ramatuelle et de la Croix-Valmer, cohabite avec une forêt d’une cinquantaine d’hectares. Un site classé depuis 1995 et qui fait partie du Parc national de Port-Cros. En août 2017, un terrible incendie ravage le littoral et le domaine familial créé en 1805, n’échappe pas à la puissance des flammes.

L’incendie du Cap Taillat de 2017 a fait de lourds dégâts au Domaine La Tourraque - Crédit photo : Domaine La Tourraque
L’incendie du Cap Taillat de 2017 a fait de lourds dégâts au Domaine La Tourraque - Crédit photo : Domaine La Tourraque

On a perdu 40% de récolte car nos raisins ont séché avec la chaleur du feu. Les vignes, qui font office de pare-feu, ne brûlent pas. C’est pourquoi nous n’avons perdu que 5% de la superficie de notre vignoble mais toute la production en bordure de forêt a été impactée. Quelques tracteurs et machines sont partis en fumée, tout comme la maison de mes parents, explique le jeune homme. On a eu la chance d’avoir le témoignage d’un vigneron qui avait déjà été confronté à un incendie de ce type. Ils nous a conseillé d’arroser nos raisins qui avaient survécu afin d’éliminer tout risque de goût de brûlé dans le vin et, cela a bien fonctionné. Les vignes abîmées sont progressivement replantées mais les visites œnotouristiques ne peuvent reprendre leur cours. On ne se voyait pas emmener les gens en promenade dans un paysage lunaire alors, on s’est concentrés sur la vente au caveau pour relancer notre chiffre d’affaire, explique Sébastien Craveris. Faisant partie intégrante du Parc national de Port-Cros, le vigneron possède une latitude réduite en matière de débroussaillage et de désherbage des abords du vignoble pour prévenir les futurs incendies. Une association de sauvegarde de la forêt varoise nous a présenté un bûcheron spécialisé dans la préservation du biotope pour dégager les arbres morts, ajoute-t-il. Consciente des risques induits par le réchauffement climatique, la famille s’emploie à développer des pratiques durables pour préserver son patrimoine avec l’implantation de ruches, l’entretien du domaine par des moutons en hiver ou la mise en place de paillis pour protéger les sols de la sécheresse.

Publié , par Romy Ducoulombier