Les crus du Beaujolais font leurs Pâques

Les crus du Beaujolais font leurs Pâques

Ici dans le Beaujolais, On dit que “les crus font leurs Pâques”. Cela veut bien entendu dire qu’ils s’invitent à toutes les tables lundi prochain mais surtout… que le millésime de la dernière vendange peut être commercialisé.

À Pâques donc, sortent les crus, en opposition au vin primeur, le mondialement connu Beaujolais Nouveau, qui sort en novembre et cesse de s’appeler nouveau en janvier. Pâques, c’est 7 mois après la vendange, l’âge de raison, si on compte que celles-ci sont traditionnellement au mois de septembre. Les crus sortent plus tard, comme pour indiquer leur sagesse et un potentiel à mûrir au fur et à mesure des années.

Pâques, c’est pas un peu tôt ?

En réalité, peu de domaines sortent leurs crus si tôt, on attend plus spontanément l’automne suivant pour mettre en bouteille, permettant ainsi de libérer les cuves ou les tonneaux pour ceux qui vieillissent dans la cave, avant de rentrer la nouvelle récolte. Si le vin du Beaujolais est réputé fruité et gouleyant, certains vignerons font le choix des tonneaux ou plus régulièrement des foudres (10 fois plus grand en moyenne), pour faire vieillir les gamays les plus prestigieux. Cela leur donne une meilleure aptitude au vieillissement et plus de complexité dans les tanins.

L’élevage en barrique ou en foudre

On retrouve traditionnellement ce mode de garde sur les crus Moulin-à-vent, Morgon ou Juliénas. Ceux qui, à ce que l’on raconte, auraient plus de corps. Cependant, c’est surtout le micro-terroir (climat) et le goût du vigneron qui tranchent. Si vous vous promenez par là, on découvre de très jolies caves au Château des Jacques, le Bourguignon, au château de Chénas ou au château de Pizay. La plus grande avec son incroyable charpente est celle du château de La Chaize (108 m) datant du XVIIème, également magnifique avec ses jardins à la française. Il est rare d’avoir des cuvées avec des fûts neufs, on utilise généralement une moyenne d’âge de fût de 4 à 5 ans, plus pour les foudres : le gamay est tout de même un cépage délicat qui préfère le bois patiné pour garder son équilibre.

Bien Boire en Beaujolais - Edition 2019

Si les crus sortent à Pâques, c’est surtout le millésime 2016 qui était présenté à la célèbre dégustation Bien Boire en Beaujolais. Un millésime que j’adore pour sa fraîcheur mentholée, ses fruits mûrs mais croquants. Cette année encore, à l’aube de la chasse aux œufs, 250 vignerons de tout le beaujolais se sont réunis sur deux jours pour faire déguster leurs cuvées. Bio, natures, conventionnels, domaines réputés et nouveaux venus, ensemble pour faire rayonner les vins de la région. J’étais postée à Beaujol’Art dans les caves du château de Pizay mais j’ai quand même pu re-déguster quelques domaines et revoir les voisins… juste à temps pour la sélection de Pâques.

Joyeuses Pâques !

Sur la table de Pâques, vous pourrez en profiter pour ouvrir ce fameux 2016 ou, si vous aviez fait vieillir du vin en cave, c’est le moment de sortir un vieux millésime ! 2015 lui, est encore très (trop) jeune mais on adore le 2011. On parlait des crus qui ont du corps, et se marient particulièrement aux repas de fête. vous trouverez par exemple dans cette catégorie de Beaujolais de garde, vieilli en fût :

•Moulin-à-Vent, Domaine La Bruyère “Le Clos” 2011 : Un vin épicé avec une belle structure et des notes de cerises.
•Morgon, Clos de Mez “château Gaillard” 2014  : 3 ans en cuve béton puis en vieux fûts. Tendu et charnu, avec des notes réglissées et des fruits à noyau.
•Fleurie, Château de Poncié, La Salomine : Le domaine qui appartient à Bouchard a fait beaucoup de changements jusqu’à revenir à son nom d’antan (après s’être entre les deux appelé Villa Ponciago). Les vins sont aujourd’hui d’une grande finesse.
•Et dans le vignoble de ma famille au château des Moriers, ce serait le Moulin-à-Vent 2013 qui après quelques années de vieillissement en bouteille, a trouvé son équilibre. Juteux avec des notes de cerises.