Le Clos Montmartre : l'un des plus petits vignobles de France

Le Clos Montmartre : l'un des plus petits vignobles de France

La vigne de Montmartre est un petit vignoble à part dans le paysage viticole français. Rescapée d’une histoire mouvementée, elle est aujourd’hui un véritable patrimoine pour le quartier. Si cette petite parcelle pouvait parler, elle en aurait des choses à raconter !

Une petite parcelle insolite qui raconte Montmartre

Le Clos Montmartre constitue avec ses 0,15 hectares la plus grande et la plus ancienne des cinq parcelles de vigne de Paris intra-muros. Située au cœur de la Butte, avec vue sur le fameux Lapin Agile et, en contrebas, sur le musée de Montmartre, cette petite parcelle insolite est une vraie fierté pour le quartier et ses habitants.

La vigne existe depuis le XIIème siècle dans le village de Montmartre. Le premier cep aurait été planté par Adélaïde de Savoie, première abbesse de l’abbaye de Montmartre. Comme tous les vignobles européens, elle n’échappe pas au phylloxéra au XIXème siècle ni à l’urbanisation. Elle finit par disparaître.

En 1860, Montmartre est annexé à Paris mais ne perd pas son identité. Lorsque Paris vote en 1922 la construction sur le terrain de l’actuel Clos, les habitants ne voient pas cela du même œil et la mobilisation est telle que le Conseil de Paris annule le projet. L’artiste Poulbot y crée alors le square de la Liberté : un terrain de jeux pour les enfants. Mais le square et ses installations sont éphémères. Il faut trouver une autre idée pour empêcher définitivement la construction du terrain. Et pourquoi pas y replanter de la vigne ?

En 1933, le Clos Montmartre est créé. L’année suivante naît le Comité des Fêtes et d’Actions Sociales du 18ème arrondissement, le COFAS, qui organise la première Fête des Vendanges alors même que la vigne est encore trop jeune pour produire. Les viticulteurs du Beaujolais offrent alors les raisins nécessaires à cette première édition.

Les vendanges au Clos Montmartre, une vigne de 0,15 hectare au cœur de Paris - Crédit photo : Émilie Leverrier
Les vendanges au Clos Montmartre, une vigne de 0,15 hectare au cœur de Paris - Crédit photo : Émilie Leverrier

Un écosystème complexe à vocation sociale

Aujourd’hui, les quelque 1 700 pieds du Clos appartiennent à la Ville de Paris. Une vingtaine de cépages différents cohabitent sur la parcelle, identifiés grâce à un plan d’encépagement qui permet de les repérer dans les rangs. Des cépages hybrides et résistants aux maladies comme le mildiou et l’oïdium - Artaban, Vidoc, Lilaro ou encore Floréal - ont progressivement remplacé les Gamay, Pinot noir et Pinot blanc d’autrefois.

Une grappe de Floréal, cépage blanc français résistant aux maladies fongiques, dans les mains de Sylviane Leplâtre, œnologue du Clos Montmartre - Crédit photo : Émilie Leverrier
Une grappe de Floréal, cépage blanc français résistant aux maladies fongiques, dans les mains de Sylviane Leplâtre, œnologue du Clos Montmartre - Crédit photo : Émilie Leverrier

Les agents municipaux entretiennent la parcelle tout au long de l’année. Le raisin vendangé est ensuite donné au COFAS qui prend en charge la vinification avec l’œnologue Sylviane Leplâtre depuis 2013.

Une histoire où perdure la volonté de faire le bien dans la joie, comme le résume Alain Loquet, président de la République de Montmartre créée en 1920 par ses habitants, dans cet esprit d’entraide, de joie et de dérision qui anime le quartier et subsiste notamment lors de la Fête des Vendanges.

Mais derrière le folklore, la vocation sociale est bien réelle. Selon Éric Sureau, président du COFAS, environ 100 000 euros sont consacrés chaque année aux actions sociales du 18ème arrondissement : maraudes, lutte contre l’illettrisme, séjours d’enfants à la mer, etc.
Ces aides sont notamment financées par les visites du Clos, les recettes du kiosque situé près du Sacré-Cœur et la vente du vin. En 2025, 831 bouteilles de rouge et 386 de rosé ont été produites. Depuis 1995, elles sont conditionnées en bouteilles de 50 cl, afin que le plus grand nombre puisse profiter de cette production confidentielle. Une bouteille de rouge de la Butte vous coûtera 35 euros, une bouteille de rosé 37,5 euros.

Éric Sureau, président du COFAS, <q>veille au grain</q> - Crédit photo : Émilie Leverrier
Éric Sureau, président du COFAS, veille au grain - Crédit photo : Émilie Leverrier

Vinification dans les caves de la mairie du 18ème

Les vendanges de Montmartre ont lieu plus tardivement, la parcelle étant située sur le versant nord. Le jour des vendanges, une vingtaine d’agents de la Ville récoltent les raisins à la main en une matinée. Ils sont recueillis dans des seaux puis transférés dans de grands bacs empilables avant de prendre la direction de la mairie 18ème arrondissement.
Car c’est dans ses sous-sols que se cache le chai miniature du Clos Montmartre.

Dans les sous-sols de la mairie du 18e arrondissement, le chai du Clos Montmartre tient dans un tout petit espace. Au fond, la cuve de 1 200 litres destinée au vin rouge - Crédit photo : Émilie Leverrier
Dans les sous-sols de la mairie du 18e arrondissement, le chai du Clos Montmartre tient dans un tout petit espace. Au fond, la cuve de 1 200 litres destinée au vin rouge - Crédit photo : Émilie Leverrier

Cette année, la récolte a atteint 1 329 kg de raisins, contre 1 027 kg en 2025. Il faudra en revanche attendre la mise en bouteille pour connaître la production exacte de rouge et de rosé du millésime 2026.

Les raisins issus des vingt cépages sont tous vendangés au même moment, malgré des différences de maturité qui complexifient le tri. Les raisins de la partie haute, exposée plus au nord et moins ensoleillée, sont majoritairement destinés au rosé. Puis vient le tri des grappes : les plus grosses et les moins mûres sont réservées au rosé, tandis que les plus petites baies sont destinées au rouge.
Sylviane Leplâtre explique avoir besoin du toucher des grappes pour les sélectionner. Les quantités de rouge et de rosé ne sont donc jamais décidées à l’avance : C’est le raisin qui décide.

L’œnologue Sylviane Leplâtre montre deux grappes : l’une à grosses baies, destinée au rosé, l’autre à petites baies, plus intéressante pour le rouge car <q>en faveur de la matière</q> - Crédit photo : Émilie Leverrier
L’œnologue Sylviane Leplâtre montre deux grappes : l’une à grosses baies, destinée au rosé, l’autre à petites baies, plus intéressante pour le rouge car en faveur de la matière - Crédit photo : Émilie Leverrier

Un vin au goût de son ADN de mixité

Les vins sont des assemblages de ces vingt cépages : pour Sylviane, cette diversité reflète l’ADN du 18ème arrondissement avec sa mixité.
Le vin du Clos n’est pas un vin de garde, il n’a pas vocation à se conserver mais à être bu dans les deux ans comme un vin des copains.

Le vin du Clos est un Vin de France, ce qui laisse une certaine liberté par rapport aux vins sous appellation. Le sol, constitué de sables de Fontainebleau, retient peu l’eau. La vigne doit donc être arrosée au bon moment, notamment en mai et juin, période clé de son développement.

Des pratiques viticoles qui évoluent

Les pratiques culturales du Clos continuent elles aussi d’évoluer. Depuis 2025, Brigitte Tribaudeau et sa fille Caroline Lagère, du Château Mauvinon à Saint-Émilion, accompagnent les jardiniers de la Ville après avoir remporté le marché public de conseil et d’expertise pour la conduite des vignes parisiennes. Habituées à travailler en biodynamie
dans leur domaine, elles réfléchissent désormais à la manière de nourrir ce sol particulier. Décoctions de prêle pour limiter les traitements au cuivre et au soufre, bientôt des engrais verts : le Clos Montmartre continue de se réinventer.

Brigitte Tribaudeau et Caroline Lagère accompagnent depuis 2025 les jardiniers de la Ville dans la conduite des vignes parisiennes - Crédit photo : Émilie Leverrier
Brigitte Tribaudeau et Caroline Lagère accompagnent depuis 2025 les jardiniers de la Ville dans la conduite des vignes parisiennes - Crédit photo : Émilie Leverrier

Et dans le verre ?

Pour le millésime 2025, qui sera dévoilé à la Fête des Vendanges, le vin rosé est charnu et vineux, avec des notes d’épices douces et de pain brioché. Le rouge, aux notes de fruits noirs et de vanille, offre une texture soyeuse et une finale fraîche.
Les flacons sont rares. Vous pourrez en acquérir au stand du COFAS lors de la Fête des Vendanges, qui se tiendra cette année du 7 au 11 octobre, ou au musée de Montmartre, où les bouteilles restantes sont commercialisées.

Le Clos Montmartre 2025 aux côtés de la Montmartroise, une liqueur réalisée par Nicolas Julhès, de la Distillerie de Paris, à partir d’une recette de Bulles et Tuisa, Meilleur Ouvrier de France. Elle est disponible à la vente au musée de Montmartre - Crédit photo : Émilie Leverrier
Le Clos Montmartre 2025 aux côtés de la Montmartroise, une liqueur réalisée par Nicolas Julhès, de la Distillerie de Paris, à partir d’une recette de Bulles et Tuisa, Meilleur Ouvrier de France. Elle est disponible à la vente au musée de Montmartre - Crédit photo : Émilie Leverrier

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