
Le Byrrh, l'apéritif incontournable d'autrefois

Avant même d’avoir eu l’occasion de goûter certaines boissons, elles ont déjà le goût délicieux du temps passé chez les grands-parents, ou d’une époque aux couleurs sépia et aux accents de douceur et d’insouciance.
C’est un peu (beaucoup) le cas du Byrrh, boisson apéritive à base de vin et de mistelle, dont on connait souvent l’étiquette et dont on a retenu le nom bizarre en ne sachant que très confusément ce qu’il y a dedans.
Malgré son nom étrange à l’origine incertaine, le Byrrh a parcouru le monde, et c’est bien plus qu’un apéro. C’est aussi une histoire, un patrimoine et une destination œnotouristique à lui tout seul.

Byrrh : la star mondiale des apéritifs à base de vin
Empereur de l’apéritif dans les années 30, le Byrrh est l’apéritif le plus vendu en France à cette époque, ainsi que le 2ème plus consommé dans le monde entier.
Il est aujourd’hui remis au goût du jour grâce aux bartenders et mixologues aux tendances archéologiques, comme beaucoup d’autres de la grande famille des apéritifs à base de vin, tels que vermouth et Campari notamment, mais aussi les liqueurs de plante comme la Suze avec la gentiane, ou la Verveine du Velay.
Le Byrrh, lui, a fait sa notoriété sur les écorces de quinquina qui le composent. Ce petit arbre venu du Pérou et rapporté en Europe par les colons espagnols au 17ème siècle, est reconnu pour ses propriétés toniques et antispasmodiques fortement recherchées au 19ème siècle, pour lutter notamment contre le paludisme, les crampes et la fièvre.
Titrant à 16/17 C°, sa rondeur et sa sucrosité balancent l’amertume et le côté tonique apporté par ledit quinquina, enrobé également par des notes de cacao, de fruits secs et d’épices, de café. Aujourd’hui, la marque appartient au groupe Pernod Ricard, distribuée de façon sélective en fonction de la demande locale (très forte dans le Sud de la France) et des réseaux professionnels (bars spécialisés).
Mais avant cela, le Byrrh fut surtout une histoire de famille.
Byrrh : le vin médicament né dans le Roussillon
C’est l’histoire de deux frères, Simon et Pallade Violet, qui décidèrent de descendre de leurs Pyrénées orientales natales pour commercer dans la plaine du Roussillon.
En 1866, après six ans de vente ambulante, ils ouvrent une boutique, vendant des articles de mercerie, des étoffes et du vin.
La période hygiéniste est alors à son apogée : Haussmann a commencé à trouer Paris pour reconstruire des ensembles de logements plus sains, et les décoctions et autres potions médicinales destinées à traiter ou prévenir les miasmes en tous genres font fureur.

C’est dans ce contexte que Simon Violet, au sens des affaires aussi aiguisé que son palais est affûté, crée un nouvel apéritif, le Byrrh.
Il compose sa formule unique à base de vins du Roussillon issus de grenache noir et carignan, qu’il aromatise et fait vieillir en fûts de chêne sur une période allant de 2 à 5 ans, et y ajoute des écorces de quinquina qui est très bien placé dans le top des plantes à la mode.
Le succès est fulgurant : les épiciers, cafetiers et certains pharmaciens se l’arrachent, ce qui va précisément déplaire à une partie de ces derniers.
Agacés par une concurrence qu’ils jugent déloyale, l’ordre des pharmaciens intente un procès aux deux frères. Ils obtiennent ainsi le retrait de la mention quinquina
des bouteilles de Byrrh, le mot désignant à la base un produit pharmaceutique, et devant donc rester officinal plutôt que divertissant.

Un patrimoine viticole extraordinaire et des records mondiaux
Le fils de Simon, Lambert, embrassa les révolutions majeures de son époque, et notamment l’expansion du chemin de fer.
Le Byrrh se vendant toujours aussi bien que du temps de son père, l’organisation logistique de son expédition dans le monde entier profita de l’arrivée du rail et des locomotives, arrivant et repartant depuis le cœur de l’usine de production : les caves de Thuir (à moins de 20 minutes de Perpignan), d'où partaient, les belles années, 45 millions de litres, pour abreuver 350 000 clients, grossistes et détaillants.
La structure a été conservée pour devenir un musée consacré à cet icône de l’apéritif, et faire la part belle au record mondial qui siège toujours en son sein.
Car c’est ici que réside la plus grande cuve en chêne du monde, d’une capacité d’un million de litres et d’une hauteur de 10 mètres, équivalent à un immeuble de 3 étages !

Sans oublier toutes ses petites sœurs, pour un ensemble prenant des airs de temple où l’apéritif serait célébré régulièrement.
Les visites rendent déjà honneur à l’histoire foisonnante de la famille Violet, au patrimoine lié à la production du Byrrh, par exemple en montant dans le wagon
, en écho à la période où les trains arrivaient directement à la cave et repartaient chargés du précieux nectar. Mais pas seulement : la cave accueille les curieux et passionnés toute l’année pour des visites (libres ou guidées), des atelier pâtisserie (adultes et parents/enfants), des murder party et des escape game.

Crédit photos : Office de Tourisme Intercommunal Aspres-Thuir
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