Bordeaux - Primeurs 2017 par Bernard Burtschy
Bordeaux - Primeurs 2017 par Bernard Burtschy
Publié le jeudi 24 mai 2018

Bordeaux - Primeurs 2017 par Bernard Burtschy

Bordeaux 2017 : de très belles surprises

Le millésime 2017 est, avant tout, marqué par les terribles gels qui sont survenus fin avril et qui ont fait baisser la production globale de 40 %. Certains crus ne sortiront pas de vin, ou très peu, alors que d'autres ont fait une récolte normale. Du jamais vu depuis 1991.

Pourtant, le millésime 2017 avait fort bien commencé avec des mois de février et de mars très doux., d'où une croissance très précoce de la vigne. Cette précocité sera fatale aux vignobles en bas de coteaux ou non protégés par l'estuaire de la Gironde qui a joué son rôle d'amortisseur habituel. Après les quatre nuits terribles, les vignes qui ont survécu ont eu une floraison rapide et homogène dès la fin mai avec une belle récolte en perspective. Les vignes gelées ont mis plus de temps à se rétablir lorsque le contre-bourgeon n'était pas atteint.
Contrairement à 1991, le reste de l'année se déroule bien avec un mois de juin très ensoleillé. Malheureusement, une pluie importante début juillet empêche l'arrêt de croissance et les mois de juillet et d'août qui sont nettement plus frais que d'habitude ralentissent d'autant plus la maturation que la récolte est abondante.
Les vendanges arrivent dès fin août sur les raisins blancs qui sont ramassés rapidement avant un gros épisode pluvieux entre les 7 et 17 septembre qui gonfleront les baies du cépage merlot. Un temps chaud finit par arriver à partir du 23 septembre permettant de récolter les cabernets qui sont toujours plus tardifs.

Que faire des vignes gelées ? Les propriétés les plus en pointe les ont marquées une a une pour ne pas les confondre après la véraison. Selon le niveau de gel, certains ont choisi de couper carrément les contre-bourgeons pour préserver la récolte 2018. D'autres les ont récoltées séparément : la plupart a choisi de ne pas les intégrer dans le grand vin ou même le second vin, mais d'autres encore, beaucoup plus patients, ont pu les intégrer dans le grand vin comme le célèbre Canon La Gaffelière, un premier cru classé de saint-émilion.

La qualité des vins

Récoltées avant les pluies, les vignes de vins blancs secs qui n'ont pas gelé ont donné de beaux vins blancs nettement supérieurs en qualité à 2015 et 2016, mais sans toutefois atteindre le niveau des 2014 qui reste le millésime de référence en raison d'une densité légèrement moindre.
La situation est plus contrastée pour les vins rouges. Côté positif, les vignes gelées sont souvent celles des bas de coteaux, généralement plus productifs et de moindre qualité. Ainsi pour cette raison, un cru comme La Gaffelière, un autre premier cru classé de saint-émilion, a produit un de ses plus grands millésimes. Pour les autres, deux facteurs pèsent sur la qualité avec d'une part des rendements confortables sur les vignes non gelées que peu ont eu le courage de réguler, vu la faible récolte, et d'autre part des maturités un peu juste.

Beaucoup de vins rouges sont dans un style frais et élégant, de consommation rapide, qui n'est pas taillée pour la grande garde. Il faut toutefois faire attention à la verdeur éventuelle. Mais il faut aussi souligner une quantité non négligeable de vins remarquables qui transcendent le millésime grâce à des rendements maîtrisés et une grosse prise de risque dans les dates de récolte.

Enfin, il faut aussi mentionner des vins liquoreux de premier ordre. Les pluies de mi-septembre qui ont donné du fil à retordre aux vins rouges étaient parfaites pour lancer le botrytis sur des matières moyennement denses. Si les vins liquoreux ne jouent pas le registre de la puissance comme en 2001, ils sont élégants, raffinés, relativement frais, sans lourdeur, ce qui est parfait à notre époque.

Des prix logiquement en baisse

Après les hausses importantes des prix des vins de 2015 et 2016 que le marché mondial a eu du mal à digérer, les prix devraient logiquement s'orienter à la baisse. Certes, les producteurs expliquent volontiers que les rendements sont bas et que la récolte a coûté cher, oubliant d'ailleurs de baisser leurs prix quand les rendements sont conséquents. Si les prix ne baissent pas, le consommateur n'a aucun intérêt à acheter les 2017 en primeurs, comme il n'avait aucun intérêt à acheter les 2013 qui sont bradés aujourd'hui. Mais, pour peu que les prix baissent de 20 %, les vins du millésime 2017 seront dans le marché.
Il vaudra la peine de se positionner sur les réussites des 2017, d'autant que ce sont souvent les mêmes que ceux qui ont une politique de prix raisonnables.

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