2022, l’année « coup de chaud » pour la vigne

2022, l’année « coup de chaud » pour la vigne

Températures extrêmes, sécheresse historique, les canicules successives en 2022 se sont généralisées sur tout le territoire français, entraînant des conséquences irréversibles pour l’agriculture et notamment la viticulture. Quels en sont les effets sur nos chers ceps de vigne et comment les viticulteurs peuvent-ils s’adapter ? Zoom sur une année exceptionnelle …

Une année hors norme

Une année comme nous n’en avons jamais connue : plusieurs épisodes caniculaires d’une durée sans précédent avec des températures dépassant le plus souvent les 40°C à l’ombre et touchant tout le pays. Voilà comment nous nous souviendrons de 2022 !

Malheureusement, ces situations rares risquent de devenir monnaie courante à l’avenir. Il fait de plus en plus chaud, de plus en plus tôt, et lorsque l’hiver et le printemps ont été relativement secs, les sols n’ont plus de réserves hydriques. En situation de sécheresse, c’est toute notre agriculture qui en prend un coup avec des pertes de récoltes importantes, comme le vignoble nantais qui a perdu 20 à 25 % de sa future récolte et jusqu’à 40 % dans le sud de la France pour le département du Gard.

Difficile pour l’heure d’évaluer les pertes de récoltes au niveau national, de potentielles pluies laissent espérer un minimum de raisins. Mais pourquoi la chaleur fait-elle autant de dégâts ?

Les effets sur la vigne

Quand il fait très chaud, la vigne, c’est un peu comme nous : elle transpire, se dessèche et peut même prendre un coup de soleil.
Lorsque la température extérieure est supérieure à 35°C à l’ombre, la vigne souffre terriblement.

Elle commence par se déshydrater, c’est l’évapotranspiration. Son eau s’évapore par les feuilles et par les grappes. Les baies de raisins se rabougrissent, les feuilles jaunissent et finissent même par tomber. La vigne est en stress hydrique. Elle se concentre alors sur sa survie et arrête son cycle de développement, attendant un moment plus propice pour reprendre sa croissance (de la pluie notamment). La maturation du raisin s’en retrouve bloquée pour une durée indéterminée.

Dans ces situations là, ce sont les ceps les plus anciens qui résistent le mieux car leur système racinaire bien développé et implanté en profondeur, leur permet d’aller puiser les ressources plus facilement qu’une jeune vigne (voir photos ci-dessous).

Le fort rayonnement UV a aussi d’autres conséquences. Il peut provoquer des brûlures irréversibles touchant à la fois les grappes et le feuillage de la vigne. Ce phénomène est appelé échaudage. Certaines grappes apparaissent complètement brûlées et la survie de la plante est engagée.

Cep de vigne de 60 ans conduit en gobelet
Cep de vigne de 60 ans conduit en gobelet
Cep de vigne de 10 ans palissé
Cep de vigne de 10 ans palissé

Les conséquences au chai

Évapotranspiration, échaudage... tous ces phénomènes sont à l’origine de baisses de rendement significatives mais quand est-il du raisin qu’il reste ?

Le manque de rendement est une chose mais la qualité de la vendange en est une autre. En effet, en bloquant la maturation du raisin, le manque d’eau et la chaleur caniculaire entraînent parfois un retard de mûrissement du raisin que la plante ne peut pas toujours rattraper. Ainsi, dans les cas les plus extrêmes où la pluie n’arrive pas, le vigneron se retrouve avec une vendange en sous-maturité qu’il va falloir vinifier. Qu’est-ce que cela implique t-il vraiment ?

Généralement, les moûts sont plus acides avec un degré d’alcool potentiel plus faible. Les arômes végétaux sont davantage présents, les anthocyanes et les tanins font défauts.
De plus, les peaux plus épaisses et le manque de jus dans la baie ne rendront pas la vinification aisée. Pour les blancs et rosés, le pressurage en sera plus compliqué. Les élevage sur lies ou sous-bois seront à proscrire pour limiter les notes végétales.

Pour les rouges, les macérations longues et les extractions poussées ne seront pas recherchées afin d’éviter au maximum les vins asséchants en bouche.

À l’inverse, suite à de fortes chaleurs, si les pluies finissent par tomber, alors la maturité peut être largement avancée de quelques jours à plusieurs semaines. Il faut juste anticiper et être prêt au chai !

Les moyens engagés

Dans ce contexte, les vignerons s’adaptent et engagent différents moyens tout au long de la saison pour faire face à ces chaleurs récurrentes et amener le raisin à bonne maturité.
Dès le printemps, les viticulteurs peuvent laisser l’herbe entre les rangs pour conserver l’humidité et retarder le dessèchement des sols.

Ils ont aussi la possibilité d’apporter des amendements au sol (du fumier/compost par exemple) pour aider la vigne à mieux supporter les fortes chaleurs. Des pulvérisations naturelles sur la plante sont aussi possibles comme des biostimulants ou de tisane à base de valériane, d’immortelle ou encore de camomille qui décuplent les défenses immunitaire de la vigne.

Pour limiter le rayonnement UV direct sur les grappes, là encore, le vigneron ne manque pas d’idée. Il dispose de plusieurs options comme l’installation d’ombrage par filet, l’agroforesterie (qui consiste à planter des arbres fruitiers dans les parcelles pour faire de l’ombre), la conduite en gobelet (taille de la vigne qui permet de protéger les grappes grâce à la végétation retombante), le non rognage ou bien l’effeuillage (élimination de la végétation encombrante) qui exposeraient inutilement les grappes au soleil.

De plus, les traitements comme la pulvérisation de souffre sont totalement prohibés en cas de canicule pour ne pas brûler le feuillage.

Il reste l’irrigation quand cela est rendu possible par les contraintes techniques et les cahiers des charges des appellations mais en cas de sécheresse, les mesures de restriction d’eau imposées par les communes sont drastiques.

Alors faut-il revenir à une viticulture plus traditionnelle avec moins de travail du sol et des conduites sans palissage ? Accélérer la recherche sur de nouvelles variétés de vigne plus résistantes ? Ou encore relocaliser nos vignobles vers des zones plus septentrionales à l’image des vignobles breton et francilien?

C’est aujourd’hui toute l’agriculture qui est concernée et qui va devoir s’adapter pour faire face au réchauffement climatique.

Retrouvez également notre article Changement climatique, quels impacts sur la vigne et le vin de demain ?

Publié , par Cécilia Galaret