
Le vin a-t-il un avenir ?

Cet été, une lycéenne en pleine réflexion sur son orientation m’a demandé des conseils sur les métiers du vin. Alors que j’allais me lancer dans une description effrénée des différentes formations et de leurs débouchés, elle m’a demandé si je pensais que ce secteur avait un avenir. J’avoue que cette question m’a quelque peu désarçonnée et que, depuis, elle trotte dans ma tête de vigneronne...
A l’heure où les incidents climatiques mettent à mal la production de vin, où sa consommation continue de baisser et où la modération s’est insinuée dans l’art de vivre à la française, il est malheureusement légitime de s’interroger sur l’avenir de la filière vin. Voici ma réponse...
Certes, la consommation de vin baisse, mais pour du mieux
Ce n’est maintenant plus un scoop : la consommation de vin en France baisse inexorablement. Depuis 60 ans, elle a chuté de 60% (source : FranceAgrimer).
Si l’on se base uniquement sur cette statistique, il paraît évident de fuir ce secteur d’activité et de s’engager dans des voies plus prometteuses comme le médical ou l’intelligence artificielle.
Cependant, comme l’être humain est encore capable de réfléchir, il est toujours essentiel de replacer un chiffre dans son contexte, et de se fier à ses intuitions et à ses convictions.
Depuis 60 ans,*la vie et les préoccupations des Français ont fortement changé : familles monoparentales, tertiarisation des métiers, accélération du rythme de vie, évolution des valeurs sociétales... Il en résulte que les Français consomment moins, mais mieux.
Le vin n’est aujourd’hui plus une boisson du quotidien. Il est passé du statut d’aliment
à celui d’événement
. Il se consomme de manière responsable, quand on a envie de sublimer un bon repas, que l’on a la joie de se retrouver, de partager un bon moment.
Il est important de garder en tête que, selon le baromètre Sowine 2026, le vin demeure la boisson alcoolisée préférée des Français.
Les jeunes suivent simplement la déconsommation globale d’alcool en France
On entend bien trop souvent que les jeunes ne boivent plus de vin. Mais en ont-ils réellement déjà beaucoup bu ? Qu’entend-on exactement par les jeunes
?
Si l’on parle des 18-25 ans, ils n’ont jamais vraiment été attirés par le vin. Jugé comme trop codifié, peu festif, trop cher, le vin n’a jamais vraiment séduit cette catégorie d’âge, qui en consommait principalement en famille.
Le baromètre Sowine 2025 montre que leur attrait pour le vin a progressé de 6 points, alors qu’il est passé de 59% à 48% pour les 26-35 ans, au profit de la bière.
Les jeunes redécouvrent le vin, notamment grâce à une communication dynamique de la part des interprofessions et à l’essor des réseaux sociaux, qui rendent son univers plus accessible (lisez notre article Instagram, le réseau social pour winelovers).
Le vin restera un patrimoine national
La vraie question est donc : comment donner envie de boire du vin à des personnes qui consomment moins d’alcool ? En mettant en lumière ses spécificités, ses charmes indéniables.
Les pratiques, les terroirs et les savoir-faire liés au vin, ainsi que le repas gastronomique des Français
, dont le mariage entre les mets et les vins, sont reconnus par l'UNESCO au titre du patrimoine culturel ou du patrimoine mondial selon les éléments concernés. Aucun autre alcool français ne bénéficie d’une telle reconnaissance patrimoniale à cette échelle.
Derrière un verre de vin, il y a bien plus qu’une bouteille, il y a une vraie identité : celle de ses cépages autochtones (lien), de ses terroirs, du savoir-faire et de la créativité des personnes qui l’ont élaboré.
Quand on boit du vin, on fait bien plus que lever le coude
: c’est un véritable voyage sensoriel, qui ravive notre mémoire olfactive, nous met en appétit, nous donne envie d’échanger et de partager.
Les no-low sauront-ils répondre à cette quête d’authenticité ?
Si l’on se reporte à sa définition officielle par l’Organisation internationale de la vigne et du vin (OIV), le vin résulte exclusivement de la fermentation alcoolique, totale ou partielle, de raisins frais (foulés ou non) ou de moûts de raisin
.
Quand on se penche sur les procédés qui permettent d’obtenir des vins désalcoolisés ou partiellement désalcoolisés, on est bien loin de cette définition. Le débat fait actuellement rage afin de les requalifier en boisson issue de vin désalcoolisé
, un peu comme on parle de boisson à base de vin
pour qualifier le rosé pamplemousse.
Qu’en est-il de l’identité d’une cuvée soumise à de tels procédés ? Si le vin est reconnu comme un élément du patrimoine culturel français, les vins désalcoolisés ne sont-ils pas en rupture totale avec cette reconnaissance ?
Pour en savoir plus, voir notre article L’alcool, ami ou ennemi du vin ?.
Les vigneronnes et vignerons résisteront-ils à l’adversité ?
Les crises viticoles se suivent mais ne se ressemblent pas. Depuis l’époque des Grecs, le vin a su traverser les siècles. La filière a su s’adapter pour répondre aux enjeux climatiques, économiques et sociétaux. Nous pouvons lui faire confiance pour continuer à nous régaler...
Pour en savoir plus, voir notre article Crise viticole, comment les vigneronnes et vignerons peuvent-ils se réinventer ?
J'ai donc conseillé à cette lycéenne de suivre son cœur, parce que la passion est ce qu’il y a de plus important quand on choisit sa voie...
Peaufinez vos connaissances avec Toutlevin & PLUS !
