Lamartine, poète vigneron

Lamartine, poète vigneron

Je ne suis pas poète, je suis vigneron disait Alphonse de Lamartine.

Né à Mâcon en 1790, Alphonse de Lamartine passe son enfance en Bourgogne. Vers 20 ans, il voyage en Italie avant de revenir sur ses terres natales où sa vie se résume à satisfaire sa paresse et ses envies et en particulier à Sologny, terres de ses amours adolescentes.

Mais en 1816 alors qu’il se fait soigner pour dépression, Lamartine rencontre Julie Charles, son amour tragique. En effet, celle-ci est malade de tuberculose et mariée. Lorsqu’elle meurt un an plus tard, Lamartine est dévasté et transforme sa douleur en inspiration lorsqu’il publie Les Méditations poétiques en 1820.
Ce recueil de poésie marquera le début du Romantisme. Lamartine y livre ses émotions et inspire à son tour toute une génération d’écrivains comme Victor Hugo par exemple.
Cette même année, il devient secrétaire à l’ambassade de France à Naples. Il se marie et en 1823, il publie les Nouvelles Méditations poétiques et La Mort de Socrate. En 1829, il est élu à l’Académie française.

Mais comme il aime le dire, Lamartine est avant tout un vigneron. Il possède des vignes dans le Mâconnais autour des demeures de Milly, de Monceau et Saint-Point, par héritage ou achat, et voue un amour infini à ses propriétés. Même si d’après ses contemporains, son vin n’était pas à la hauteur de sa réputation de poète et qu’il est un piètre dégustateur.
Après l’avènement de Louis Philippe, il démissionne de la diplomatie. Dans les années 1830, il voyage en Orient avec sa femme et sa fille Julia, où il fait également voyager son vin. Comme dans Le Jardin des Oliviers à Jérusalem, en 1831 : Avant le repas, M. de Lamartine prit une bouteille de vin de Milly et en arrosa la terre qui fut imprégnée du sang de Jésus-Christ rapporte Ernest Legouvé qui voyageait avec lui. Malheureusement, sa fille décède durant ce voyage en laissant le poète à nouveau dévasté par la perte d’un être aimé.
De retour en France, il démarre une carrière politique. Il devient même membre du gouvernement provisoire et Ministre des Affaires étrangères. En décembre 1848, il se retire de la scène publique après un échec aux élections.
Sa passion du vin le pousse à contracter des dettes pour les entretenir. Car malgré son envie, Lamartine est un mauvais homme d’affaires et en dehors des pertes dues aux conditions climatiques, il engloutit en vain ses droits d’auteur pour renflouer les caisses de ses investissements malheureux et de sa gestion approximative.

Il se confie régulièrement dans ses lettres sur les aléas de sa vie de vigneron :
- "Mes vendanges sont faites et pauvres. Il faut vivre, et pour vivre, écrire" (1846)
- "Les vignes font un immense tapis vert. Le soleil et les nuages en sont les deux croupiers qui vous jettent les trésors ou la ruine"
- "Pluie tous les jours, huissier toutes les semaines" (1852)

En 1860, pour survivre, il doit vendre sa demeure de Milly Un seul être vous manque et tout est dépeuplé, peu de temps après avoir écrit La Vigne et la Maison, symbole de son affection pour sa Bourgogne natale et pour la maison familiale. Il meurt en 1869.

Poème La vigne et la maison :
Suis-moi du cœur pour voir encore,
Sur la pente douce au midi,
La vigne qui nous fit éclore
Ramper sur le roc attiédi.
Contemple la maison de pierre,
Dont nos pas usèrent le seuil :
Vois-la se vêtir de son lierre
Comme d’un vêtement de deuil.

Écoute le cri des vendanges
Qui monte du pressoir voisin,
Vois les sentiers rocheux des granges
Rougis par le sang du raisin. »