Connaissez-vous les variétés de vignes résistantes ?

Connaissez-vous les variétés de vignes résistantes ?

Ces hybrides permettent de lutter contre les maladies en minimisant voire en supprimant l’usage de pesticides, tout en offrant des pistes d’adaptation intéressantes au changement climatique. Nous vous en disons plus.

Une variété de vigne résistante, qu’est-ce-que c’est ?

Aujourd’hui, l’espèce Vitis vinifera est utilisée en France pour produire du vin. Seul hic : elle est très sensible aux maladies venues d’autres continents, dont notamment le mildiou, l’oïdium ou le black-rot, champignons dont l’éradication nécessite en général des traitements. Pour pallier cette faiblesse, les scientifiques mènent des recherches depuis plus d’un demi-siècle. En deux couleurs, ils ont créé des hybrides issus d’un croisement génétique entre nos cépages européens traditionnels (tels que le merlot, le chardonnay, le sauvignon…) et des vignes étrangères rustiques voire sauvages, naturellement parées pour résister à des pathogènes présents de longue date dans leur environnement proche (vignes américaines telles que Vitis rupestris, Vitis Lincecumi ou Vitis berlandieri, puis asiatiques à partir du XXe siècle). Grâce à cette alliance, ces nouvelles variétés peuvent résister sans ou avec peu d’aide humaine contre le développement de micro-organismes vecteurs de maladies (virus, champignons, bactéries, mycoplasmes), tout en conservant les traits distinctifs du cépage européen.

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Où en sont les recherches sur ce sujet en France ?

A partir de 1974, le chercheur Alain Bouquet a mené des travaux pour incorporer à la vigne européenne (Vitis vinifera) des facteurs de résistance portés par l’espèce américaine Vitis rotundifolia. Après 25 ans de recherches, ce programme a abouti aux variétés monogéniques Bouquet, incluant un gène de résistance au mildiou (Rpv1) et un gène de résistance à l’oïdium (Run1).
Sur cette base, l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) de Colmar a ensuite enclenché en 2000 un programme de création variétale basé sur le pyramidage de gènes. Ces variétés dites ResDur (pour résistance durable) intègrent non plus un seul, mais plusieurs gènes de résistance. Et ce, afin d’empêcher les parasites (dont le mildiou et l’oïdium, au potentiel très évolutif) de contourner ce barrage au fil du temps.
En France aujourd’hui, l’amélioration de la vigne pour la résistance au mildiou et à l’oïdium est conduite par l’INRA, en partenariat depuis 2012 avec l’Institut français de la vigne et du vin (IFV).

Ces variétés résistantes peuvent-elles être plantées et vinifiées en France ?

La réglementation française et européenne encadre la commercialisation du matériel végétal (inscription de nouvelles variétés au Catalogue officiel de chaque état membre), et l’autorisation de produire et commercialiser du vin (classement viti-vinicole). En prenant en compte les contraintes techniques et réglementaires en vigueur, quinze ans de recherches sont nécessaires a minima pour sélectionner une variété (trois ans de sélection précoce, six ans de sélection intermédiaire, et enfin six ans de sélection finale, au cours desquels sont réalisés des tests pour jauger la valeur agronomique, technologique et environnementale (VATE) des variétés candidates).

Les premières vignes ResDur ont pu être inscrites et classées en 2018, avec les variétés noires Artaban, Vidoc, et blanches Floreal et Voltis. Fin 2021 et début 2022, cinq nouvelles variétés INRAE ReSdur 2 dotées de résistances polygéniques au mildiou et à l’oïdium, ainsi que d’une sensibilité moindre au black-rot, sont venues élargir la famille, avec les noires Colir, Lilaro, Sirano, et blanches Selenor et Opalor.

Parmi les variétés Bouquet, d’autres présentent des résistances fortes héritées de l’espèce Muscadinia rotundifolia, mais sont monogéniques. Elles sont actuellement en phase de classement temporaire pour expérimentation. Elles pourraient être définitivement classées si aucun contournement, qui pourrait mettre en danger les résistances semblables portées par les variétés Resdur, n’apparaît pendant cette phase et si leur valeur agronomique, technologique et environnementale est validée.

Quelle est la situation actuelle des cépages résistants en France ?
A l’heure actuelle, plus de 113 cépages résistants existent, dont 300 hectares sont actuellement plantés en Europe. En France, parmi les 1200 hectares de cépages résistants plantés, c’est le cépage allemand Souvignier gris qui est le plus représenté (365 hectares), suivi du Floréal et du Soreli. En complément, les vignerons ont également à leur disposition treize variétés résistantes étrangères classées en France, dont neuf venues d’Allemagne, deux de Suisse et deux d’Italie.

Domaine De Revel - Souvignier gris
Domaine De Revel - Souvignier gris

Outre les neuf variétés de cuve ResDur utilisées pour le vin, l’offre totale de variétés inscrites au catalogue français et disposant de résistances compte quatre variétés de table (Sulima, Muscat bleu, Suffolk red, Einset), douze variétés d’agrément pour des usages non-professionnels (Candin, Aladin, Perdin, Fanny, Lilla…), neuf variétés pour jus de raisin (Iloa, Silara, Farelia, Flot rouge, Recybel), 21 hybrides anciens de cuve dont deux destinés à la distillation (Baco blanc et Vidal blanc), et deux variétés INRAE-Bouquet destinées à la distillation (Coutia et Luminan).

Quelques exemples de vignobles qui ont planté des cépages résistants

Domaine de la Colombette
Domaine de la Colombette

Non-loin de Béziers, au Domaine de La Colombette, François et Vincent Pugibet ont été des précurseurs français de l’exploration de la résistance de la vigne. Ils ont voyagé au-delà des frontières françaises, en Allemagne et en Suisse, pour explorer les pistes qu’offraient ces hybrides et appliquer ces découvertes à leur vignoble. De sept hectares plantés avec des sélections suisses et allemandes en 2009, ils ont élargi leurs partenariats jusqu’à l’Espagne et l’Italie, pour afficher aujourd’hui plus de 80 hectares plantés avec ces nouvelles variétés. Et se réjouissent de pouvoir proposer grâce à ces vignes résistantes sans artifice, rien que du soleil et de l’eau de pluie pour des raisins sains et goûteux des vins en trois couleurs aux goûts originaux loin de la standardisation.

Vignoble Ducourt
Vignoble Ducourt

C’est justement après une visite sur le domaine de La Colombette, que le Bordelais Jérémy Ducourt, des Vignobles Ducourt, a convaincu sa famille de la pertinence de cette démarche. Impressionné par les résultats obtenus, alliant une résistance naturelle aux maladies en l'absence de traitements, des rendements satisfaisants et des qualités organoleptiques intéressantes, il a introduit dès 2014 sur le vignoble familial de l’Entre-deux-Mers 1,3 hectares de blanc sauvignac (hybride de sauvignon blanc, riesling et vignes sauvages) et 1,7 hectares de rouge cabernet-jura (croisement de cabernet sauvignon et vignes sauvages). Le test fut si concluant, avec une réduction de 80 à 90 % les traitements, et des qualités organoleptiques des vins préservées, en rouge comme en blanc, que la famille Ducourt affiche aujourd’hui 13,5 ha de ces variétés. Elle a même créé en 2016 une gamme de cuvées issues à 100 % de variétés résistantes en vin de France, baptisée Métissage.

A Mauguio, à côté de Montpellier, le domaine de la Clausade a quant à lui planté depuis 2019 17,5 hectares de cépages résistants, en deux couleurs : du vidoc et de l’artaban pour l’élaboration de vins rouges et rosés, puis du souvignier gris, du soreli, du muscaris et du floréal, pour les vins blancs, venus de France, d’Allemagne et de Suisse. 15 000 bouteilles ont été produites en 2021.

Publié , par Laura Bernaulte