Vignerons double emploi

Vignerons double emploi

Ils sont vignerons, passionnés par leur métier et animés par une autre vocation. L’un est meunier-boulanger, l’autre est artisan-bijoutière et le dernier est poète à ses heures. Rencontre avec 3 vignerons qui portent (bien) la deuxième étiquette.

Elisa Klur : vigneronne-bijoutière

Elisa a 25 ans ! En Alsace, où elle habite et travaille, la jeune femme a réussi un audacieux pari ; accorder le tack du marteau qui frappe le métal au glouglou du vin versé dans le verre. Elle a d’ailleurs créé sa propre marque de bijoux et de vins estampillés Tack&Glou.
Son quotidien de vigneronne-bijoutière se partage entre les besoins de la vigne, de la cave, de la commercialisation, de la création d’étiquettes, de bijoux dans son atelier, de recherche de matières premières… Un véritable tourbillon !
Elisa, qui a grandi sur le domaine familial en bio et biodynamie, a évolué au contact de la vigne. Après ses études, elle décide de se lancer dans ce projet de vins en biodynamie et de bijoux éco-conçus. Il y a peu, mes parents ont décidé de réduire la surface de leur exploitation en devenant petits vignerons-artisans sur 1,5 ha de vignes au lieu de 7. Cela m’a permis de trouver ma place et d’associer mon projet de création artistique ; Des toutes petites séries de cuvées et de bijoux, explique Elisa.

Elisa Klur : vigneronne-bijoutière
Elisa Klur : vigneronne-bijoutière

Formée par son père au travail de la vigne, la jeune femme ne cesse d’apprendre. Le millésime 2019 sera le premier auquel elle a participé en intégralité ; de la cueillette à la mise en bouteille. En ce moment, ce sont les travaux en vert comme entortiller les pampres etc…Mais je continue aussi à m’entraîner aux techniques de bijouterie comme la soudure. Je fais mes gammes tous les jours, je travaille sur un projet de bijoux mobiles et je participe à une exposition virtuelle organisée par une école de New York avec 18 autres créateurs.. Sa première série de bijoux est inspirée par les vrilles des vignes. Une vrille, c’est extraordinaire. C’est comme une inflorescence. Elle permet à la vigne de s’accrocher, d’aller vers la lumière… C’est en hiver, lorsqu’elles deviennent très solides, que je les cueille et les monte en broches, explique la bijoutière. Une série qu’avec beaucoup d’humour, elle a baptisée Parti en vrille. Retrouvez son travail sur www.tackglou.net et https://www.klur.net/fr/bio-vins-vacances/

David Large : vigneron-poète

Millésime 86
Parcours chaotique.
Fils, petit fils, arrière petit fils, marche
Arrière arrière petit petit fils de vigneron
J’ai ça dans le sang, dès le premier cri, au
Dernier souffle j’ai ça dans le son

David Large est vigneron (de père en fils) installé en Beaujolais-Villages. Il produit des crus comme Moulin-à-Vent ou Côte de Brouilly dans un style nature, avec l’idée de se réapproprier l’image de paysan-vigneron. Fan de rock et de rap français, il observe et note ses pensées dans un petit carnet et les photographies. Le résultat de ses réflexions sur le vivant, souvent sombre, parfois acide, est publié en rimes sur son blog.

David Large : vigneron-poète
David Large : vigneron-poète

Et les règles de la versification, David en connaît un joli rayon ! Mélange de nostalgie du monde paysan, de philosophie du vivant (avec beaucoup de mélodies dans ses paroles), ses textes racontent le terroir d’une façon inédite et sensible. J’ai toujours un vieux Reflex D700 à focale fixe à portée de main pour mettre en images mes pensées, mon inspiration, explique-t-il. Je shoote le matin ou en fin de journée : un visage, un reflet de cuivre sur une vieille machine, de la rouille, des mains, des craquelures…. Puis les mots, coulent – comme le vin.
Depuis 2015, le vigneron-poète organise des dégustations rock-vin et rap-vin au cours desquelles il bâtit des ponts sur la façon de construire une cuvée comme on le ferait pour une chanson…
Une pépite !
https://www.davidlarge.fr/

Ludovic et Marie Gros : vignerons-meuniers-boulangers

Marie et Ludovic Gros font partie d’une famille de vignerons depuis plusieurs générations dans le Beaujolais, au Domaine des Terres Vivantes. En 2003, ils subissent de plein fouet la crise viticole de surproduction sur leur vignoble de 14 hectares. Tous nos raisins partaient en coopérative, la chute des cours était terrible, il était vital pour nous de réagir, explique Ludovic. Alors, courageusement, le couple arrache des parcelles de vignes pour planter des variétés anciennes de blé. Aujourd’hui sur un total de 18 hectares, ils possèdent 4 hectares de vignoble en production et 4 hectares de céréales, le reste étant en rotation. Pourquoi des céréales ? Marie, qui est issue d’une fratrie de 11 enfants, a toujours vu sa mère faire le pain. Perpétuer ce savoir-faire, c’était un rêve pour elle !, explique le vigneron. Une fois le blé semé (19 variétés issues du conservatoire de l’INRA de Clermont-Ferrand), ils démarrent la construction du four à pain. Pour pouvoir vivre de notre métier d’agriculteur, nous avons créé notre activité de meunier, paysan-boulanger. Et il est rare d’avoir la culture du blé et le pétrin au même endroit, ajoute-t-il.

Ludovic et Marie Gros : vignerons-meuniers-boulangers
Ludovic et Marie Gros : vignerons-meuniers-boulangers

Le quotidien de Marie et Ludovic est riche en occupations ! Une fois la pâte pétrie à 21h, Marie se lève aux aurores – à 4h- pour la retravailler. Ses pains exquis, très aromatiques, aux graines, au noix, au seigle sont distribués dans des AMAP ou vendus sur des marchés fermiers à la propriété (chaque vendredi soir de 16h à 19h30). L’aventure du pain et du vin est palpitante car on est profondément ancrés dans notre terroir. Nous savons pour qui nous travaillons, nous sommes les maillons d’un circuit court et capables de parler de nos produits, explique Ludovic. Dans une région où la culture du blé n’est pas répandue, le couple a bien sûr du déployer une énergie phénoménale pour pouvoir vivre de ce métier hybride et à contre-courant.
Domaine des Terres Vivantes 656 Route de la Tallebarde, 69460 Blacé – Tél. 04 74 60 52 13