Traces de pesticides dans le vin : faut-il s'inquiéter ?
Traces de pesticides dans le vin : faut-il s'inquiéter ?
Publié le mardi 17 février 2015

Traces de pesticides dans le vin : faut-il s'inquiéter ?

Garanti sans pesticides. En mettant en avant l'absence de traitement chimique de leurs vignes et de leurs raisins, les producteurs de vins bios et naturels pointent du doigt les traces de molécules de synthèse présentes dans les vins classiques. Faut-il pour autant s'inquiéter ? Pas si sûr. Loin de tirer la sonnette d'alarme, les chercheurs se veulent rassurants : tout est une question de mesure. Pour mieux comprendre les incidences des pesticides sur la santé, Toutlevin.com s'est penché sur ces produits utilisés dans la grande majorité des vignobles à travers la France.

Qu'appelle-t-on les "pesticides" ?

Herbicides, fongicides, insecticides… Difficile de s'y retrouver parmi tous les termes scientifiques. Les pesticides regroupent tous ces produits, sous la forme de molécules de synthèses mises au point par les laboratoires scientifiques. Comme un médicament, ils permettent de lutter contre les champignons et les insectes qui déciment les vignobles, tout en évitant la prolifération des mauvaises herbes au pied des vignes. Attention : c'est le raisin qui est traité, et non le vin.

En retrouve-t-on dans tous les vins non bio ou non naturels?

Si aujourd'hui les techniques dont disposent les laboratoires biologiques permettent de déceler des traces infimes de pesticides, tous les vins issus de la viticulture dite conventionnelle n'en contiennent pas. La première raison est liée au climat. On retrouve ainsi très peu de traces de pesticides dans les vins produits autour du bassin méditerranéen : le mistral et la tramontane assèchent naturellement le vignoble, rendant leur utilisation quasiment inutile. La seconde vient des pesticides eux-mêmes. On trouve désormais des produits composés de molécules qui s'auto-dégradent au fil du temps. Résultat, ils ne laissent de traces ni dans le vin, ni dans l'environnement.

Et quand il y en a, ces traces de pesticides sont-elles nocives pour la santé ?

Il ne faut pas faire d'amalgame : molécule de synthèse ne veut pas dire molécule toxique. Les taux relevés aujourd'hui sont de toute façon tellement infimes qu'on les décèle à peine. On retrouve ainsi des valeurs souvent 10 000 à 100 000 fois inférieures à ce que les autorités sanitaires ont identifié, via des études, comme le seuil au-dessus duquel votre santé pourrait être en danger. Inutile de céder à la psychose !

Comment les taux de pesticides dans le vin sont-ils contrôlés?

L'utilisation des pesticides est réglementée à la source. A l'image des médicaments, les produits phytosanitaires mis sur le marché sont homologués par l'Union Européenne. Ils sont distribués avec une posologie, doublée d'une formation obligatoire pour les vignerons. Le viticulteur peut alors employer ces pesticides dans le cadre imposé par la loi. Inutile de faire du zèle : de la même façon qu'un tube entier d'aspirine ne soignerait pas plus vite votre mal de tête, l'utilisation intensive de pesticides n'améliorerait pas la santé d'un vignoble, au contraire. Au vigneron d'adapter le traitement selon le climat et ses besoins. De plus en plus de domaines sont ainsi cultivés de manière raisonnée, ce qui n'empêche pas les autorités d'effectuer des contrôles aléatoires dans les vignobles et les caves coopératives pour s'assurer que la réglementation est bien respectée, évitant tout risque sanitaire.

Faut-il préférer les vins naturels et bios aux vins issus de la viticulture conventionnelle ?

Oubliez l'opposition vins bios ou naturels et vins conventionnels : ils n'ont rien à voir. Loin de s'affronter, il s'agit surtout d'approches philosophiques différentes. Les techniques modernes permettent aujourd'hui à la viticulture conventionnelle d'être tout aussi propre que l'agriculture biologique, les molécules synthétiques n'ayant pas plus d'incidence sur le vin et l'environnement que le fumier ou l'urée. Peu importe leur philosophie, les viticulteurs sont désormais conscients de leur impact sur l'environnement. Reste à leur faire confiance.

Par Alexandra Reveillon

Merci à Matthieu Dubernet, directeur des laboratoires d'oenologie Dubernet.