Tour du monde des vignobles : la Chine

Tour du monde des vignobles : la Chine

L’attrait de la population chinoise pour le vin, et tout particulièrement lorsqu’il vient de France, est connu de tous. Ce fut d’abord Bordeaux, puis la Bourgogne, provoquant à chaque fois une inflation des prix. Car lorsque la Chine se découvre une nouvelle passion, ce n’est jamais à moitié. Et c’est cet amour des produits viticoles qui l’a logiquement poussée à établir une production locale à l’histoire aussi surprenante que l’environnement.

Des siècles de viticulture…

Le saviez-vous ? On trouve des traces de la vigne dès le IIe siècle avant JC dans l’ouest du pays. Mais cette production est restée plutôt confidentielle jusqu’à l’introduction des cépages européens à la fin du XIXe siècle. Ces derniers représentent la première étape cruciale dans le renouveau des vins chinois qui verra véritablement le jour un siècle plus tard. On doit en grande partie cette progression impressionnante à l’État qui a largement encouragé la consommation de vin de raisin au détriment d’autres boissons alcoolisées pour réduire les importations de céréales.

Mais installer des propriétés viticoles ne suffit pas, il faut également proposer une production de qualité et pour cela, il aura fallu attendre encore un peu de temps. En effet, difficile d’apprécier les dégustations de ce type de cru il y a une quinzaine d’années. Pas assez mûrs et souvent noyés dans le bois, ils avaient tendance à manquer cruellement de finesse et étaient généralement décris comme une pâle copie des vins bordelais avec une mauvaise maîtrise du Cabernet Sauvignon. Malgré ces débuts difficiles, comme tout vignoble en pleine renaissance, la Chine a appris de ses erreurs et s’est adaptée. Depuis 2010 nous pouvons donc enfin trouver des vins qui valent le détour.

… dans des conditions extrêmes

Et il serait dommage de ne pas profiter d’une telle variété de terroirs. De par sa taille impressionnante et ses différentes latitudes, la Chine abrite une incroyable diversité de sols et conditions météorologiques. Cependant les viticulteurs sont souvent soumis à des situations extrêmes. Dans la partie continentale, ce sont les écarts de température qui compliquent leur travail et augmentent les coûts de production, les obligeant à redoubler d’attention pour éviter que les vignes ne gèlent. Quant au littoral, la mousson impacte la maturité des baies.

Heureusement certaines régions s’avèrent propices à la culture du raisin. On pense ainsi à la péninsule de Shandong et son climat maritime qui attirèrent les premiers vignobles de la nouvelle génération. Le propriétaire du célèbre Château Lafite ne s’y est pas trompé puisqu’il a lui-aussi choisi ce terroir en 2009 pour son partenariat viticole avec le chinois CITIC.
Autre zone incontournable, la province de Shanxi. Réputée produire les meilleurs vins de Chine, elle a déjà accueilli d’importants investisseurs tels que Pernod-Ricard et LVMH sur les rives caillouteuses du Fleuve Jaune.
Enfin, la dernière coqueluche en date de ces grandes entreprises misant sur le potentiel de la Chine est le Yunnan. Proche du Tibet et bénéficiant de conditions climatiques plus douces, il offre un storytelling en or à tout viticulteur voulant s’y installer. LVMH y a un domaine sur les contreforts de l’Himalaya, là où aucun homme auparavant n’avait cultivé la vigne…

Le Xinjiang, un vignoble unique au monde

Si vous êtes à la recherche d’une anecdote croustillante pour votre prochaine soirée dégustation, la province du Xinjiang, en plein développement, devrait vous intéresser. Car ce vignoble à nul autre pareil ne doit pas son salut à l’ingéniosité des hommes. Situé sur l’ancienne Route de la Soie, à la frontière avec la Mongolie et le Kazakhstan, il bénéficie d’un environnement qui n’a quasiment jamais été altéré par l’Homme. Certes, ce naturel fait rêver sur le papier, mais si personne n’avait osé s’y aventurer, c’est peut-être parce qu’il y avait une raison. Xinjiang est soumise à un climat continental rigoureux, chaud et aride l’été, glaçant l’hiver. Impossible d’y cultiver la vigne ? Pas pour les viticulteurs locaux qui ont créé des systèmes d’irrigation par des canaux souterrains utilisant l’eau de fonte des neiges des montagnes Tian Shan. Et pour lutter contre le froid ils enterrent les vignes juste après les vendanges jusqu’au printemps. Un travail titanesque qui commence à payer dans le verre.