Ripeau, une viticulture innovante
Ripeau, une viticulture innovante
Publié le jeudi 06 décembre 2018

Ripeau, une viticulture innovante

Julien Salles, directeur d'exploitation du Château Ripeau
Julien Salles, directeur d'exploitation du Château Ripeau
Nicolas Grégoire et Julien Salles au Château Ripeau en novembre 2017
Nicolas Grégoire et Julien Salles au Château Ripeau en novembre 2017

Le Château Ripeau en Saint-Emilion, c'est l'Histoire dans l'histoire qui s'immisce avec force détermination. Plus que 16 ha d'un seul tenant sur un terroir récemment expertisé, entre test de résistivité, arrachage, drainage révélant des nappes d'argile bleues -trésor de Pétrus, la belle voisine- densité de plantation élevée à 9500 pieds, taille pour orienter le flux de sève, amendement strictement organique, produit de biocontrôle, biostimulants et physiofortifiants, confusion sexuelle pour enrayer la faune des insectes nuisibles de la vigne, la métamorphose de la belle endormie va prendre le chemin de la Révolution, unique, respectueuse de l'Homme à travers son environnement. Nicolas et Cyrille Grégoire dès la disparition tragique de leur père le jour de la cession du Château La Rivière à Fronsac, vont perpétuer le souhait de James Grégoire d'acquérir une propriété dans l'appellation prestigieuse de Saint-Emilion.
La vigne marquait l'histoire personnelle de la famille, propriétaire de plusieurs vignobles, charentais d'origine, avec le grand-père maréchal-ferrant, Edmond Grégoire, la forge de celui-ci est présente dans la Tour carrée, édifice architectural étonnant, comme un amer dans un océan de vigne, qui surplombe Cheval Blanc, Jean Faure, La Dominique et Pétrus, tous auteurs d'une viticulture respectueuse.

Cyrille
Cyrille

Mais les deux frères n'en resteront pas là. Cyrille qui va résider sur place avec femme et enfants et s'occuper à plein temps de Ripeau et Nicolas qui héritera de la gestion des affaires de son père -celui-ci avait revendu sa société leader mondial de matériel agricole mais aussi le négoce Vintex, cédé depuis 1 an- vont adjoindre à leur équipe, un jeune homme, qui forme depuis quelques années un duo de choc avec l'œnologue Claude Gros, qui signera une cuvée repérée par Robert Parker en Bordeaux, le château La Roncheraie, alors illustre inconnu. Julien Salles, dont les méthodes culturales m'avaient déjà bluffée, plus bio que bio, puisque avec un dosage de cuivre remarquablement bas va rejoindre la famille qui va lui donner toute la mesure de ses capacités en lui laissant carte blanche.
A Ripeau, la métamorphose est en marche, les travaux entrepris répondent en droite ligne aux enjeux qui se trament partout sur la planète: le respect absolu de la place de l'Homme dans son environnement. En 2015, les deux frères en rachetant la propriété à la famille de Wilde, vont y entreprendre des travaux pharaoniques avec l'aide de l'architecte Massie. Les nouveaux chais et bâtiments réceptifs répondent à une volonté environnementale et esthétique remarquable, bâti sur le principe de "la place du village avec locaux techniques et réceptifs, incluant 4 salles de dégustation".
Lorsque je pénètre ce Lundi de novembre sur les lieux, le soleil allonge les silhouettes des hommes et des arbres du parc, exceptionnel en plein terroir classé, ou habituellement le moindre arpent est dévolu à la vigne. La propriété du reste appartiendra au paysagiste Bühler qui signera avec son frère, les plus belles réalisations paysagées de Bordeaux. Remodelé comme l'ensemble de la propriété, "un éco-système dans l'eco-système de Ripeau" notera Julien Salles, l'agence Landcraft s'est vue confier son remaniement, y ajoutant une british touch rejoignant la politique résolument verte entreprise par la famille. Au vignoble, les plantations de tanaisie bleuissent l'horizon où se dessinent à l'ouest les ondulations du chai de Cheval Blanc.

Mais à Ripeau, l'essentiel réside par la démarche puissante d'une viticulture innovante. Elle peut se résumer par 5 zéros et par delà même créer une révolution unique au Monde qui va faire causer le landernau qui se résume à une pensée unique: un ennemi juré, le soufre, devenu le fer de lance des bien-pensants, de la littérature vinique, alors que ce même soufre reste un des 5 éléments nécessaires à la Vie sur Terre.
Le grand oublié de ces vins que l'on prône "nature" reste la quantité de cuivre, aussi toxique que l'élément soufre. La rencontre majeure de la famille Grégoire avec Julien Salles révèle une autre rencontre, celle de l'ingénieur agronome Guillaume Grocq, dont les méthodes vont persuader les deux frères de mettre en place "sur la totalité du vignoble, quand je ne prônais que de tester sur une seule parcelle" rappelle Julien Salles, qui va donc passer quelques nuits blanches.
Le résultat ne se fera pas attendre: les vins du millésime 2017 affiche zéro résidu, ce qui reste une première mondiale.

Au vignoble, zéro herbicide, zéro insecticide, zéro fongicide et zéro cuivre métal.

Le retour d'analyses du 16 octobre 2017 du laboratoire Excell est formel, l'analyse des pétioles ne recèle aucune molécule de la liste n'est détectée.
Le retour d'analyses du 27 octobre, révèle qu'aucun résidu n'est présent dans les vins. En moins de 2 ans, le travail engendré par cette équipe soudée vient de porter ses fruits. La liste Phytoteck large accréditation COFRAC est formelle. La campagne culturale mise en place s'inscrit dans une dynamique unique et ultra performante avec une maîtrise de l'IFTT, comprenez, indice de fréquence de traitement phytosanitaire, qui reste un indicateur ultra performant de suivi de produits phytopharmaceutiques.

Nous avons voulu renforcer la vigne, en la nourrissant avec des huiles essentielles, des amendements organiques, en biocontrôlant les méthodes de renforcement de la plante, engendrant le mécanisme naturel de protection de la plante qui active la résistance de la pellicule contre le botrytis. En 2017, nous avons du faire face au gel qui a ravagé 80% du vignoble. Une pousse de seconde génération permettra d'obtenir des raisins étonnants et nous avons donc pu observer à ce stade, l'efficacité des soins apportés. Aucune maladie ne sera détectée (quand le mildiou fait rage par ailleurs NDLR). précise le directeur d'exploitation Julien Salles. En disant cela, nous voulons garder toute l'humilité requise qui ne révèle aucune contradiction avec l'ambition.

Nicolas Grégoire et son frère, en vrais connaisseurs de la vigne vont donc permettre cette révolution notable qui va sûrement engendrer des émules. Avant les vendanges, on goûte les raisins 3 fois/jour, quand je goûte les vins de 2016, je suis abasourdi par leur précision.

Par contre, le programme établi nous permet de nous rabattre en cas d'épidémie cryptogamique. Si demain, il faut donner un coup de canon, nous voulons pouvoir le faire. Ce qui ne nous empêche pas de vouloir élaborer une charte qui créera une nouvelle voie, celle d'une véritable alternative propre et moderne. Toutes les doses de cuivre sont réduites de 50% par rapport à la biodynamie, nous sommes donc actuellement les seuls à proposer une alternative semblable, en proposant des biostimulants à la plante, micro-organismes dont la fonction appliquée à la plante ou à la rhizosphère, stimulent l'absorption ou l'utilisation des nutriments, augmentant la tolérance au stress abiotique. De ma vie, en visitant les parcelles cet été, je n'avais vu de feuilles aussi vertes, s'enthousiasmera Nicolas.

Me réservant une dégustation des 2015 récemment embouteillés, je ne pourrais que constater la rupture gustative engendrée par ces nouvelles méthodes de travail.
Rectitude de vins éclatants, précision d'orfèvre pour le Tour de Ripeau GC avec un nez d'effluves de caramel, quant au Château Ripeau GCC, le nez éminemment précis, de cerises noires sera confirmée par une bouche finement ourlée, avec une colonne vertébrale sculpturale articulant un corps charnu mais fin. Ces vins sont grands indéniablement.

Cette année, le millésime sera marqué comme partout ailleurs, bios mais aussi conventionnels par un mildiou qui va réduire automatiquement les rendements après un tri drastique. Le chais flambant neuf avec ses cuves tronconiques inversées ont permis des vinifications parcellaires pointues, signe de nouveau une révolution technologique remarquable.

Affaire à suivre !