Que valent les vins des nouveaux vignobles français ?
Publié le jeudi 12 mai 2016

Que valent les vins des nouveaux vignobles français ?

Il est bientôt l'heure de l'apéritif et vous souhaiteriez déguster un rosé de Normandie, ou encore un blanc du Touquet avec vos huîtres ? Impossible? Pas si sûr ! Depuis le 1er janvier 2016, l'Union Européenne autorise les pays viticoles à étendre leur surface de production dans la limite de 1% du vignoble national par an. Ce qui représente près de 8000 hectares pour le territoire Français. Résultat, les appellations d'origine contrôlée et les indications géographiques protégées s'étendent, tandis que de nouvelles régions viticoles pourraient faire leur apparition. Reste à savoir ce que vaudront ces nouveaux vins…

Pourquoi étendre le vignoble français ?

Brésil, Chine, Russie… Les nouveaux pays émergents comptent de plus en plus d'amateurs de vins de qualité. Pour répondre à la demande mondiale croissante, l'Europe donne aux régions viticoles la possibilité d'augmenter leur surface totale. Seule condition, s'inscrire dans la limite des 1% de la surface du vignoble national. Le décret a fait l'effet d'un coup de tonnerre chez les viticulteurs français, et pour cause : jusqu'en 2016, il était interdit de planter de nouvelles vignes dans l'Hexagone. Si les vignerons déjà établis peuvent désormais accroitre leurs vignobles, le décret permet aussi aux autres régions françaises de se lancer dans la viticulture. On peut aujourd'hui planter des vignes en Ile-de-France, en Bretagne, dans le Nord ou en Normandie. Les vins qui y sont produits ne sont pas protégés par une AOC ou une IGP. On parle alors de vins sans indication géographique, VSIG, qui correspondent aux vins de pays.

Qu'attendre des vins issus de ces nouveaux vignobles ?

Dans le cas de l'extension des vignobles existants, anciennes et nouvelles parcelles partagent le même terroir. Les terres ont beau ne pas être les mêmes, elles répondent aux même exigences de qualité. Les vignerons en tirent donc des vins comparables, eux aussi classés en appellation d'origine contrôlée. Les nouveaux vignobles, eux, ne produisent pas encore de vin. Les vignerons devront attendre quelques années avant que leur demande de plantation soit acceptée, puis que la vigne soit exploitable : il faut compter au moins trois ans pour récolter les premiers raisins. On peut toutefois déjà imaginer que leurs vins se rapprocheront de ceux produits dans les régions les plus septentrionales, comme l'Alsace, la Champagne ou la Vallée de la Loire.

Vont-ils concurrencer les AOC existantes ?

Le climat, plus frais en Normandie ou en Ile de France qu'à Bordeaux ou dans le Languedoc, laisse penser que le vignerons obtiendront des vins majoritairement blancs, ainsi que des effervescents et quelques rouges légers. Peu de risques toutefois qu'un vin du Nord-Pas-de-Calais vienne bousculer la Champagne ! D'abord parce que le cahier des charges de l'AOC est protégé. Ensuite, parce qu'il faut du temps pour apprivoiser un nouveau terroir. On estime qu'un vigneron ne tire le meilleur de ses vignes qu'au bout de vingt ans.

Peuvent-ils nuire à la réputation des vins français ?

Rien ne le dit. Les vins issus des nouveaux vignobles pourraient également suivre le chemin des vins du Nouveau Monde, produits en Amérique du Sud, en Afrique du Sud ou en Nouvelle-Zélande. Loin de concurrencer les AOC françaises, réputées pour leur qualité, ils ont su se faire une place sur le marché grâce à des techniques innovantes et à l'assemblage inédit de certains cépages. On peut alors imaginer l'apparition de nouveaux vins, comme c'est déjà le cas en Angleterre, aux Pays-Bas ou au Luxembourg. Une chose est sûre : la décision de Bruxelles répond à une demande croissante en vins de qualité. Personne n'a intérêt à produire des vins médiocres.

Alexandra Reveillon