Portrait : Diala Younes Lavenu
Portrait : Diala Younes Lavenu
Publié le jeudi 27 décembre 2018

Portrait : Diala Younes Lavenu

Elle a 38 ans. Facilement reconnaissable avec sa crinière de lionne et sa finesse de traits, Diala Younes de son nom de jeune fille née dans la plaine de la Bekaa au Liban, Lavenu du nom de son mari, œnologue réputé de Derenoncourt Consultants, ne s'attendait peut-être pas à devenir la représentante de la vénérable institution de l'Association des Œnologues de Bordeaux, même si son parcours universitaire et professionnel l'y prédisposait tout naturellement. Issue d'une famille de scientifiques, son père qui reste son guide spirituel n°1 quand le monde semble s'écrouler, pédiatre dans la plaine de la Bekaa lui donnera le goût des sciences, mais son grand-père lui apportera le goût de la terre.

Elle deviendra donc ingénieure en agronomie dans un pays en guerre, sous l'invasion israélienne, et elle avouera volontiers que toute sa vie restera déterminée par ces actes de guerre, de sa méfiance de l'Humain. De son parcours atypique, elle parlera de ses rencontres déterminantes, toutes masculines, y compris chez les scouts, où elle apprendra la beauté de la Nature, le calme et la sérénité avec le chef Yves Prévôt.

A 24 ans, elle prendra la direction technique du mythique Château Kefraya (300 Ha) suite à sa rencontre avec le bordelais Gabriel Rivero qui lui fera rentrer de plain-pied dans l'univers cosmopolite de l'œnologie mondiale. Une autre rencontre décisive en la personne du flying wine-maker Stéphane Derenoncourt, en Syrie, en amènera une autre, majeure celle-là, puisqu'il lui fera rencontrer son futur mari et décidera de son arrivée en France. Malgré les bagages bien alourdis de ses connaissances, l'arrivée à Bordeaux, à Saint-Emilion à laquelle elle est très attachée ne sera pas si simple, dans un milieu à forte odeur de testostérone, qui dans les années 2000, concédera une place lente mais irrépressible aux femmes. Aujourd'hui en 2018, les œnologues femme représentent plus de 55% des nouveaux promus du DNO. Son parcours professionnel deviendra multiple J'ai toujours mis un point d'honneur de ne pas être à la charge de l'Etat français

Elle alternera les jobs dans la filière, elle assure toujours la commercialisation des barriques d'Ana Jayer, (Ana Sélection) mettra momentanément sa carrière entre parenthèses, le temps d'avoir ses enfants. Une autre rencontre déterminera sa nouvelle nomination, en la personne du consultant normand Nicolas Guichard, à la tête de l'Association des Œnologues de Bordeaux pendant 16 ans, qui désire passer la main. Après que celle-ci ait pris des changements de cap, cette ancienne amicale d'étudiants deviendra sous son égide, une structure fortement influencée par les révolutions œnologiques innovantes au sein de l'ISVV. Il créera donc essentiellement des nouveaux ambassadeurs chargés de représenter le savoir-faire à la bordelaise à travers le Monde, actuellement un étudiant sur 5 de l'ISVV ne provenant pas de France.

Pour moi, la nomination d'une femme à la tête de l'association est un non-événement. Cela serait une insulte aux femmes que d'y faire allusion. Ce qui m'a plu plus chez elle, c'est sa double culture, son ouverture et ses qualités de communicante en dehors de sa compétence évidente. Quoiqu'on en dise, Bordeaux a toujours été une plateforme ouverte vers l'étranger, tournée vers le commerce extérieur. Avec son Centre de Recherche elle reste la référence mondiale au cœur de la première région viticole productrice de vins dans le Monde, véritable pôle pluridisciplinaire et international de recherche ouverte et enrichie de toutes les régions viticoles françaises mais aussi du monde entier.

Diala Younes ajoutera: il s'agit d'une réelle opportunité pour diffuser le savoir bordelais indéniable au delà de ses frontières avec l'aide de nouveaux ambassadeurs, résolument jeunes, à travers 3 axes directionnels : Ouverture, Dynamisme et Réseau Intergénérationnel.

Un vrai pari à l'heure où une génération d'œnologues disparaît, dessinant les nouveaux contours de l'œnologie moderne marquée par ses pairs disparus, entre Emile Peynaud, Pascal Ribeyreau Gayon et le très récemment disparu, le Pr Denis Durboudieu.
Une association qui regroupe aujourd'hui 500 adhérents, qui continue de se regrouper lors de la 16e édition de la Matinée des Œnologues intriguée par Nicolas Guichard, qui met à disposition des praticiens de terrain au milieu du Syndicat Professionnel de l'Union des Œnologues de France. Le dernier thème abordé : "Le vin, une histoire d'eau".

Pas sûr que sa présidente ait envie d'en mettre beaucoup dans son vin. L'évolution du climat et son impact direct au vignoble, la bio et la biodynamie sont ses thèmes de prédilection. Le ton est donné.

La présidente Diala Younes Lavenu, ici à Saint-Emilion
La présidente Diala Younes Lavenu, ici à Saint-Emilion