Les ventes en Primeur
Les ventes en Primeur
Publié le vendredi 31 mars 2017

Les ventes en Primeur

Avant toute chose, les lignes qui suivent ne traitent pas de vin primeur en soi mais concernent la vente de vin en primeur, qui est un fonctionnement particulier de commercialisation.

Des racines historiquement bordelaises

Au 18eme siècle, les négociants bordelais visitaient les propriétés pour évaluer la qualité de la récolte et anticiper leurs achats. A l'époque seule la vendange était concernée, on pouvait alors parler d'achat sur souches. De 1950 à 1972, le système se construit, le mot allocation (volume réservé) entre dans le vocabulaire et des relevés de prix voient le jour. Les dégustations primeurs, débutent réellement en 1982, car jusqu'alors il n'y avait aucun jugement sur la qualité du vin ! Les relations commerciales deviennent donc plus formelles. Cette présentation, qui concerne seulement 4 % du vignoble bordelais soit environ 200 crus, ouvre également ses portes aux critiques de vin internationaux.

Les grandes étapes de la campagne primeur

La première semaine d'avril, des milliers de professionnels se concentrent dans la capitale girondine ! Le planning sur 3 jours est défini par l'union des grands crus. Certains jours sont dédiés aux journalistes tandis que d'autres sont réservés aux acheteurs et courtiers. Classiquement, un château ouvre ses portes et accueille l'ensemble des propriétés de son appellation. Pendant cette semaine de haute intensité, d'autres manifestations ont lieu dans le vignoble et en ville, notamment au Palais de la Bourse.

Environ un mois après, les journalistes de la presse spécialisée communiquent publiquement leur notation. Ce paragraphe mérite un petit flashback ! Dans les années 80, un journal américain prend le pas sur les autres : le Wine Advocate. Son célèbre critique en vin Robert Parker, institue son système de notation sur 100. Progressivement son influence s'étend, à tel point que son jugement devient prépondérant sur le marché des grands crus bordelais. Aujourd'hui, avec son départ à la retraite, cette tendance s'estompe, ce qui n'est peut être pas si mal ! Mais la fixation des prix n'est pas pour autant un exercice facile.

Les premiers grands crus classés ouvrent le bal. C'est la sortie des prix ! Cela permet de donner la tendance : à la hausse, à la baisse, stable. Les autres crus s'étalonnent ensuite sur cette base. La campagne d'achat est ouverte. Certains châteaux du fait de leur notoriété et du millésime, peuvent vendre toute leur production en l'espace d'une journée !!! Seuls les négociants les plus importants de la place, une trentaine environ, bénéficient de certaines allocations. C'est-à-dire qu'une partie de la récolte de la propriété leurs est réservée contractuellement. Les achats sont généralement bouclés en juin. En parallèle, le négociant met à la vente les bouteilles à ses clients. Mais jusqu'ici tout est virtuel pour le client final, qui ne voit pas l'ombre d'une goutte de vin !

Comment acheter en primeur ? Est-ce vraiment intéressant ?

Le particulier, peut aussi acheter des vins en cours d'élevage, deux avant leur mise en bouteilles. Maintenant, cette vente s'est beaucoup simplifiée et il y a même des sites e-commerce. Des grands cavistes parisiens, s'y mettent aussi. L'intérêt pour le particulier est de venir chercher ses bouteilles en boutique i.e. sans frais de port.

Ce système est intéressant pour les amateurs de bouteilles rares, quasi impossible à trouver en commerce ou à des prix prohibitifs. En théorie, les tarifs de sortie sont 30 % moins chers, voire plus en fonction de la demande sur le millésime. Mais ces dernières années, cette différence s'amenuise, et on trouve aussi de bonnes affaires en foire aux vins. Au niveau du conditionnement, les vins sont pour la plupart vendues en caisse complète de 6 ou 12 bouteilles. Certains vendeurs offrent la possibilité de faire des panachages Dans tous les cas, il vaut mieux avoir un bon pécule de départ car il s'agit de payer comptant le montant HT, à la commande. Puis à la livraison, il vous faudra acquitter la TVA et les frais de port.

Elvire Bonnefous