Le réemploi : une voie de secours pour les vignerons, un nouveau réflexe pour les consommateurs ?

Le réemploi : une voie de secours pour les vignerons, un nouveau réflexe pour les consommateurs ?

Face à l’extension des délais de livraison du verre ou des capsules et la croissance effarante de leurs coûts, les vignerons se mobilisent. Comment ? En explorant la voie du réemploi des bouteilles de vin et en ayant une démarche vertueuse d’éco-conception de leurs packagings.

Recycler sa bouteille c’est bien, la réutiliser c’est encore mieux

Au cœur du vignoble de Bourgueil, le duo Bertrand et Vincent Marchesseau (en photo de couverture - Crédit photo : Crédit : Bertrand et Vincent Marchesseau), a décidé d’aller plus loin que les limites fixées par le cahier des charges bio qui encadre sa production de vin, et ceci afin de valoriser ses convictions.
Il y a un an, alors que je passais commande pour acheter des capsules, on m’a annoncé un délai d’attente de 8 mois. Je me suis alors demandé si la capsule était si indispensable à l’emballage de mon vin. J’y voyais plus un déchet qu’autre chose… Et ensuite, j’ai commencé à m’intéresser à la consigne et à la question du réemploi de la bouteille. Après 10 ans de bons et loyaux services au bio, j’ai voulu insuffler encore plus de logique à notre schéma de production. Une bouteille peut aussi véhiculer des messages et ce que je mets dedans est aussi important que ce qu’elle a à dire, confie Vincent Marchesseau.
Résultat de son cheminement ? La cuvée Utopie, un AOP Bourgueil qui a signé son premier millésime en 2021.

La cuvée bio Utopie de Bertrand et Vincent Marchesseau qui répond au cahier des charges de la consigne - Crédit : Bertrand et Vincent Marchesseau
La cuvée bio Utopie de Bertrand et Vincent Marchesseau qui répond au cahier des charges de la consigne - Crédit : Bertrand et Vincent Marchesseau

Exempte de capsule de surbouchage, la bouteille est aussi dotée d’une étiquette en papier recyclé. Mieux : cette étiquette adhésive contient un adhésif hydrosoluble, compatible avec le lavage et donc, le réemploi de la bouteille. Le dépastillage – le fait que l’étiquette soit évidée – y contribue également et permet de réduire de 50% l’utilisation d’encre. Autre parti pris, la cuvée Utopie est dotée du bouchon Sübr, mis au point par Vinventions, un bouchon micro-naturel sans colle de polyuréthane, biodégradable et recyclable, esthétique et qui garantit zéro défaut pour le vin. Enfin, le vin est embouteillé dans un contenant consignable (avec la filière de consigne Bout’ à Bout’) qui répond au cahier des charges du réemploi. Une fois récupérées, les bouteilles consignables sont récupérées par le réseau puis lavées afin d’être réutilisées. C’est un cercle vertueux, qui en est pour le moment au stade expérimental. Mais plus nous serons nombreux, plus les consommateurs prendront le pli de rapporter leurs bouteilles vides dans des points de dépôt, ce qui rendra le système pérenne et solide, termine le vigneron.

Le consommateur peut acheter une bouteille à son caviste puis la lui rapporter

Engagés depuis 20 ans dans l’écologie, Fanny et son frère François Boyer, ont décidé de se lancer dans l’aventure du réemploi avec leur cuvée Cinso Bistro.

La Cuvée Cinso Bistro - Crédit : Château Beaubois
La Cuvée Cinso Bistro - Crédit : Château Beaubois

Depuis 18 mois, nous sommes confrontés à de fortes problématiques d’approvisionnement de verre blanc ou teinté et à des augmentations de plus de 80% sur le coût de ces matériaux, explique Fanny Boyer.

Fanny Boyer dans les vignes du Château Beaubois qu’elle cultive avec son frère François au sud de la Vallée du Rhône - Crédit : Château Beaubois
Fanny Boyer dans les vignes du Château Beaubois qu’elle cultive avec son frère François au sud de la Vallée du Rhône - Crédit : Château Beaubois

Alors, face aux délais d’attente, qui peuvent mettre en péril leur production de vin, les vignerons sont forcés de sur-stocker leurs contenants en entamant leur trésorerie sans avoir la certitude d’être livrés dans les délais. Face à ce constat, Fanny Boyer a décidé de se retrousser les manches et de se tourner vers le réseau de réemploi de la bouteille de vin géré par Oc’ Consigne sous la houlette de France Consigne. L’exercice consiste à acheter des bouteilles bourguignonnes ou bordelaises vouées au réemploi aux verriers. On met nos vins en bouteilles, on applique un logo (représenté par 4 flèches qui se rejoignent pour former une bouteille). Une fois la bouteille consommée, le consommateur la rince et la dépose dans l’un des 700 magasins entrepositaires de ces bouteilles en France. Oc’Consigne se charge ensuite de les récupérer, de les laver, de les mettre en palettes et de les redistribuer sur le marché, explique F. Boyer. Un circuit bien rôdé, donc, mais auquel les consommateurs français ne sont pas encore habitués. Il a pourtant de beaux jours devant lui quand on sait que, selon un rapport de l’ADEME (2018), le lavage, la réutilisation d’emballage de verre, nécessitent seulement ¼ de l’énergie et la moitié de l’eau utilisées lors de son recyclage.

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Publié , par Romy Ducoulombier