La Gorce, métamorphose du siècle

La Gorce, métamorphose du siècle

Il a fallu qu’une rousse s’en mêle pour que l’aventure d’Emmanuel Martin, fringuant natif de l’Entre-Deux-Mers, pour qu’au pari de l’achat du vignoble du château La Gorce au cœur du Médoc s’ajoute le pari de la conversion à la culture biologique intégrale, ce lors de la première année du rachat des 48 hectares d’un seul tenant.

La famille Martin, c’est au départ, l’histoire de Michel Martin, maire de Sauveterre de Guyenne pendant plusieurs mandats, qui passera par la culture du pruneau à celle des haricots pour se terminer par l’achat de vignobles et de la distribution des vins.
Le négoce de la Guyennoise deviendra, grâce au talent d’aventurier de l’extrême d’Emmanuel, le fils, passé par l’école Magrez, le second exportateur de vin de Bordeaux en Chine. Il faut ajouter à cela que Cazaux, à Gornac, qui était le plus grand domaine viticole en superficie de l’AOC Bordeaux, ce qui impliquera de trouver des marchés émergents comme l’était la Chine des années 2000.

Mana - <sup>©</sup>Marilyn Johnson
Mana - ©Marilyn Johnson

La rousse, c’est Mana, la compagne d’Emmanuel, adepte de nourriture saine et équilibrante, qui le poussera à rejoindre sans plus attendre, la grande aventure de la bioculture, sur le terroir argilo-calcaire balayé par les vents de l’ocean, situé au cœur même du Médoc, entre St Estèphe et Pauillac, vignobles qui recèlent les plus belles pépites de vins biologiques de la Rive Gauche.
Le couple, craquera aussi pour cette contrée un peu reculée du Nord Médoc, alternée de zones boisées, où le temps semble s’être arrêté, intact.

Mana et Emmanuel  - <sup>©</sup>Marilyn Johnson
Mana et Emmanuel - ©Marilyn Johnson

D’ailleurs, quitter la propriété pour rejoindre la capitale bordelaise devient un sacerdoce. On s’habitue vite à cet étrange décalage de la vie rurale.

Plantée de cabernets sauvignon et de merlots, Emmanuel Martin opère dans la propriété un changement dans la continuité, ayant craqué aussi bien pour les vins déjà bien notés pour ce grand classique médocain, mais aussi pour la bâtisse construite dans les années 20, à l’architecture au classicisme emprunté aux exploitations des colonies, enchâssée dans les parcelles.

Le chai, préservé, doit tout aux bourguignons, avec son plafond voûté passant sous la propriété, avec les derniers équipements concédés à une vinification précise, thermo-régulée et vieillissement des vins passant par les fûts.

Cette aventure du XXIème siècle en est bien une dans un Bordeaux ébranlé par une conjecture qui place le tonneau autour de 800€ mais qui sait aussi s’adapter.
"Si de lourds investissements étaient à prévoir, La Gorce ne demandait néanmoins qu’à franchir une nouvelle étape. Un an après avoir commencé à apprivoiser les lieux, la conversion en bio s’est imposée naturellement à ma femme et moi : travailler la vigne autrement, s’adapter à notre environnement et non l’inverse et répondre à une attente massive des consommateurs, français et étrangers. Il s’agit d’un défi lourd de contraintes, certes, mais aussi très gratifiant. Un défi parmi de nombreux autres que Bordeaux, encore une fois à la croisée des chemins" se doit de relever Emmanuel.

<sup>©</sup>Marilyn Johnson
©Marilyn Johnson

Dans la demeure vidée par ses anciens occupants, un vent de fraîcheur et d’envie souffle et bouscule les murs XVIIIème. Le couple est entré en ébullition, entre la décoration à repenser, la salle de dégustation à intégrer, les jardins à revitaliser et à modifier. Au moment de la visite, le propriétaire désherbe manuellement les allées. Zéro désherbant, la philosophie poussée au bout. Les chamaerops du parc soufflent un vent d’exotisme, le vignoble au-dehors vient d’être scalpé, les raisins récoltés.

<sup>©</sup>Marilyn Johnson
©Marilyn Johnson

Le Château La Gorce offre deux vins, La Gorce, cru bourgeois nouvellement renouvelé par les instances, 180 000 bouteilles, assemblage majoritaire de cabernets sauvignons et de 45% de merlots est remarquable d’équilibre et de finesse au pays des vins puissants. Canteloup, recevra les mêmes soins d’élaboration que le premier vin, avec un assemblage 50/50.

Aventure à suivre !