La chronique de Loïc et Olivier - Avril 2019

La chronique de Loïc et Olivier - Avril 2019

Bonjour Printemps, au revoir hiver, ou le contraire !
La nature qui est le patron donne le top départ.
Comme dit le proverbe: "Mars à la plage, réveille tous les cépages."
Vous ne le connaissiez pas celui là !!

Je vous en parlais lors de nos précédentes chroniques, après un gros chantier de plusieurs mois, la vigne a retrouvé une belle allure. Tout, presque… a été fait pour le départ végétatif du printemps. Nous avons littéralement redonné forme à chaque pied, cherchant les belles courbes et les dessins naturels pour que la sève circule allègrement vers les futures grappes. Façonnage fait par une taille réparatrice, un alignement des rangs, en redonnant une silhouette droite sur les piquets. Du bel ouvrage fait à l’huile de coude.
Toute la force de ce travail insufflée à cette vigne, semble s'être déposée en elle. Une magie opère, les courbes que nous avons initiées, se prolongent dans le spectacle magnifique des bourgeons qui éclosent.

Beaux !
Beaux !

Nos heures sont, pour peu de temps, encore dédiées à cette douce contemplation.
C’est le plaisir du jardinier. A cet instant la vigne opère seule. Le contraste de ces troncs cagneux et de la délicatesse des bourgeons est simplement graphique.
J’ai mis une photo pour illustration de ces bourgeons. Je crois que pendant une semaine j’ai dû les photographier 500 fois tellement je les trouvais jolis.
C’est autant de bouquets de fleurs qu’elle nous offre. Une ode à la vie, la promesse attendue et tenue d’un recommencement tout doucement.
Vous l’aurez compris nous sommes ravis.

La croisée des millésimes

Ce petit break avant que les tâches de la saison ne reprennent, est à la croisée des millésimes. Le millésime 2018 est accouché et s’élève presque seul dans les barriques. Le 2019 est encore embryonnaire pour peu de temps encore. Cela nous laisse un espace de réflexion sur le sens de notre parcours.
Un an, c’est peu, mais cela a suffi à révolutionner nos vies. Ce même sentiment déjà vécu à l’arrivée d’enfants, il y a un avant et un après. Une conscience nouvelle s’ouvre.

Suivant les usages bordelais, notre 2018 encore bien jeune, fait son premier tour de présentation en avant première, en primeur comme on dit à Bordeaux.
Le vin en barrique, est échantillonné et présenté à la profession, acheteurs mais aussi critiques. Bien avant la mise en bouteille et la mise sur le marché.
Nous sommes dans le sillage de notre œnologue conseil, Christophe Coupez, Directeur de Œnocentre Pauillac. Sa collaboratrice, notre œnologue préférée, Karîn n’étant pas dispo.
Notre bébé vin a été présenté, avec 70 autres propriétés suivies par Christophe et ses collaborateurs, en deux temps.

Primeurs : Christophe Coupez, œnologue Œnocentre
Primeurs : Christophe Coupez, œnologue Œnocentre

Le premier, auprès de critiques et journalistes en one to one. J’en parle après.
Le second, en libre accès, dans la salle de dégustation d’un château.
70 vins des propriétés sont posés les uns à côté des autres sur des tables où chacun peut aller à sa guise déguster. Bien sûr avec des crachoirs.

C’est la fashion week du vin

Tous les types de vins y vont de leur présentation, un immense wine bar gratuit pour les centaines de vins de Bordeaux à déguster. Tous rassemblés dans quelques dizaines de châteaux magnifiques. Le fantasme absolu de l’amoureux du vin. C’est ainsi que je vivais cette grand messe annuelle, auparavant.
Maintenant, nous sommes passés de l’autre côté de la barrière.
Pour Olivier et moi c’est clairement la première confrontation avec les dégustateurs. Nous nous adonnons cabotins à un petit jeu très rigolo. Être incognito en stand-by près de la table de dégustation où notre vin est déposé, écouter les commentaires. C’est l’heure de vérité, et croyez moi, nous en avons entendu des "oh" et des "ah". Plutôt rassurant, même si on ne peut pas plaire à tout le monde, nous ne laissons pas indifférents.
Et là je peux vous dire que ça fait drôle. Notre vin positionné comme un grand avec des vins historiques. Je me surprends à me dire, "c’est bien d'être avec des vrais vignerons". Une lumière s’allume, nous sommes devenus des vrais vignerons, voici notre vin ! Sans oublier notre jeunesse dans le métier, nous avons accompli notre mission : faire du vin. J’ai envie de dire au visiteur : "bois, ceci est mon vin”. Mais je sais qu’un autre gars disait déjà ça. Je me demande s’il était vigneron, à vérifier… Même en viticulture, il y a plein de fake news. Ok j'arrête !
Cette présentation est vraiment sympa, on peut échanger avec les dégustateurs.

Avoir un retour positif est tellement important

L’autre enjeu est bien évidemment celui des critiques.
Notre première cuvée, complètement atypique; 100% Petit Verdot, en IGP à Pauillac : va t-elle séduire les critiques ?
Au moment où j’écris cette chronique, il est trop tôt pour avoir des retours.

Olivier : shooting avec la nouvelle étiquette, la classe !!
Olivier : shooting avec la nouvelle étiquette, la classe !!

Au final, je crois que nous nous en fichons un peu : nous avons tout donné avec Olivier. Si notre cuvée ne plaît pas aux critiques, en tout cas elle nous plaît. A nos amis aussi.
Mais bon, quand même, un an de boulot ! Ce n’est peut-être pas tant la somme d’efforts, mais plus la volonté de susciter le même plaisir qu’il nous procure. La volonté quand le critique est crédible (là c’est une autre paire de manches) est bien sûr de nous améliorer. Nous en reparlerons le mois prochain.

Pour l’occasion, il a fallu dessiner une étiquette...

Comme vous pouvez la voir, sur la photo de couverture, elle est assez atypique elle aussi.
Pris par des choses plus urgentes à la production, que ce soit dans le chai ou dans la vigne, rien n’avait été arrêté avec Olivier au sujet de l’étiquette.
La chose sur laquelle nous étions OK était le nom. C’est tout simplement le nôtre. N’en déplaise à Steve, nous avons une antériorité familiale de plus de 1000 ans.
Une chance, un nom court, mnémotechnique et déjà imprimé dans l’inconscient collectif. Il faudrait manquer d’intelligence, fut-elle artificielle, pour passer à côté. Les études de consommation montrent que les amateurs retiennent d’un vin : son type, son appellation, le moment où il a été partagé, mais plus difficilement son nom.

... et représenter le domaine

Après il nous fallait représenter le domaine, or il ne s’agit exactement pas d’un domaine. Comment dire, c’est vraiment tout petit. La tradition bordelaise nous permettrait de l’appeler château, excès d’orgueil qui a fini par tuer le nom de château. Que nous reste t-il alors ?
Chez les bourguignons, on sait rester plus modeste et le clos mesure un vignoble petit, ou enclos. L'idée nous plaît mais il y a pléthore de clos, d’enclos. Il y en existe bien un qui est fun : le Clos Clos, mais c’est déjà pris. Puis ça s’est mal terminé. De toute façon, Clos Clos, c’est pas enchanteur.
Nous cherchons le plus petit dénominateur commun capable de désigner une vigne : mais oui - parcelle - Ce sera la parcelle Siri.
Ca c’est fait, reste à mettre le tout en musique dans une belle tenue graphique.
Quel logo allons nous poser sur l’étiquette ? Les affres de la création nous attendent.
Nous avons bien quelques idées, classiques, rien qui nous excite particulièrement.
Le chant des possibles est infini.
Puis un jour dans la maison des parents, je remarque une statue d’art premier à laquelle on ne faisait plus attention tellement elle fait parti du décor. Un magnifique bronze, acheté par papa en Afrique. Aucun rapport avec ce que nous projetions, mais l’objet est beau. Il représente un lien symbolique avec papa. Donc ce cheval de la tribu Ghanéene Ashanti reproduit sur l’étiquette que vous avez pu voir en tête de l’article fera l’unanimité familiale, pas évident à la base.

Notre logo : Bronze Ghanéen Tribu Ashanti
Notre logo : Bronze Ghanéen Tribu Ashanti

Pour avoir de quoi habiller nos bouteilles lors la présentation des primeurs, je concocte une étiquette en deux deux avec mon smartphone. Sans doute la première étiquette 2.0.
Nous choisissons un format sobre, noir et blanc et en avant  !
Visibilité, sobriété, singularité.

Chers amis lecteurs, voici narrées les dernières news de notre aventure.
Un mois de mars qui nous aura permis de sortir un peu de notre lieu de travail, et d’aborder l’autre partie sociale vraiment sympa de notre métier : la rencontre avec les dégustateurs.
So far so good, brique par brique, nous formalisons les contours de ce beau projet.
Le mois prochain, nous serons en pleine réflexion environnementale : quel modèle agricole choisir.

Vaste sujet, d’ici là portez vous bien !!

Crédit photos : Loïc Siri