Je reviendrai à Castillon
Je reviendrai à Castillon
Publié le jeudi 27 septembre 2018

Je reviendrai à Castillon

Castillon, c'est tout d'abord le nom d'une cuisante défaite des Anglais lors d'une bataille qu'ils livraient depuis un siècle à la France, qui leur vaudra une reddition signée au Château de Pressac. Par contre, la perfide Albion n'en démordra pas : la région baignée de soleil est le lieu rêvé de leur libations, entre les vins, qui déjà enivraient les féroces soldats et autres merveilles du terroir unique et autres ceps qui envahissent les sous-bois. Les Anglais, en fins connaisseurs, ne partiront jamais tout à fait.
En effet, mésestimer les Côtes de Bordeaux et plus particulièrement autour de Castillon, serait une erreur grossière, sur le plan historique, géologique, les Crus que l'on y produit n'ont rien à envier aux sœurs voisines, issues d'une même coupe argile-calcaire et d'ailleurs le négoce l'avait parfaitement compris, monnayant les vins d'une même façon.

Au XXIe siècle, les princes des vins de Bordeaux, Stephane Van Neipperg, Stephane Derenoncourt, François Mitjavile qui s'y connaît en tertre, vont vite se réapproprier le terroir et son vignoble exceptionnels. Souvent flanqués de bâtisse datant du XVe siècle, entre ferme fortifiée et manoir féodal. Le Château de Pitray ne fait pas exception. Remanié entièrement dans un style néo-gothique sous l'influence d'un certain Viollet-le-Duc. Le parc naturaliste grouille en cette chaude matinée d'été indien d'une espèce en voie d'apparition : les blogueurs.
En effet, sous l'impulsion de Charlotte des Itinéraires du même nom, un rassemblement de ces nouveaux influenceurs découvrent les merveilles de la vie de Château. L'héritier de la famille de Boigne l'annonce sur sa fiche, il tire à l'arc de la fenêtre de son bureau. Après un dédale de salles qui respirent l'Histoire de France, la salle à manger aux dimensions respectables est le siège d'une tablée où seront servis les vins de l'appellation en présence de leurs vignerons. Le président de l'appellation Yannick Sabaté à la tête de 130 vignerons, a un leitmotiv pour son territoire: la conversion en Bio. Ses vins (Château Fontbaude) comme ceux du Domaine de L'À ou encore les vins de Thierry Valette au Clos Puy Arnaud ont cette signature propre aux vins issus de la bioculture, une rectitude des tanins dentelés et précis. Les équilibres parfaits, les fruits croquants. Il suffit de voir les coteaux se dorer au soleil attendant les vendanges à venir pour comprendre que le terroir est béni.
Yann Todeschini, avec son Château La Brande en magnum, confirmera une impression lors d'une dégustation menée dix ans plus tôt sur l'ensemble de la production de la famille sise entre Saint-Emilion et Castillon que la dernière n'a rien à envier à celles de Saint-Emilion.
Lors de ce déjeuner, je découvrirai les vins d'une vigneronne ayant fait ses armes à Angelus, amoureuse du Cabernet franc, la pétillante Céline Lhoste Lydoire du Château Bellevue dont la fraîcheur des vins me raviront quand la chaleur du dehors se fait presque accablante.

La troupe des bloggeurs émérites séduite et par l'accueil et par la magie des lieux s'enfourne donc ensuite dans un van qui nous emmène dans un lieu qui me ravira à tous les niveaux. Après avoir sillonné les pleins et les déliés de Castillon, une allée d'ifs taillés donne le ton. Au fond d'un parc peuplé de bambous, de platanes centenaires, d'espèces rarissimes se dessinent les contours d'une blonde.
La chartreuse offre les charmes d'antan. Un homme nous y attend. Le regard bleu acier, direct, la dégaine atypique ne prépare en aucun cas le cursus unique de Christian Jacquement, qui enseigne les mathématiques. Beau-fils de la propriétaire, Madame Garandeau, il va entreprendre de conjuguer ses passions entre viticulture, botanique et autres cordes à son arc (décidément l'appellation en regorge). Sans doute avec une grande part d'inconscience mêlée à une forte dose de volonté, il va entreprendre de planter un vignoble de 1,5 Ha, il détient donc un record, celui du plus petit de l'appellation inversement proportionnel à ses ambitions : faire des vins sur mesure, plantés, menés d'une manière biologique, vendangés à la main. Le chai miniature possède son mini-pressoir à cliquet, les cuves inox rutilantes, ici le Château Franc La Fleur sis à St Magne de Castillon, reçoit les soins des micro-cuvées dignes des plus grandes. L'ensemble des cuvées possèdent une trame tannique soyeuse, le fruité sort tout droit de mûres mûres. Pas d'erreur, ce vin est grand et prouve encore une fois que l'on peut faire des Grands vins chez les "petits". Une dégustation parallèle de chocolats qui répondront par leur amertume sucrée aux accents de merlots domptés, récoltes à maturité. Sur la table de dégustation au centre du jardin, la blogosphère est silencieuse, sous le charme. Le Vlogger Corse Nicook est ravi, se remet de mieux en mieux de son trip à bord d'un cheval dressé par un champion de Horse Ball, God Bless Bacchus le bénit de plus en plus, StrawberryBlondparis, bloggeuse voyageuse se dit que le Sud-Ouest est décidément un must.

Un grand merci à Charlotte Dominique pour ces découvertes perpétuelles ainsi qu'à l'ensemble des intervenants de cette journée.