Faut-il se méfier des étiquettes extravagantes ?
Faut-il se méfier des étiquettes extravagantes ?
Publié le vendredi 19 août 2016

Faut-il se méfier des étiquettes extravagantes ?

Si l'habit ne fait pas le moine, l'étiquette fait-elle le vin ? Des grands crus aux vins sans indication géographique, de plus en plus de producteurs adoptent les étiquettes extravagantes. Dessins, caricatures, jeux de mots… l'imagination est la seule limite. Stratégie marketing ou reflet de la personnalité du vigneron, tous les coups sont permis, à condition de respecter quelques règles obligatoires.

Peut-on écrire ce que l'on veut sur une étiquette ?

Oui et non. Pour commercialiser un vin, le producteur est tenu d'indiquer une série d'informations sur l'étiquette : la contenance de la bouteille, le degré d'alcool du vin ainsi que le numéro du lot et le nom et la raison sociale de l'embouteilleur. Législation européenne oblige, il doit également apposer les mentions européennes indiquant la présence de sulfites, le logo déconseillant la consommation de vin par les femmes enceintes et la présence éventuelle d'allergènes, comme le blanc d'œuf utilisé lors du collage du vin. Enfin, s'il se revendique d'une AOC ou d'une IGP, il doit alors l'indiquer. La notion de château, quant à elle, reste large. Très répandue dans le Bordelais et en Bourgogne, elle ne repose pas sur des notions d'architecture, comme son nom laisse à penser. Il suffit en fait d'avoir une cuverie attenante à l'exploitation pour se déclarer château, qu'il s'agisse d'une villa, d'une belle bâtisse ou d'un simple hangar. Les autres informations présentes sur l'étiquette restent à l'appréciation du producteur : il ne tient qu'à lui d'indiquer les cépages utilisés ou les accords conseillés. Il est également libre d'utiliser le décor et les jeux de mots de son choix.

Tous les vins peuvent-ils avoir une étiquette originale ?

Oui. Qu'il s'agisse d'un grand cru ou d'un vin de France, chaque bouteille peut être ornée d'une étiquette originale, tant qu'elle affiche les mentions légales. Elles sont ainsi légion chez les vins nature : les vignerons y voient le moyen d'injecter un peu d'humour dans leur quotidien. Si les petits producteurs adoptent plus facilement les étiquettes extravagantes que les négociants qui brassent chaque année des millions de bouteilles, chacun reste libre de laisser son imagination s'exprimer. Les grands crus classés de Bordeaux ne font pas exception, à l'image de Mouton Rothschild. Depuis 1945, chaque millésime est décoré par un artiste différent. Chagall, Miro ou Picasso ont ainsi signé les étiquettes tour à tour.

Qu'apporte une étiquette extravagante ?

Elle permet au vigneron de se distinguer par rapport à ses concurrents. L'idée est particulièrement répandue chez les producteurs de vins sans indication géographique. Impossible pour eux de mettre en avant une appellation ou un terroir. L'étiquette originale permet alors d'attirer l'œil et de séduire l'acheteur potentiel. Elle permet également de dévoiler une facette de la personnalité du vigneron, laissant présager du contenu de la bouteille. Une caricature pourrait cacher un bon vin de copains, une esquisse, vin d'esthète…

Une étiquette classique garantit-elle un vin de meilleure qualité ?

Non. Que l'étiquette soit extravagante ou non, il reste impossible de deviner la qualité du vin sans l'avoir dégusté. Peu importe le dessin ou le jeu de mot affiché, l'étiquette ne fait pas le contenu. Il en va de même pour les étiquettes classiques : sous leur aspect lisse, elles ne garantissent rien d'autre que les mentions légales qu'elles énumèrent.

Alexandra Reveillon

Merci à Fabrizio Bucella, sommelier et professeur à l'Université Libre de Bruxelles.