Comment un héros du Beaujolais a sauvé le monde viticole
Comment un héros du Beaujolais a sauvé le monde viticole
Publié le jeudi 28 septembre 2017

Comment un héros du Beaujolais a sauvé le monde viticole

Le XIXème siècle a été le théâtre de la plus grande tragédie viticole de l'époque moderne. Au début des années 1880 va débuter une guerre qui durera plus de trente ans, avec pour protagonistes des vignerons, opposés à un insecte redoutable dont le nom fait frémir encore aujourd'hui : le Phylloxera.

Le Phylloxera, le plus grand fléau de la vigne

Tout commence en 1863 en France, époque où le vignoble hexagonal est en plein essor et compte 2.5 millions d'hectares, surface trois fois plus importante que de nos jours. La confiance règne puisque les problèmes liés à l'oïdium et au mildiou qui contaminent les récoltes, viennent d'être résolus.

Cependant, dans le département du Gard, non loin du port de Sète, on constate le mystérieux dessèchement de plusieurs pieds de vigne. Ils sont morts. Le coupable est rapidement identifié : il s'agit d'un puceron méconnu en Europe, à l'époque. Face aux ravages qu'il cause, il sera rapidement nommé Phylloxera Vastatrix, pour signifier son aspect dévastateur : l'insecte suce, ronge les racines de la vigne jusqu'à sa mort, qui survient 3 ans après le début de l'invasion.

Une période d'effroi et d'impuissance s'installe en France, face à la contagion irrépressible qui s'étend petit à petit. En 1866, à Floirac en Gironde, on constate un premier foyer. On découvrira plus tard que le puceron est issu d'Amérique du Nord, ce qui donne une explication au début d'invasions toujours situés à proximité de ports.

L'insecte se reproduit rapidement, on estime qu'un seul individu peut avoir plusieurs milliards de descendants. Aucun moyen d'arrêter le ravageur, qui froidement, ne quitte pas une parcelle de vigne avant que celle-ci soit totalement anéantie. Grâce à ses ailes, la colonie élargit son périmètre d'action au rythme de 30 km par an, en tache d'huile.

Source : iStockphoto.com
Source : iStockphoto.com

En 1873 la Californie connaît ses premières invasions, en 1875 c'est au tour de l'Australie, et 1880 pour l'Afrique du Sud : le phénomène devient mondial et reste toujours autant implacable. En cette même année, les trois quarts du vignoble français ont disparu et autant de vignerons sont obligés d'amorcer une reconversion professionnelle. Le spectre de la totale disparition des vignes est dans tous les esprits. On se résigne.

Victor Pulliat, un sauveur Beaujolais

Le gouvernement français, alerté, offre même 300 000 francs à qui trouvera un remède contre le phylloxera. Plus de 3000 propositions affluent, mais aucune n'est économiquement viable ou simplement efficace : la submersion des vignes reste le seul moyen efficace pour ralentir le fléau. Fastidieux. Des commissions de défense se créent dans toute la France, sous la présidence d'un scientifique qui a déjà résolu quelques maladies du vin en préconisant la chauffe de celui-ci, un certain Pasteur.

Mais c'est dans le vignoble du Beaujolais, à Chiroubles précisément, qu'une lueur d'espoir va naître. Concerné par l'épidémie, ce village viticole s'organise vite en constituant une commission de défense, la première du département du Rhône. Y vivent un viticulteur, ampélographe et sa collection de 1200 plants de vignes issus de tous les vignobles d'Europe, d'Asie, d'Afrique et d'Amérique. Le vigneron s'appelle Victor Pulliat et parcourt depuis longtemps le monde à la recherche d'informations sur les techniques de greffe entre cépages. Il observe attentivement le développement de l'insecte, le nouvel ennemi de ses protégés et constate que certains pieds américains sont capables de résister à l'attaque. La solution se trouvait donc au pays de l'envahisseur ! Grâce au greffage il est possible de garder notre vitis vinifera européenne en lui donnant des racines américaines, immunisées. Les raisins restent donc français et l'on peut reprendre la culture de la vigne.

Victor Pulliat se lance dans la mise au point d'un greffoir pour permettre à chaque vigneron de réaliser cette opération. Le phylloxera recule et des écoles de greffage naissent, sous l'impulsion du Ministère de l'Agriculture. En 1888, la commission supérieure du phylloxéra prend position en faveur de la greffe sur plant résistant.

Voici comment un homme issu d'un milieu modeste, mais nourri par sa curiosité du monde agricole, a réellement sauvé le monde viticole de sa pire épreuve. De surcroît, il n'obtint aucun profit pécuniaire de sa découverte. On dit qu'il mourra plus pauvre qu'à sa naissance. Pour hommage, le village Beaujolais de Chiroubles a érigé une statue à son honneur, comme on le fait pour un héros.

Le phylloxéra n'a jamais disparu et la technique de greffage sur pied américain reste encore la seule méthode pour espérer cultiver la vigne. Quelques essais de “francs de pied” (sans greffe) ont été tentés près de 140 ans après le début de l'invasion. Sans succès : on a recensé des attaques phylloxériques en Nouvelle-Zélande ou en Australie en 2006.

Quelques "Francs de pieds" ont résisté à l'attaque du Phylloxera, par exemple ici à Saint Christoly du Médoc au Clos Manou, mais ces pieds restent très rares.

Crédit Photo : Agence Parangon
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