Cépages méconnus : l’Altesse

Cépages méconnus : l’Altesse

La reine des cépages alpins français est certes méconnue, mais en dehors de la Savoie uniquement. L’Altesse représente tout de même 400 hectares de vigne dans sa région de prédilection. Peut-être la connaissez-vous plutôt sous le nom de Roussette, en référence à la couleur que prennent ses grappes à maturité ? Cette ancienne variété savoyarde a de nombreuses cordes à son arc et mérite certainement de gagner en notoriété.

Des racines savoyardes

La légende voudrait qu’elle ait été ramenée de Chypre par Anne de Lusignan, princesse de l’île et épouse de Louis Ier de Savoie il y a presque 600 ans. Plus tard réfutée par de nombreux ampélographes, cette histoire reste un mythe enchanteur que les savoyards aiment raconter. Car l’Altesse est bien un cépage autochtone de la Savoie. Elle est un parent du Chasselas, autre variété emblématique de la région. Et depuis toujours elle est restée fidèle à ses terres d’origine, malgré quelques incartades en Isère, dans l’Ain et à l’autre bout du monde, en Nouvelle-Zélande. Son nom en dit long, digne représentante de la royauté, elle est très délicate et sensible à de multiples maladies. Les viticulteurs doivent donc lui accorder une attention de tous les instants. Contrairement à de nombreux autres cépages méconnus, l’Altesse est clairement prophète en son pays où elle est incontournable. Bien qu’elle fasse des merveilles en assemblage, il n’est ainsi pas rare de la voir vinifiée seule.

Dans le verre

Un nom royal pour des vins qui le sont tout autant. En version tranquille ou effervescente, l’Altesse impressionne par sa grande typicité. Lorsqu’elle délivre des vins blancs tranquilles, ce sont des nectars qui peuvent être secs, légèrement moelleux ou liquoreux. Tous ont en commun des fragrances intenses dominées par le fruit qu’il soit frais, sec ou exotique. Notes de poire, de citron, de noisette et d’ananas s’entremêlent dans ce nez très expressif qui fait également la part belle aux arômes floraux et aux touches miellées. En bouche, on se laisse séduire par la rondeur et le velouté de ces vins au corps généreux. Ils sont caractérisés par une belle vivacité qui permet de conserver un équilibre délicat lorsque les sucres résiduels sont plus présents. On lui impute aussi le formidable potentiel de vieillissement de ces crus.

Lorsqu’elle se fait pétillante, l’Altesse est synonyme d’énergie fantastique. Pour déguster ses bulles, on se rend généralement en appellation Seyssel, où elle peut être assemblée au cépage Molette. On retrouve les fruits secs et frais, relevés par une explosion de fleurs blanches pour des vins empreints de fraîcheur.

Et on le boit avec…

Une telle vivacité se savoure aussi bien à l’apéritif que lors du repas. Qu’il soit tranquille ou effervescent, un vin issu de l’Altesse sera l’allié idéal des fruits de mer, et tout particulièrement des noix de Saint-Jacques. Autre accord remarquable, une sole meunière gourmande. Lorsqu’il gagne en douceur, il est capable de sublimer un foie gras. Avec encore un peu plus de sucre, il s’opposera superbement aux épices de mets exotiques.